‹ Histoire universelle (volume 3)Chapitre 215 sur 224 · C'est-à-dire : était sur le point d'être détruit · texte numérisé non relu

C'est-à-dire : était sur le point d'être détruit

4. Mortiers dont les projectiles étaient des boulets de pierre.

gentilhomme tué au bord du dit vice-amiral1 : lequel fut en fin secouru par Guiton et ses compagnons, qui se firent toiier à grand'peine vers les galères jusques dans la portée du canon, et lors elles se retirèrent, y en aiant deux fort offensées de canonade. Le viceamiral aiant, sur tout, toutes les manœuvres gastées et ses principaux masts couppez, mais sans aucun coup à l'eau, fut mené avec l'armée rochelloise dans le Couronnau, à veue de la royale, qui avoit toujours eu le vent sur l'autre. Et les deux armées furent à veue l'une de l'autre sans rien agir, comme lasses du passetemps.

Le dimanche 30, les capitaines appelèrent les pasteurs en leur conseil, prirent résolution et formèrent un serment, aux meilleurs termes qu'ils purent, d'aler attaquer l'armée du Roi au bon vent ; et le mardi, premier jour de novembre, les mesmes pasteurs alèrent sur tous les navires faire prester le serment, les mains sur la Bible. Cependant le vice-amiral fut remplacé d'un vaisseau de mesme port, et douze navires équippez en artifices de feu, pour donner aux plus gros vaisseaux; ne regrettans rien les Rochellois, sinon que le choix du combat, à cause du vent, estoit entre les mains de leurs ennemis.

Le samedi 5 de novembre, le duc de Guise envoia un tambour à l'amiral réformé, avec un billet non signé portant ces mots : « Ce tambour est envoie pour

1. Le Diaire de Guillaudeau raconte cet incident tout autrement. D'après lui (p. 211), Moineuille, comme il l'appelle, s'était rendu et avait pris place dans une galère royale. Les Rochelois du Saint- Louis ayant coulé les chaloupes de cette galère et ayant sauvé leur navire, les Royaux, indignés, poignardèrent le sieur de Moineuille.

sçavoir si vous voulez obéir à la paix que le Roi vous a ordonnée, ou non. » La response de l'amiral fut qu'on ne parloit point de paix en son armée1.

Le jeudi 10, le maire de la Rochelle envoia la paix à l'armée, pria l'amiral et le conseil de ne rien attaquer et de bien prendre garde à soi, en attendant l'ordre des soumissions auxquelles la paix l'obligeoit et celui de sa retraite.

Le samedi 1 2, le duc fit mettre à la voile vers l'armée rochelloise, laquelle en fît de mesme. Toutes deux en présence se tirèrent plusieurs canonades. La rochelloise, estimant que la paix fut fausse, fit tout pour préparer aux abords, avance ses navires à feu, et estoit preste à alumer et à laisser dériver quand une chalupe aporta la paix publiée à la Rochelle, et nouvelles de feux de joye qui y avoient esté faits2. Sur cela, les deux armées jettèrent les ancres, entrèrent en propos, le duc demandant que, selon l'ordre de la paix, l'amiral mit son pavillon bas : ce qu'il ne voulut faire, faute d'en avoir receu l'ordre exprez; mais il le receut le lendemain que les courriers du Roi et du duc de Rohan, accompagnez des commissaires de la Rochelle, vindrent faire publier la paix et l'ordre des soumissions : et cependant le duc de Guise estoit allé mouiller à la Palisse3.

La paix estant publiée le 14 du mois, l'armée ré-

1. Dans la relation du Mercure françois, t. VIII, p. 866, la réponse de Guitton est moins fière : « La response de Guitton, bourgeois de la Rochelle, et leur admirai, fut qu il n'avoit point encores receu aucunes nouvelles de paix. »

2. « Le onze novembre, jour de Sainct-Martin, fut fait feu de joye », écrit Guillaudeau dans son Diaire, p. 213.

3. La Palicc, coram. de la Rochelle, à cinq kilomètres au nord de cette ville

formée mit bas tous les pavillons, et l'amiral porta le sien au duc de Guise, lequel il lui remit en mains, aiant ouï de sa bouche ses protestations d'obéissance au Roi1. Le 18, ceste armée navale passa sous le vent de celle du Roi, la salua de toutes ses bordures, puis, aiant attendu la marée à Chef-dc-Baye, se retira en corps au-devant du havre de la Rochelle et au dedans. En ceste bataille, qu'on peut conter entre les plus opiniastres, les deux armées perdirent chacune un vaisseau; et n'eut point esté fait mention de celui de la royale2, sans le capitaine Prévost, qui, se tirant de la presse, fut prié par ses ennemis d'envoier sa chaluppe pour tirer les L;ens du navire qui coula à fonds, et les recevoir prisonniers. Le raport de Prévost fut cause qu'on envoia le lendemain le reconoitre et remarquer à une seconde hune, qui paroissoit au haut de son grand hunier. Quant à la perte des hommes, tant tuez que noyez, les Rochellois ont fait roole jusques à trois cens des leurs; ceux qui ont escrit pour complaire aux catholiques, en ont avoué quatre cens que morts que blessez de leur costé, sans conter le navire enfoncé.

1. « M. nostre admirai, avec tous ses capitaines et plusieurs autres, feut porter son pavillon à M. de Guyse, et, lui ayant présenté, ne le voulut prendre et dit : « Non, je ne l'ay pas « guagné, il faut que vous le gardiez, vous l'avez bien mérité; « je feray récit au roy de votre prompte obéissance et de votre « vaillance » (Guillaudeau, p. 213).

2. Le Mercure françois, t. VIII, p. 870, affirme, en effet, que l'armée royale ne perdit aucun vaisseau. Le Diaire de Guillaudeau signale, comme d'Aubigné, la perte d'un grand vaisseau de l'armée royale (p. 210). M. Charles de laRoncière, qui pour son récit de la bataille de Saint-Martin-de-Ré a confronté les témoignages rochelois et les relations des Royaux, ne fait nulle mention de la perte de ce navire roval.

Le comte de Soissons aiant receu la paix, laissa dans le Fort-Louys le régimen de Champagne avec vingt compagnies completles. Et à ce régimen on donna pour maistre de camp Arnaud.

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