Inféries (inferiae), sacrifices aux mânes
7. Cette apparition est mentionnée dans le Journal de VEsMU. Mais un passage des Mémoires du duc de la Force (t. I, p. 115), relevé par M. Lalanne, la nie absolument.
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longue, uo vestement sale et tout plumeux. Cet homme s'estant présenté pour harangua, on nous fit approcher, plus pour avcnr part à la risée, commune aux courtisans, qu'à l'admiration. Adonc Tora*teur, avec une triste asseurance, parla ainsi ^ :
c Sire, Quelques anciens adorateurs de leurs rois les ont appeUez dieux secondaires; d'autres, plus modestement, images du Dieu vivant. Or, est-il raisonnable que les portraits ressemblent aux originaux. De là vient que nous nous plaisons en ceux qui nous [les] représentent et les gardons curieusement; mais nous jettons au feu ceux qui nous difforment et portent nostre nom injustement.
c Les traits du visage de Dieu sont la justice et la clémence; les princes justes et piteux sont gardez au sein de TÊternel comme ses portraits bien aimez. Mais les rois injustes et non démens sont images de celui qui, meurtrier dès le commencement, anime les CQMirs des grands à comman(kr les meurtres, les nobles et les armées à les exécuter et despouiller le sein de la terre de ses douceurs, en la couvrant de spectacles hideux, tels que nous les avons veus en la plaine, que vous venez de passer, qui parut à nos yeux, un matin, animée de la plus généreuse noblesse de France, sous mesme soleil, sanglante, et deux jours après puante de dix mille charongnes de gu^riers excellents. Elle a paru depuis blanchissante de leurs os; nos chiens sont devenus loups à force de sang regorgé. G'estoyent ceux qui avoyent mis le pais à la mort, fait les hommes devenir des os et périr les
i. Ce discours est de la composition de d*Aubigné.
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eofans sur les peaax des mammelles, pensans sucoer leurs vies dans les restes de la faim.
c La mort leur rendit en gros ce qu'ils lui avoyent preste en détail. Mais la punition ne s'arreste pas là, car Dieu demandera les vies à milliers de la main de ceux qui les ont fait tomber sous leurs auspices. Et cependant peu de ces grands vont la gorge sèche au tombeau, pource que le grand justicier dès ce monde exerce jugement.
c Sire, Yostre part et vostre visage ne promettent que hauts et généreux desseins, qui accouchent peu souvent à nostre gré, mais avortent de monstrueux accidents, quand ils s*esloignent de la justice, qui est la seule nécessité, soupçonnez d'estre iniques et malheureux, quand la gayeté de cœur en dit son avis; et vous instruisez que, quand nous allons outre les bornes que Dieu nous a prescrites, il nous engraisse pour la mort, nous eslève par delà toute mesure, pour sans mesure doubler le*saut du précipice et rendre signalé le coup de son jugement. Soufirez, Sire, nos plaintes par nos bouches, puisque d'eUes-mesmes nous prions pour vous contre les sinistres événemens. Nostre harangue est brute; vous en avez donné la matière; ^Ue ne vous demande pardon que pour la façon. Goustez les fruicts de ce que vos mains ont semé et ne prenez pas de nos propos Thorreur sans le changement, car Dieu met ses advertissements au rolle des reproches, les envoyé devant, «comme s'il vouloit se justifier. De cette façon, ayant ordonné de descocher son foudre sur la teste de Dioclétian, il fît auparavant esclater un tonnerre à ses pieds.
c Or, vueille le roi des rois vous inspirer des salu-
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taires pensées, en diriger au bien les actions, apprenant à vos mains, habiles aux combats, à manier, comme elles ont fait, Tespée glorieusement, aussi heureusement le sceptre de la paix. »
Le roi, quelque temps estonné, respondit après une longue pose : c J'ai pris vos propos en bonne part; je vous en remerde et ne les oublierai jamais. » Ge^ qu'il ne fit, et nous répétoit souvent ce terme, où il est parlé que les grands vont rarement la gorge sèche au tombeau.
L'autre discours, plus brief, lui fut tenu par un de ses vieux serviteurs, auquel il monstroit le coup de Ghastel à travers la boudie. Gettui-ci, en présence de la duchesse^, en la salle de son logis, à Ghauni, prononça ces paroles : c Sire, n'ayant encores renoncé la vérité de Dieu que des lèvres, il s'est contenté de les percer; mais, quand le cœur fara de mesmes, il sera de mesme au coeur^. »
Là^ duchesse ayant respondu que c'estoyent de belles paroles, mais mal appropriées au roi, la réplique fut : c Oui, Madame, car elles ne serviront de rien^. » Ge qui m'a fait produire ces deux pièces, c'est qu'il les remémoroit quelquefois avec^ une
■i. Cette phrase ne se trouve pas dans Tédit. de 1620.