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La passion de HQnri IV pour la princesse de Gondé

466 msTOmi i^iovkrselle.

qui il oommeaça de traiter par SuiUi S dès lors de sod ambassade, trois desseins lui furent présentez; le premier par le duc de Savoye, le mareschal d'Esdiguières et Villeroi : c'estoit d'attaquer le Milanois comme la province qui oblige toutes les autres à TEspagne, et est du tout nécessaire pour se maintenir en Italie ou pour avoir communication en Alemagne et au Pals- Bas ; ce dessein, de tant plus facile par Fassistance de celui qui en avoit donné Tinduction et de la main qu'y prestoyent les Vénitiens.

Le second, porté par le prince Maurice, embrassé par le duc de Suilli, estoit d'attaquer la Flandre en joignant les forces des Païs-Bas avec celles des François, en prenant toutes les villes de la Meuse; chacune des deux armées faisant ses progrez de proche en proche jusqu'à ce qu'elles se fussent rencontrées. Après quoi il fSdoit faire la mesme chose du costé de la mer; ce qu'estant fait, il faloit que le pays de l'ar^ chiduc se rendist à discrétion pour ne pouvoir plus estre secouru de l'Espagne par nul endroit.

Mais, pource que ces deux desseins rencontroyent la jalousie de tous les autres princes chrestiens, qui aiment mieux voir les deux puissances de France et d'Espagne se balancer que si l'une estoit victorieuse absolument, le roi, de ces deux propositions, en fit une troisième pour délivrer de la domination espagnole tous ceux qui gémissent dessous, pour en tirer la seule gloire et nul autre profit apparent. Il résout de donner une armée, commandée par le mareschal

1. Sully fut envoyé en Angleterre en 1603, après la mort d'Elisabeth, pour complimenter Jacques VI, avec une instruction qui est publiée à sa date dans les OBoorwmies royales.

d'Esdiguières, au duc de Savoye et aux Yénitiens d'accord, et, ayans partagé ]a peau avant que l'ours iîist

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contentaat le roi de réduire l'Espagnol aux frontières des Pirénées et de la mer. Mais deux choses firent penser plus avant; l'une Toffire de l'archiduc, conclu en traitté, par lequel il vouloit conférer à ce qu'il ne pouvoit différer, et, par la facilité de son assistance, donnoit moyen au roi de mettre la couronne impériale tout d'un train sur sa teste, sans en faire à deux fois. Et, de mesme temps, quelques riches marchans des costes de Guyenne, ameutez par un vis-amiral du pays, s'offirirent à nourrir l'armée qui conquerroit l'Espagne, rendans à leurs périls et despens les vivres, par toutes les villes et forts maritimes qu'on dresseroit, au prix qu'ils estoyent lors à Paris. Gela faisoit cercher vers la coste de Languedoc des offices de mesme commodité et doubler la doze de la despense ppur jetter deux armées en Espagne, de chascune vingt-cinq mille hommes; l'une pour commencer à SainctrSébastien et l'autre à Parpignan et^ se

bigné ait connu un mémoire de Sully qui ne figure pas dans les OBconomies royales. Ce mémoire est peut-ôtre celui que M. le marquis de Vogué a inséré dans les Notices et documents publiés par la Soc. de l'hist. de France pour son cinquantenaire, p. 387. Le prétendu grand dessein de Henri IV a été l'objet de nombreuses études. Certains philosophes du xvin* siècle en ont fait un plan humanitaire. De nos jours, M. V^Tolowski a publié une étude sur ce sujet dans les Séances et travaux de VAcadémie des sciences morales et politiques, t. LIV, 1860, p. 29. Un historien allemand, M. Théodore Kuekelaus, a publié à Berlin en 1893 : Der Ursprung des Planes vom ewigen Frieden in den Mémoires des Herxogs von Sully, in-8«, 180 p. Enfin M. Charles Pfister ^ écrit, en 1893 et 1894, dans la Revue historique, une série d'articles sur les CEoonomies royales de Sully, où la question du grand dessein de Henri IV est savamment traitée.

1. Le reste de l'alinéa ne se trouve pas dans Tédit. de 1620.

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joindre, par les bords de la mer, où les conquestes leur permettoyent^.

Le roi donc, au fourbir de ses armes, donna la crainte où il n'avoit plus Tamitié. Les sages voisins jugèrent où alloit le dessein par le mérite du desseignant, mesuroyent ses pensées à sa puissance et des succès passez, se résolvoyent de contribuer aux victoires qui ne se pouvoyent arrester, dont on escrivit :

A ton resveil^ Madril tmUoU cacher ses armes; Qui n'y contribuait estoit armé de larmes; Vienne alloit subir le joug du vertueux, Les anges s'accueUloyent à si haute entreprise^, etc.

Le consentement des peuples, qui est bien souvent la voix de Dieu, sembloit promettre sa bénédiction. Les nations avoyent posé leurs haines, vouloyent arracher leurs bornes pour l'amour d'Henri. Les Aiemans s'armoyent à la françoise pour combattre de mesme; le prince d'Ânhalt, faict leur chef, vouloit se monstrer maistre sous celui qui Tavoit enseigné. Le marquis de Brandbourg espuisoit la noblesse de Pomeranie et les Suisses animoyent les rochers immobiles. Tout cela pour faire un empereur des chrestiens, qui

i. Trois mois avant la mort du roi, d*Aabigné vint à Paris (Journal de ma vie, éd. Lalanne, p. 107) et reçut de la bouche môme du roi la confidence du grand dessein de ce prince (Ibid,, p. 113).

2. Cette strophe est publiée dans le Discours par stances de d*Aubigné (voy. plus haut, p. 457, note), mais avec les variantes suivantes :

Te voilà réveillé : Madril craignoit tes armes, Piedmont s'agenouilloit, Rome jettoit des larmes, Vienne t'alloit céder comme au plus vertueux, Les anges s'accueilloient à si haute entreprise, etc.

