On dépêcha un commissaire de l'artillerie pour amener
îe déluge avoit détraqué, et encor à ouïr les députez de Clairac qui se soumettoient au Roi pourveu qu'on les laissast en leur estât1, et avoir esté renvoiez rudement, tout résolu au siège, le 23 juillet Clairac fut attaqué par trois endroits : le regimen des Gardes print la main droite du grand chemin ; Picardie, Champagne et Beaumont l'autre extrémité, qui aprochoit au-dessus de la rivière; le milieu fut rempli par Piémont, Navarre, Chappes et Normandie.
Tout marchoit en ordre de combat, soutenu par la cavalerie, au prix que le pays, fort couvert, le permettoit. Ceux de Clairac avoient poussé jusques dans les vignes quelques barricades. Le regimen des Gardes fut le premier qui trouva cest obstacle en son chemin ; il y eut là quelque opiniastreté. Le duc d'Esdiguières, le prince de Joinville, trois maréchaux de France et, parmi eux, quelques seigneurs s'estans placez hors la mousquetade pour la reconnoissance, les assiégez aians fait ploier les attaquans blessèrent quelques-uns parmi les reconoissans : ce qui piqua Termes, commandant de ce costé-là, à charger sans reconoître; il y fut tué d'une mousquetade à travers le corps2. De toutes les parts, les assiégez furent réduits aux petites demi-lunes qui estoient favorisées de leur contrescarpe.
sept canons du Château-Trompette. Voir Mercure françois, t. VII, p. 635.
1. « Que Sa Majesté les laissoit en liberté et leurs murailles en Testât pour seureté de leurs vies et, moyennant ce, qu'ils se déclareroient ses serviteurs. » Le connétable répondit qu'ils devaient s'en remettre à la discrétion de la clémence du roi. Voir Mercure françois, t. VII, p. 635.
2. Il rendit l'âme à Tonneins, où on l'avait emporté, dit le Mercure, t. VII, p. 640.
Geste attaque ne fut pas sans perte d'une part et d'autre, car d'un costé, outre Termes, moururent trois hommes de commandement, et ceux de la ville perdirent environ vingt hommes.
Le 25 juillet, après que les régimens eurent commencé à faire leurs aproches, que celle du mareschal d'Esdiguières eut aproché cinquante pas du fossé, celle du Conestable eut fait mesme avance par traverses couppées dans le ject de la contrescarpe, la chaussée du Lot qui faisoit tourner les moulins eut esté rompue, ceux de la ville firent une sortie, où ils furent ramenez rudement et avec perte. Le 30 commença la baterie aux défenses et le % d'aoust, après quatre cents coups de canon à une demi-lune, elle fut attaquée, emportée; mais on ne s'y logea point, par commandement du Roi qui voioit ceste exécution.
Entre les raisons qui avoient emporté le siège de Glairac avant celui de Montauban, celles du Conestable furent les plus puissantes, pour ce qu'il n'avoit pas espargné l'argent à une menée dans la ville à laquelle un des ministres avoit part. Le premier consul et lui, avant qu'on eût touché à la contrescarpe, firent ligue dans la ville pour la reddition, forcèrent les soldats estrangers à l'accepter, et sans mesnager les ruses que l'on apporte en tel cas pour faire que la composition soit demandée par les assiégeans, ceste multitude se met en foule à demander la vie, et n'en aiant que promesse secrette, n'eut rien de public que la discrétion. Le ministre là-dessus fit une harangue au Roi, telle que les Jésuites eussent peu dicter.
Sa Majesté aiant donc promis la vie aux soldats estrangers, on leur dresse des bateaux, pour eux et les
familles qui ne vouloient pas demeurer à Glairac. Des premières battelées quelqu'une se noya par la foule; mais la plus grande multitude passant sous la faveur d'une corde traversante, quelques soldats coupèrent la corde, ce qui fit périr les gabarres, et dans elles prez de deux cents personnes de divers sexe. Le Roi fit pendre quelques-uns de ceux qui se vantoient d'avoir fait le coup.
Dedans la ville furent pendus pour leur vigueur, La Fargue, procureur en la Chambre de Nérac, son fils, ministre, qui avoit résisté à son compagnon, et le consul Denys avec ses habits consulaires. Le capitaine Sauvage, qui avoit servi aux menées du Gonestable, receut commodité de s'en aler1.
A la fin du siège de Nérac, nous vous avons fait voir les avancemens du duc du Maine pour nettoier les environs de Montauban. Depuis, le Roi, estant à Agen, sceut comme le duc en poursuivant avoit forcé Courbarriou? et Albias3, villages fortifiez à la haste à une lieue et demi de Montauban. A Albias, l'armée cuidant n'avoir besoin que des mareschaux des logis pour s'y acomoder, le capitaine La Pierre encouragea le peuple à recevoir les fourriers et les valets à mousquetades, de quoi le duc irrité commanda à Brouilli, qui menoit la teste des arquebusiers, d'y donner : ce qu'il fit et
1. Cf. Mercure françois, t. VII, p. 650 : « Trois furent dès le lendemain pendus, sçavoir le consul Denis, avec son chaperon de consul; La Fargue, le père, procureur à la chambre de l'Édict à Nérac, et La Fargue, le fils, ministre, pour avoir esté les flambeaux de la rébellion. »