L'entrée des marais salants était au sud-est de la ville
Nous emplirons ce chapitre de ce qui se passa à la marine un peu après. L'armée navale du Roi, que Saint- Luc1 avoit charge d'amasser, n'ayant pu se mettre ensemble pour tenir sa partie à ce blocus prétendu de la Rochelle, Razilly2, avec les vaisseaux de Normandie, passa le Pertuis-Breton3, prit plusieurs navires marchands jusques au nombre de trente qu'il jetta dans le canal de Marans4, et les fît garder par quelques vaisseaux entre le Braud5 et la balize du nord : lui cependant tiroit quelques canonades aux bords de l'isle de Ré.
Les Rochelois ne furent pas paresseux à embarquer et, aians pris le vent sur l'armée de Razilly, sans autre résolution que de tapper à bord, leurs ennemis gagnèrent le nord après quelques coups de canon, et, ayans abandonné leur prise, les Rochelois attaquent le navire de garde, l'emportent et l'emmènent avec les trente navires marchands.
Saint-Luc avec cinq vaisseaux, ayant joint et renforcé Razilly, eut esgard aux nécessitez de son armée et à la perte de deux cents cinquante hommes qui avoient esté emmenez avec les vaisseaux pris, fit voile
1. Timoléon d'Espinay, seigneur de Saint-Luc, était gouverneur de Brouage et des îles de Saintonge.
2. Isaac de Razilly (1587-1626), chevalier de Malte, allait devenir premier capitaine de la marine de France en décembre 1623 et plus tard vice-roi de la Nouvelle-France.
3. Au nord de la Rochelle, entre l'île de Ré et la côte vendéenne.
4. Ch.-l. de cant. de l'arr. de la Rochelle, sur la Sèvre- Niortaise.
5. Le Braud est une anse fluviale de la Sèvre-Niortaise, à quatre kilomètres en amont de l'embouchure de cette rivière.
jusque aux costes de Bretagne; puis de là, les Rochelois estant retirez, reprit le chemin de Brouage1. Mais les Reformez, avertis que les deux grands navires du duc de Nevers2 avoient touché, et l'un d'eux entièrement eschoué, eurent bien tôt remis à la voile pour les aller prendre. Et d'un autre costé, l'armée royale aiant pris resolution de les défendre, et mesmes Saint-Luc de combatre sur les ancres, contre son avis, la plupart mirent à la voile, et lui par faute d'ancres ne put mouiller au-devant des vaisseaux : dont avint, qu'après quelques volées de canon de loin, tout fît largue, et les deux navires, se servans de leur hauteur, firent autant de défense qu'on en pouvoit attendre; mais en fin, l'eau s'estant levée, ils furent abordez, par le conseil et encouragement du ministre
qui, après la prière faite, sauta le premier dans
le bord3.
Cela donna goust aux Rochelois de barrer encore une fois le Havre de Brouage, comme ils avoient fait en l'an 15[85], et comme nous avons déduit au liv. [I], chap. [v] du tome [111] 4 assez expressément pour y ren-
1. Brouage, comm. d'Hiers-Brouage, air. de Marennes. Le port, ensablé depuis le xvne siècle, est abandonné.
2. Charles de Gonzagues-Clèves, duc de Nevers et de Rethel, puis, en 1627, duc de Mantoue et de Montferrat.
3. En marge, biffé : [les trois combats de mer. Au dernier desquels furent pris le Saint- François et le Saint- Louis .] Il y eut, en effet, trois combats différents. Le dernier eut lieu le 6 novembre. D'après le Diaire de Guillaudeau, p. 193, les Royaux auraient eu 200 hommes tués, 100 prisonniers, blessés ou brûlés et les Rochelais n'auraient perdu que 6 tués et autant de blessés.
4. « Cette flotte... n'espargna aucune diligence à faire cercher parles costes et touër avec soi les vieux corps de navires qu'on avoit désarmez : là y avoit un Rochelois de quatre cents
voier le lecteur, curieux d'en scavoir l'importance et les difficultez. Ils y vindrent donc à deux fois, à la première desquelles il ne mirent à fonds que deux navires chargez de pierres, la tempeste leur ostant le moyen d'en faire davantage et servant aussi d'excuse aux navires royaux de n'estre pas venus au combat. A la seconde fois, Saint-Luc avoit logé de l'artillerie sur une grande hourque1 qui lui servit de cromastèreè et mis aussi de ses meilleurs canons en une plate-forme retranchée à Grand-Garçon3. Ce qui rendit la seconde entreprise plus périlleuse ; nonobstant cela les Rochelois exécutèrent leur dessein, mais plus confusément4, et les navires enfoncez furent aussi tôt relevez que l'armée rochelloise eut pris parti de s'en retourner. Après le dernier combat de mer, Soubise, avec les forces de la Rochelle, fit descendre en Oléron, où, entré sans résistance, il fît dresser un fort à la pointe Saint- Nicolas; et ceste isle fournit de grandes commoditez la Rochelle, de qui le pays estoit dégasté.