Jean de Beaumanoir, s. de Lavardin
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Le baron de Lus s'offroit à défendre Dijon et vouloit que son chef passast en Flandre et disoit que, s'il avoit deux testes, il en pourroit porter une à la cour. Enfin cet esprit, accablé de tant de variétez, de tant de desseins, choisit le pire, qui fut d'aller trouver le roi^ non pour implorer sa clémence, mais pour contester et maintenir qu'on lui en devoit de retour.
Le roi donc, à son arrivée, lui ayant ouvert ce qu'il savoit, le conjure par trois diverses fois lui avouer son péché, avec promesse, non seulement de la vie, mais de ne lui rien diminuer en faveur et en authorite. Mais l'obstiné mit tousjours ses services en la place de ses défauts, s'exaltant au lieu de s'abaisser; et, pressé plus familièrement par le comte de Soissons, il parla comme croyant que tant de douceurs sentoyent la peur qu'on avoit de lui ; tout cela procédant de Tasseurance que La Fin n'avoit point parlé. Le conseil assemblé pria le roi de faire mettre la main sur le colet aux accusez, ce que le roi refusa s'ils ne les déclaroyent coulpables de mort; ce qu'ils firent. Et, nonobstant, le roi eut encores recours à ses prières, l'autre à son orgueil, jusques à respondre que c'estoit trop presser un homme de courage.
Yitri donc, ayant commandement de le prendre, sur le soir, comme il se retiroit du cabinet, s'approchant de lui, lui porta la main sur la poignée de son espée, et, en mesme temps, le faisant presser par quelques exempts choisis, c Monsieur, > dit-il, c le roi m'a commandé de lui porter vostre espée. > Il fit
1. Le maréchal de Biron arriva à Fontainebleau le 13 juin 1602. Voyez le magnifique récit de de Tbou, liv. GXXVIII.
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semblant, au oommenoement, de croire que ce n'estoit pas à bon escient, mais enfin s'escria qu'elle avoit donné la paix à la France et qu'elle ne pouvoit estre mieux qu'entre ses mains. Il demanda de parler au roi; on lui dit qu'il estoit couché. Et, conmie il passoit au travers les gardes, qu'il trouva en ordre, il creut devoir mourir dès là et demanda qu'on lui mit un tison du corps de garde en la main, pour mourir en se défendant^.
Le comte d'Auvergne fut pris de mesme façon par Pralin'. Et l'accident de ces deux fit gagner au pied toute la nuict force gens qui avoient eu part au gasteau.
A cette nouvelle, portée en Bourgongne, le baron de Lus se jetta au chasteau de Dijon et pourveut à celui de Beaune. Mais six mille Suisses, qui approchoyent avec les bandes françoises, et les fraudes du magasin reconnues, furent les lieux coomiuns par lesquels le président Janin persuada au baron et à ses compagnons de venir recevoir la clémence du roi.
Les prisonniers menez à la Bastille % là dedans le mareschal s'effraya sur ce qu'on lui donnoit un couteau sans pointe, que ces gardes n'avoyent point d'espée. Et là, se souvenant qu'un devineur lui avoit dit qu'un seul coup de Bourguignon par derrière l'empescheroit de venir à la royauté et ayant appris que le bourreau de Paris estoit Boui^uignon, il eut une
i . L'arrestation du maréchal de Biron fut opérée par Louis de THospital, marquis de Vitry, dans la soirée du 44 juin 4602.
2. Charles de Ghoiseul, marquis de Praslin, comte de Ghavignon, fils aîné de Ferri de Ghoiseul et d'Anne de Béthune, devint maréchal de France en 4619 et mourut le 4«' février 4626 (Lettres de Henri IV, t. III, p. 294, en note).
3. Les prisonniers furent écroués à la Bastille le 45 juin 4602.
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perpétuelle appréhension , qui le poussoit non seulement au désespoir de la vie présente, mais aussi de œlie qui est à venir. Sur quoi il fut visité par l'archevesque de Bourges^ et autres théologiens. Mais cet esprit couroit des bigotteries, apprises de nouveau, à la mesconnoissance de Dieu. Ses parents se jettèrent à genoux devant le roi à Sainct-Mor^, pour demander sa vie. Le roi, les ayant fait relever, leur dit ces paroles : c La clémence dont vous me requérez ne seroit miséricorde, mais cruauté. S'il n'y alloit que de mon intérest, je lui pardonnerois comme je fais dès cette heure, mais il y va de la vie de mes enfans et de l'Ëstat, qui est encores plus précieux. J'aiderai avec vous à son innocence. Mais, quand il sera convaincu du crime de lèze Majesté, le père ne peut solliciter pour le fils ni la femme pour le mari. Quant à la note d'infamie, il n'y en a que pour lui. Ceux desquels je suis sorti des deux costez, pour mesme crime, ont perdu la teste sur un eschafaut; ni moi ni les miens n'en sommes pas pourtant deshonorez. Sa mort ne peut entacher ceux qui ne l'ont point esté de son infidélité. >
1. Renaud de Beaune de Semblançay, archevêque de Bourges de 1580 à 4602.
2. Le roi reçut à Saint-Maur nombre de seigneurs, qui vinrent inutilement implorer son pardon en faveur du maréchal. C'étaient Jean de Saint-Blancard, frère de Biron, François de Gontaut Biron de Salignac, Charles de Roye de la Rochefoucault, Charles de Pierrebuffière, Charles de Rochefort de Saint- Angel et Pons de Lousiers de Thémines. On peut lire dans de Thou la supplique adressée au roi par Jacques Nompar de Caumont de la Force, au nom de tous ces gentilshommes (De Thou, liv. CXXVIII). Voyez aussi les pièces ajoutées aux Mémoires du duc de la Force, t. I, p. 329 et suivantes.
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On lui donne donc pour commissaires le premier et second président, Fleuri et Turin ^ Geux*là lui mettent devant les yeux plusieurs lettres qui estoyent escrites de sa main, tesmoings de son intelligence avec TEspagnol et le duc de Savoye. Par eUes, il les avertissoit de tous les manquemens de Tarmée, des moyens d'en deffaire quelques parties, des mesoontentemeds qu'il procuroit; toutes ces choses reconnues par son secrétaire Hébert^. On lui présenta La Fin, qu'il avoila tenir pour gentilhomme de bien, d'honneur et son ami. On lui leut ses dépositions, auxquelles il persista. Lors cet homme passa des colères aux rages. Pour parfaire le procès, on appelle les pairs de France, mais nul ne s'y voulut trouver^.
Le vingt-troisiesme de juillet, à défaut de pairs, le chancelier et deux conseillers d'Ëstat vont en la cour de parlement pour travailler au procez^. Le criminel mené au palais, quatre jours après, avec escorte, et, le vingt-neufiesme ensuivant, il fut jugé criminel de lèze Majesté et l'arrest de mort prononcé^* La cour
i. Achille de Harlay, premier président du parlement; Potier, président de chambre. Etienne de Fleury et Philibert de Turin, conseillers, se rendirent à la Bastille le 18 juin 4603 pour procéder au premier interrogatoire du maréchal de Biron (De Thou, liv. GXXVUI).