LIVRE QUÀTOR23È1IS, GHAP. XXY
dmnge. Les sultanes et toutes les autres concubines ne perdirent pas temps quand elles la virent disgratiée, jettent en Tesprit d'Âoiurat que ce violent amour avoit esté embrasé par philtres et enchantemens. Il n'y eut rien de médiocre entre Tamour et la haine. Ce barbare, pour faire mourir sa bien-aimée, Taccusa de sorcelerie, fit gehenner toutes les servantes, soit de Hasachi, soit des autres sultanes; mais il n'y en eut une seule qui, dans les tourmens, ne la maintint innocente. La pluspart disoyent qu'il ne faloit point de magie où il y avoit tant de b^uté, que ses yeux estoyent magiciens et ses autres perfections charmes efficadeux. La constance de ces filles et les reproches que quelques-unes des plus hardies firent à Âmurat le poussa dans la honte, et d'elle au premier amour. Ce grand prince voulut expier son offense par recherches et humbles soumissions, par présens sans nombre, soit pour Hasachi ou pour ceux qui ne l'avoyent point abandonnée en sa défaveur. Mais elle, modestement insolente, fit la froide, remonstra que celui qui l'avoit déshonorée ne pouvoit plus aimer un coeur tant ofifensé, et qu'elle aussi ne pouvoit espérer d'un second amour que le soupçon de nouveaux charmes et nouvelles accusations. G'estoit ce qu'il faloit pour embraser Amurat et parvenir aux desseins de Roxolane, de laquelle l'histoire, ayant esté bien lue par Amurat, l'affermit au perpétuel refus de la liberté, quoi qu'elle y employast son fils Mahomet, aisné d' Amurat, et son successeur à l'Empire. Ce prince donc, mirouer de toute inconstance, tesmoin de ce que vous avez leu de Sinan Bâcha et de celui de Bude et des grands qu'il bannit ou fit mourir au milieu de ses plus grandes
SOS mSTOmB UNIVERSELLE.
faveurs, enfin, accablé de brouilleries, qui ne le souffroyent pas respirer, il mourut d'apoplexie, comme on dit, en Tan, selon Taire des Turcs, 1001, et, selon la nostre, 1595^ Prince pie à sa mode, hardi entrepreneur par les vies d'autrui, chiche de la siene, en la bouche et pensée duquel nul des siens n*a peu trouver de fermeté.
En sa place fut éleu empereur Mahomet^, duquel la première action fut de faire estrangler vingt-un ^ de ses frères et faire jetter en la mer dix femmes de son père qu'il estimoit enceintes. Les janissaires, pour cet acte et n'avoir pas esté appeliez à l'élection, firent deux émeutes l'une sur l'autre : la première, que les bachats appaisèrent par présens; l'autre, en se servans des plus affidez pour mener le canon par les rues contre les plus insolens. Ge prince voulut partager Testât de grand visir d'entre Sinan et Ferhaut^, afin de fuir Tabsoluë authorité d'un et opposer la jalousie des deux pour empescber une machination