Rocher en vue de la Rochelle
et la fit relâcher plus d'un mois en Belle-Isle1, jusques au 19 d'octobre, qu'estant joints, un jour de calme, fut tenu conseil pour les ordres et conclu que, si le temps le permettoit, les galères iroient commencer pour troubler l'ordre des ennemis à coups de canon ; sur quoi prendroit son temps Saint-Luc avec onze navires, choisis pour lavant-garde, le duc suivroit avec vingtcinq vaisseaux de combat, que l'arrière-garde soutiendroit avec le reste, augmenté de six vaisseaux, qui estoient venus de gayeté de cœur. Tout cela de voit aler à la file, laissant entre deux vaisseaux l'espace de deux navires^ et entre les corps de l'armée deux cables. Le comte de la Rocheibucaut fit passer de terre quinze cens hommes, qui furent distribuez selon le port des navires.
D'autre costé, dez le mardi 25 d'octobre, l'amiral des Rochellois fit lever l'ancre à la baye de Chef-de- Baye et ala mouiller au travers de Saint-Martin-de- Ré2, n'aiant que trente-six navires (à cause que huit estoient allé en course) garnis de peu et de fort pauvres soldats, mais courageux et qui avoient le pied marin. Il n'y avoit guère en ceste armée autre artillerie que des vertueils. Ce de quoi ils furent équippez plus libéralement, fut de ministres, qui ne furent pas inutiles à guérir de l'espouvantement que l'armée royale portoit au front. A l'amiral fut donné Thévenot3, recommandable pour avoir fait merveille à la prise de Sainct ; au vice-amiral, qui estoit le Saint-Loys,
1. Ile de la côte sud du Morbihan, à douze kilomètres au sud de Quiberon.