LIVRE QUINZIÈME, GHAP. YL
Il avoit aidé à desbaucber l'armée du prince d^OrangeS et puis s'estoit rendu instrument du duc d'Âlançon^, à la desloyauté d'Anvers^ ; il avoit payé Farmée estrangère en fausse monnoye ; s'estoit convié à servir le duc de Guise ^ et avoit donné des premiers avis à Henri troisiesme contre lui. En suivant ce train, il estoit devenu principal en familiarité avec ce valeureux mareschal, dans Tesprit duquel il versa premièrement des louanges extraordinaires de ses mérites, secondement les ingratitudes du roi, nommant ainsi ce qui manquoit à des désirs et demandes extravagantes. Et comme ce courage n'avoit pu trouver de pâ[41s trop grands, il Tesleva à mesme mesure à convoiter une grandeur par delà toute raison, Tappellant son empereur. Voilà donc plusieurs confidens acquis au duc de Savoye, ausquels la Fin portoit paroles et présens. Ceux-là se trouvoyent pour cet effect aux églises et autres lieux communs et publics. Par ce trafic, il y eut des plus authorisez au conseil estroit, qui tenoyent le duc averti de tout, et mesmes des choses que le roi réservoit à ses plus confidens, de quoi un petit conte fera foi.
C'est que les deux souverains, ayans choisi huict arbitres pour traiter de leurs affiiires, le duc de Suilli fut esbahi qu'à la première séance la compagnie ne
i. Guillaume de Nassau.
2. François de Valois, duc d'Alençon et d'Anjou, mort en 1584. D'Aubigné a raconté les menées du duc d'Anjou en Flandre. Le prince était entré à Anvers le 19 février 1582 et s'était fait couronner comme duc de Brabant. Voyez VHùt. univ,, t. VI, p. 364 et suiv.