Enferge, chaîne
18S HIBTOIRE UIOYERgBLLE* [1597
qu'on lui avoit donnée à garder, escamotant Tautre en sa place; celui qui l'apliquoit n'ayant point oublié à taster du doigt si elle seroit assez. La nuict venue et les choses superflues ayans esté ostées, La Fine arrache son pied, le charpentier lui apporte une espée, lui se contente de sa hadie et lors le galand debout s'en va droit à la poupe, où couchoyent sur deux relaiz dix hommes, entre ceux-là le Grec, qui fut tué le premier, et les neuf autres par les trois. La Fine, ayant tué le Grec, commence à crier : c La Fine est sauvé, debout compagnons! > Mais toute la chiorme mit la teste entre les genoux, à cause qu'ils se souvenoyent de la première fraude, horsmis le capitaine La Rivière et un sergent de La Fine, qui, ayans reconnu la voix, firent lever les compagnons. Ceux-là prenoyent par les jambes ceux de prouë qui coqroyent à l'alarme. Les capitaines et soldats montèrent lors de la chambre de poupe, si serrez que les trois ne purent empescher que quelques-uns ne gagnassent le tillac. Deux saisissent à la fois La Fine, desquels il en tue un entre ses jambes, et puis, trouvant place à son espée, il perce d'un mesme coup celui de devant; et le Frovençal, qui le venoit assister, ayant fait beau meurtre de sa hache, l'Anglois seul, pour son second, lui aida si bien qu'il ne monta plus personne de la chambre. Ce fiit lors que La Fine remonstra aux compagnons que leur liberté estoit de n'avoir pas sitost liberté, et à grand peine leur persuada de couper les câbles et voguer jusques hors la rivière de Loire, où tous furent deschainez. Et ainsi La Réale, galéace à double chiorme, vint entre mes mains et d'elles en celles des Rochelois. Fresqu'au mesme temps, Sainct-Laurens ayans fait
1597] UYRB QUATORZIÈSE, QHAP. XXII. 48S
aurpreodre Moncontour^ il oe resta qu'un petit chasteau de quatre tourelles, dedai» lequel ae sauTèreot peu de geus, pource que les preneurs ooupèrent le chemin. La Tremblaye, qui en estoit gouverneur, estoit allé à une entreprise sur Gonquernau^, estant averti de sa perte, trouve moyen de regagner son diasteau. Sainct-Laurens, saduint que le marquis de Koakim' venoit au secours, laisse la place serrée de cinq cents hommes, et, avec quinze cents et trois cents chevaux qui lui restoyent, va au-devant de ses ennemis, logez à Loudéac, où, arrivé au poinct du jour, il partage sa cavalerie aux chemins et aux avenues pour empescher les raliemens. Le baron de Maulac^, qui commandoit l'infonterie, soustint de si bonne grâce les premiers fantassins de Saincl-Laurens, qu'il donna moyen à son général de sauter le cul sur la selle et de tirer proffît de la prévoyance du soir; c'est qu'il s'estoit fait des ouvertures nouvelles pour sortir avec la lance sur la cuisse. Par ce moyen, Icursque toute l'infanterie de Sainct-Laurens, donnant à la foule, contraignit Maulac au partage, Sainct-Laurens void le marquis en estât de combat, et, avec grande peine, ralia les divers gros qu'il avoit faits, à qui il falut le mesme loisir qu'il faloit à l'autre pour prendre l'ordre du combat. Les deux troupes, estans bien préparées, n'en firent point à deux fois, meslent, ralient, remeslent, et, enfin, les plus opiniastres, qui
1. D'Ayaugour de Saint-Laurent s'empara de la ville de Moncontour (Côtes-du-Nord) au mois de mars 1591 (De Thou, liv. GII).