‹ Histoire universelle (volume 3)Chapitre 217 sur 224 · D'Aubigné. Voir plus haut, p · texte numérisé non relu

D'Aubigné. Voir plus haut, p

hême, escrivit à un sindic de Genève, de ceux qui avoient passion et hardiesse pour la Religion, qu'il trouvast un maître pour le servir de douze mille hommes de pied et dix mille chevaux, avec douze pièces de baterie, ponts et tout autre attirail nécessaire. Cestui-ci aiant conféré ces lettres avec le capitaine françois, il entreprit ceste négociation à ses dépens; si bien qu'après plusieurs allées et venues il capitula ainsi :

Que le comte retrancherait ses dix mille chevaux à trois mille;

Qu'avec cela et les douze mille hommes de pied, il viendroit prendre place auprès de Besançon, pour là recevoir une montre, sans autre despense pour les arméniens ;

Que ceste montre serviroit pour deux mois; comme aussi il s'obligeoit de servir tant que la guerre dureroit, laissant toujours de deux montres une à payer après la paix faite;

Que le général des Églises de France s'obligeroit à lui, et plus particulièrement le cercle de Languedoc, à cause des salines qui lors n'estoient pas encore perdues;

Que chaque province où il s'achemineroit, commençant par le Daufiné, auroit service de lui un mois entier, en paiant pour le dit mois : ou davantage, selon la nécessité et le moien.

Cest avantageux traité fut rendu inutile par quelques jeunes députez de l'Assemblée de la Rochelle, lesquels, avouans le traité bien fait, comme n'aians jamais veu son pareil, trouvèrent pourtant bon, pour la dignité de la chose, de le faire achever par le duc de Bouillon.

Ce fut pourquoi Mansfeldt, bien-aise d'avoir à (aire à un plus puissant négociateur, détourna ses pensées et ses forces vers Sedan1, où il fut receu comme vous verrez au commencement du chapitre suivant, pour ce quecest affaire nous mène en Alemagne.

Avec l'Italie il y eut communication des desseins contre les Réformez par le commandeur de Silleri2, et permission donnée du Pape au clergé de France pour contribuer à ceste entreprise douze cents mille escus en gros, ce qui s'exécuta sans vendition d'aucuns fonds de bénéfices. Le Pape escrivit de ce temps une lettre exhortatoire et pleine de louanges au Roi pour avoir entrepris... de commencer l'extirpation des hérétiques. Et pour ce que la pièce est notable et qu'il y a plusieurs traits plus hardis que de coustume, elle a esté imprimée, avec des anotations des points remarquables, qu'y ont ajouté les Réformés.

Plus avant, et par la négociation du mesme commandeur, fut impétré du grand maistre de Malte le prest du grand galion, nommé le Galion de la Religion, du port que nous avions spécifié et qui servoit comme vous avez leu. Il y eut de la dificulté à l'ottroi, parce

1. D'Aubigné a exposé dans sa Vie à ses enfants quel fut son rôle en cette affaire. Il lui en coûta 500 pistoles. Cf. t. I, p. 101 : « Aubigné, qui attendoit deux cents mille livres par lettres de change de la Rochelle, avoit proposé que ce grand affaire seroit mieux entre les mains de Monsieur le duc de Bouillon : ce qui fut suivi gaillardement. Le conte tourna donc vers Sedan et en arriva ce que vous appendrez en Y Histoire : le premier marchand demourant en croupe avec cinq cens pistoles de despence. Ses enfans seront songneux de garder les pièces justificatives de tout ce que dessus. »

2. Noël Brûlart, dit le commandeur de Sillery, premier écuyer de la reine et ambassadeur de l'ordre de Malte en France.

que plusieurs des vieux chevaliers remontrèrent que, durant les guerres de religion en France, les Réformez avoient toujours usé de respect et courtoisie à leur ordre, exécuté les commandemens de la vente des bénéfices quand ils en avoient disposé, ottroyé plusieurs sauvegardes aux chevaliers pour leurs maisons, si bien que, s'ils avoient souffert quelques pertes, ce avoitesté par les licences des soldats particuliers et non par ordonnance du parti. Mais ce respect fut renversé par le raport de quelques accidents de perte avenue aux chevaliers en leur particulier; et plus que cela, par l'asseurance que donnèrent les négociateurs, que la sausse du parti reformé estoit tellement faite et leur ruine tant inévitable, qu'ils ne pourroient jamais ni continuer leurs courtoisies, ni se venger pour y avoir esté dérogé; le galion donc, accompagné de quelques autres vaisseaux, fut conduit par le chevalier de Manti, et, à la fin d'aoust 1622, arriva au rendez- vous de l'armée.

De ce temps, Beaulieu1, avec la galère nommée la Guisarde, fut heureux sur les pirates, auxquels il prit quatre vaisseaux à diverses occasions; deux furent coulez à fonds, les autres amenez à Marseille, le dernier avec un grand et opiniastre combat ; si bien qu'il fit perdre en tout plus de cinq cens Turcs et délivra de captivité une vintaine de chrestiens.

1. Philippe Prévost de Beaulieu-Persac, dont les Mémoires ont été publiés en 1913 pour la Société de l'histoire de France par M. Ch. de la Roncière (cf. sur l'événement dont il est question ici l'appendice XV, p. 265-276 de cet ouvrage).

Voici l'ordre qu'il faut donner aux chapitres lorsqu'on les

mettra au net

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