Henri de Levis, comte de la Voulte
2. Joachim de Beauvoir du Roure de Beaumont, seigneur de Brison, connu sous le nom de brave Brison. Il fut créé maréchal de camp en 1626. Il fut assassiné par un protestant à Privas en 1628.
3. « Il fut receu de ce peuple tant des hommes que des femmes, à qui on avoit donné une impression de pillage et de perte de liberté de leur religion, comme si c'eust esté leur Dieu tutélaire » [Mercure françois, t. VII, p. 188).
vérité, pour la querelle des prédécesseurs. Tous ces mots estoient changez en service du Roi, obéissance parfaite, estre bon François, point brouillon, point turbulent, guéri des foies passions. Quiconque soupiroit autre chose estoit tenu pour mélancolique et maniaque. Et les imprimeurs de ce nouveau dictionnaire estoient les gouverneurs qui emplissoyent les esprits de ces frases pour faire périr les passions, et parmi elles les filtres de poltrons, de traitres et puis de renégats. Je dis encor que ceux qui viennent espouser un parti désolé n'ont point visage d'hommes, mais d'anges : souffrez ce trait de celui qui l'a essayé quatre fois en sa vie.
A la venue de Brison tout reprend courage, jusques aux femmes et enfans; les fugitifs retournent. A son exemple, Gardon, La Grotte, Malassas et Rotières, tous ensemble, amenèrent quelque cinquante mousquetaires. Et voilà toutes les forces par lesquelles Privas subsista à ce commencement. Les habitans qui, jusque là, n'avoient voulu ou osé excéder la défensive, aiant apris le grand amas de forces qui venoient à eux, commencèrent à travailler à la mine de la grande tour, laquelle ceux du chasteau avoient occupée, quoi que ceux de la ville se la fussent réservée lorsqu'ils engagèrent leur chasteau à Ghambaut, duquel la fille, changeant de religion et espousant Lestrange, avoit aportétout le trouble duquel nous traitons.
Or, pour ce que ceste mine estoit de long travail et que ceux du chasteau qui en estoient averti s'en gaussoient, Brison ne laissa pas d'attaquer par la sappe une autre petite tour qui enfiloit la rue et faisoit le plus de mal. Dez le premier jour aiant fait place entre les
pierres de taille, au lieu de billots ensoulfrez qu'on met à telle besongne, il y logea deux pétards, qui justement avoient la gueule pressée contre le haut et le cul contre le bas par le moien d'un coing de bois. Le feu mis, la couverture de la tour se perdit en l'air avec ceux qui estoient dedans, mesmes les pierres de la ruine entière firent du mal par la ville1.
Or, pour ce que cest effect ne faisoit point d'ouverture à la basse-cour et que ceux du chasteau ne perdirent pas le caquet pour cest accident, il falut recommencer la sappe au courant de la courtine, de laquelle on entreprit jusques à huit toises ; ce qui, aiant sauté avec quelque perte d'hommes et la blessure de Brison, ceux de la ville pensèrent à la forcer de plein jour, logèrent aux deux costez de la ville, sur des maisons, le plus de mousqueterie qu'ils purent, présentèrent l'escalade à deux guérites qui flanquoient la bresche. Les premiers, montez à l'envi, à coups de hasche les brisent, et le font quitter à ceux du chasteau. Le reste donnant par la bresche, la basse-cour est emportée et la garnison partagée dans le dongeon. L'appétit estant venu en mangeant aux habitans, ils viennent au dehors du chasteau et forcent un ravelin (que le viscomte avoit basti de nouveau), à la merci des mousquetades et mesme des coups de pierre du chasteau. De là, avec de mantelets faits à la haste, vont gratter le pied d'une grosse tour du coin; et quoi que les grosses pierres du haut eussent crevé un des mantelets, ils le rabillent comme ils peuvent et n'abandonnèrent ni le ravelin ni leur sappe, et toute la nuit les femmes de
1. D'après le Mercure francois, cette tour ne contenait qu'une sentinelle « qui se perdit en la ruine ».
la ville alèrent porter des rafraichissemens à leurs maris et travaillèrent pour eux quand ils estoient las. Ce qui est notable est que la garnison ne peut estre blasmée de n'avoir fait beau feu et son devoir.
Dans le 9 février, la mine de la grosse tour estant parachevée et la sappe de l'autre presque en mesme point, tout préparé à la faire sauter, arrive un courrier de Ghastillon, emprunté pour donner le loisir au secours de s'amasser. Gestui-ci aiant harangué sur le service du Roi, de la ruine infaillible où ce pauvre peuple se précipitoit et puis d'un accommodement, lequel ne se pourroit faire après avoir choqué l'autorité du lieutenant du Roi, tels propos et autres amollirent les plus autorisez et riches à vouloir superseder1. Mais quand l'envoyé, pour fortifier ses raisons, y ajouta les forces qui marchoient pour venir au secours du chasteau, voulant faire la peur, il fit résolution de ces gens. La mine joue, et emporte jusques aux fondemens
de cette grosse tour : et lors Saint-Palais et les siens perdirent cœur et, comme la sappe continuoit au reste du chasteau, parlementa et composa à sortir avec armes et le bagage qu'ils pourroient emporter.
Le lendemain, la garnison sortie avec cœur et bouche plene de reproches contre tous lasches secourans et protestations d'avoir fait outre leur devoir, la queue n'achevoit que de desloger quand ceux de Privas virent, à costé de la montagne de Goiron 2, Lestrange et ses forces, qui firent une escouppeterie pour avertir Saint-Palais du secours. Rrison leur pre-