‹ Histoire universelle (volume 3)Chapitre 24 sur 224 · alumette · texte numérisé non relu

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II. Les prudents de cette volée4 m'ont dict, m'ont escrit et jugé de moy, que je devrois employer mes labeurs pour estre agréable à un siècle qui ne me l'est pas. Ils disent que c'est inhumanité et parricide de condamner mes œuvres qui sont mes enfans à faire un tombeau de leur berceau. Mais les fats et lasches qu'ils sont ne voyent pas que les sentences iniques et de peu de durée leur sont des louanges immortelles, que le feu duquel on les brûle ne se peut cacher2 et que les esclaves des esclaves leur donnent dans leurs cendres ce que le phoenix par la faveur3 du grand soleil retrouve en son ambrasement.

III. Je prends pour toute sagesse et raison la resolution de me laisser aller au doigt de Dieu et pour exemple celuy de la vefve de Edessa qui, ayant vu passer devant sa maison le prevost de la ville avec la multitude de ceux qui avoyent accoustumé de massacrer les assemblées chrestiennes, cette femme s'estant enquise où alloit cette bande horrible à regarder, hérissée de fers encor sanglants des aultres actions, et ayant apris qu'elle alloit mettre en pièces une assemblée de chrestiens, elle prend son enfant unique par la main, et comme elle le faisoit trotter le long des rangs pour gaingner le devant, interroguée où la portoit tant de hastiveté : je m'en vay, dit-elle, pour ne manquer au monceau des morts et faire part à mon enfant des coronnes et des triomphes des martyrs4.

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