Dom George de Alencastro, duc d'Aveiro
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remeot chevalier de la Croix, puis en suite le ra dom Sébastien. Gomme ce bruit courait, Antonio de Biîto, Pimentel, Pantaléon, Possoa et plusteors autres le vindrent souvent visiter en son logis, et, à l'occasion du mesme bruit qui s'alloit renforçant par la ville, lui, changeant de logis, tomba, à la marheinre, es mains d^hommes vils et de fâcheuse vie, lesquels, bien que tels et pauvres, lui donnoyent à manger et des habits à leurs despens; ce qui lui acquit mauvaise réputation pour suivre la compagnie de telles gens, et fut la principale cause de ses mésavantures.
Voici ce qui n'est point en débat : c'est qu'estant à Padouë, l'ambassadeur de Gastille manda au potesta qu'il lui fîst vuider la ville et les terres de la seigneurie. Lui, au contraire, vint à Venise. Estant là, sur les contestations qu'il estoit ou n'estoit pas le vrai roi de PortugaU la seigneurie le fit mettre prisonnier en un cachot. Estant interrogé, il maintint estre le roi de Portugal, et fit des responses pleines de colère qui irritèrent ses juges. Des prisonniers qui estoyent avec lui, les uns insultoyent à son affliction, les autres admiroyent sa vie religieuse et ses magnifiques propos. On le fit regarder, et trouva-on que les marques extérieures qu'on requéroit en lui ne manquoyent point, soit la stature et les traits du visage en gros, le pied plus court du costé gauche que du droit. Et, pource que quelques-uns le virent blesser au commencement du combat d'Afrique de deux coups, l'un au haut de la teste et l'autre sur le sourcil droit, on trouva en lui deux playes tout à propos. On avertit de quelques marques en son corps qui furent trouvées. On le fit escriro. Sa lettre, confrontée par des expers,
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fut trouvée celle du roi de Portugal. Là-dessus, ceux que nous avons nommez et autres demandèrent qu'il leur fut permis de parlar au prisonnier, à la charge que, s'ils maintenoyent une fausseté pour Im\ ils se condamnoyent avec lui à l'ignominie et à la nx>rt, dont autrefois on a puni les imposteurs en fraudes si dangereuses que sont celles de la souveraineté. Ils requirent d'avantage qu'on donnast ordre à son vivre et à telle façon de prison qu'il n'y pust estre empoisonné. Sur cela, estants arrivez Diego Manuel et Sébastien Figuero, avec lettres des Estais d'Holande et du prince Maurice, en faveur du roi dom Sébastien, il fut mis en plus honnorable prison à cinq escus de despense par jour, dont il donnoit la pluspart aux pauvres. Et puis la Seigneurie assembla le conseil des Pregai, lequel, sur l'incertitude des choses et oraignant d'irriter l'Espagne, le prisonnier fut mis dehors avec commandement de sortir des terres des Vénitiens, avec peines, lui remettant la désobéissance d'y avoir demeuré deux ans vingt-deux jours depuis la sentence du podestat de Padoue. Estant mis en liberté entre onze et douze heures de nuict, il s'en alla chez un Grec, où il trouva logez Rodrigo Marguez et Sébastien Figuera, gentilshommes portugais, qui estoyent avec lui à la bataille. Ceux-là, après plusieurs contrastes, le reconnurent, le changèrent de logis, où, ayans appelle tous les principaux Portuguais, qui estoyent lors à Venise, il leur tint ce langage en portuguais :
c Vous avez fait un très grand bien à vostre patrie et signalé service à moi, qui suis vostre roi et seigneur. Vous estes mes vassaux et subjects, puis que
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VOUS avez fait ce que vous deviez à Dieu et à vostre obligation; je n'en serai poiot ingrat; je suis vostre père et vous estes mes enfans. Maintenant que je suis entre vos mains, je vous supplie que faciez vos a£faires avec prudence, attendu que vous estes obligez à contenter ceux qui vous demanderont comment vous m'avez connu pour vostre roi et seigneur, et, si vous ne trouvez que je suis tel, jettez-moi dedans la mer. Vous avez quelques-uns d'entre vous qui ont par escrit les marques qui sont sur mon corps, tant les secrettes comme les apparantes, lesquelles le Père Docteur, Sampeio, et Le Chanoine ont apportées de Portugal par actes authentiques, par instrumens publics qui ont esté faits judiciairement et tesmoignez par personnes de qualité, qui m'ont nourri et veu maiptesfois tout nud lors que j'estois enfant. Voyez, je vous prie, pour vostre justification s'il est ainsi que je les aye toutes telles. > Et, comme il se voulut despouiller pour les leur faire connoistre, les Portuguais l'empeschèrent, le requérant leur vouloir dire quelque chose de ses avantures, ansquels il respondit qu'il le feroit une autre fois, que pour l'heure ils lui voulussent faire ce plaisir de lui dire des nouvelles de ses amis et de la patrie. Là-dessus, il se prit à s'enquérir de diverses choses de Portugal, depuis vingt-deux ans et plus. Il a descouvert en public ce qu'il tenoit caché en sa poitrine, disent les Portugais, et qui ne pouvoit estre manifesté à autre que lui. Il a fait voir à quelques-uns les marques des blessures qu'il receu en la journée d'Afrique, faisant fourrer les doigts dedans. Il leur dit encores que ses propres armes sont serrées en un certain endroit;
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que le duc d'Aveiro, les comtes de Rodoodo et de La Sortella, Fernand de Menesez* sont encores en vie; qu'à la première commodité il envoira vers eux; que Ghristofle de Tavora^ fut tué par des voleurs devant lui.
A ces discours, tous les Portuguais entrèrent en plus d'asseurance que c*estoit lui-mesmes. Et, en outre, leur fit revoir toutes les particularitez de son corps, une dent qui lui manquoit, leur noauna le barbier Sébastien Nero et le lieu où il Tavoit tirée. Le prièrent de manger, de quoi il s'excusa, pource que c'estoit un vendredi, qu'il jusnoit. Peloor lui tirant le soulier pour le faire chauÉTer, lui tasta une verrue si grande qu'elle sembloit un sixiesme arteil. Puis, les regardant tous habillez de diverses façons, il leur dit en portuguais : tanto trage^. Sampeio^et Ghrisostomo, cordeliers, le vindrent quérir pour l'emmener à Sainct-Dominique, et de là s'embarquèrent en une gondole pour aller à Ghiosa, pensant par Ferrare gagner Florence, et de là à Marseille.
Mais, le grand-duc^ l'ayant fait prendre prisonnier, là il fut interrogé vingt-sept fois par les sénat^irs et par diverses sortes de gens, ausquels il protesta tousjours d'estre roi de Portugal, et demanda d'estre
1. Parmi les seigneurs qui suiTirent le roi de Portugal en Afrique, de Thou cite deux personnages portant le nom de Menésôs : Edouard de Menésôs, comte de Taroca, maréchal de camp, et Emmanuel de Menésôs, évèque de Coîmbre (De Thou, liv. LXV).