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de ses menaces arresteroit les Turcs, pour réformer l'Italie, dompter FEspagoe, reconquérir l'Europe et faire trembler l'Univers.

Il estoit prest de convertir ces choses en exécution, il avance de toutes les parties, presse de tous costez son dessein, et, pour arrhes de ses victoires, sous tiltre d'une entrée pour la roine, il emplit Paris de théâtres et d'arcs triomphaux, presqu à veuë l'un de l'autre, surpassans tous ceux qu'on avoit veu, soit en estoffe, soit en élévation. Les despenses prodiguées à telle splendeur ne sentoyent plus ce prince, sur la peau duquel les misères avoyent laissé long temps la crasse de la chicheté, si bien qu'au prix que la parade de ses armes donnoit dans les yeux de l'Eur rope, Paris et avec lui la France s'esblouyssoyent de tant de thrésors desployez. Mais :

0 faciles dare summa deos eademque tueri Difficiles*.

Ou bien, pour reprendre les stances des louanges que nous avons posées au conunencement :

Ma plume ainsi voloit, nCemplumant d^ espérance D* animer plus qu'un autre à ses larmes la France j Mieux louer y mieux pleurer que nul autre mon roi, Quand mon esprit de feu, mon docteur à prédire Tourne mes yeux à voir par un grand doigt escrire Mb5b TflBGEL PHiass en funeste paroi.

Cette main, qui orna ta perruque de gloire, Mit le sang à tes pieds, sur le front la victoire, La grâce dans tes yeux, sur ta langue le miel; Lassé de ces douceurs, desploya ses pttissances,

i. 0 Dieux [qui vous montrez] faciles à donner des honneurs et difficiles à les défendre (Lucain, PharsaU, chap. i, vers 510).

47S HISTOIRB UNIVERSELLE.

tant le pied sur le rayoD d'une roue de derrière, pour avancer son corps dans le carrosse, trouva le roi pandié vers la p<»lière droite, lui donna trois coups, les deux derniers portans au coeur, d'un cousteau à manche de poignard, sur lequel y a voit un caractère gravé. Le meurtrier levoit la main pour le quatriesme coup quand il fut arresté et pris par le va-de-pied. Le roi, n'ayant monstre aucune respiration de vie, fiit couvert d'un manteau, et, ayant ensanglanté toute la rue de Sainct-Honoré, fut porté au Louvre, sur le lict qui n'aguères lui avoit refusé le reposa

Je n'ai plus d'haleine pour suivre aucun article des succès de cette mort ; la plume me tombe des mains, et, au lieu d'esmouvoir les cœurs, non seulement des François, mais de tous ceux qui favorisent la vertu de leurs vœux et la pleurent, esteinte de leurs yeux, je laisse parler mieux que moi Anne de Rohan,' princesse de Léon*, et de tous ceux qui escrivent bien en ce temps, de laquelle l'esprit, trié entre les délices du ciel, escrit ainsi :

Quoi? faut'il que Henri, ce redouté monarque, Ce dompteur des humains, soit dompté par la Parque? Que l'oeil qui vid sa gloire ores voye sa fin?

i. Assassinat de Henri lY, 14 mai 1610. Ravaillac, arrêté sur place, fut condamné à mort et supplicié le 27 mai. Partie de son procès a été publiée dans le t. VI des Mémoires de Condé, La procédure tout entière a été publiée pour la première fois en 1858 par M. Deschamps.

2. Anne de Rohan, princesse de Léon, née en 1584, morte sans alliance à Paris le 20 sept. 1646. Elle a laissé quelques poésies, notamment Stances de Mademoiselle Anne de Rohan sur la mort du roi, Paris, Chevalier, 1610, in-8o. C'est une pièce de cent cinquante vers, dont d'Aubigné cite une partie.

Que le nosirepour lui incessamment dégoutte f Et que si peu de terre enferme dans son sein Celui qui méritait de la posséder toute?

Quoi? faut-il qu'à jamais nosjoyes soyent esteintes? Que nos chants et nos ris soyent convertis en plaintes?

474 msTonuE universelle.

Cet hercule sans pair amssi bien que sans peur, Tant de perfections qu'en Miant an souspire, Qui pauvoyent asservir le monde à sa valeur, Si sa rare équité n'eust borné son Empire.

Regrettons, souspirons cette sage prudence^ Cette extrême bonté, cette rare vaillance, Ce ccBur qui se pouvoit flesehir et non dompter. Vertus de qui la perte est à nous tant amère Et que je puis plustost admirer que chanter, Puisque à ce grand Achille il faudroit un Homère.

Mais y parmi ces v^tuspar mes vers publiées, Lairrons^nous sa clémence au rang des oubliées, Qui seulement avoit le pardon pour objeet ? Pardon qui rarement au coeur des rois se treuve. En parle F ennemi^ non le loyal subjecl ; En face le récit qui en a fait l'espreuve.

Pourroit'on bien conter le nombre de ses gloires? Pourroit-on bien nombrer ses insignes victoires? Non, d'un si grand discours le dessein est trop haut. On doit huer sans fin ce qu'on ne peut escrire. Il faut humble se taire ou parler comme il faut. Et celui ne dit rien qui ne peut assez dire.

Ce Mars, dont les vertus furent jadis sans nombre Et que nul n'esgaloit, est esgal à un' ombre. Le fort a ressenti d^Atropos les efforts, Le vainqueur est gisant dessous la froide lame; Et le fer infernal qui lui perça le corps Fait qu^une aspre douleur nous perce à jamais Pâme.

Jadis pour ses beaux faits nous eslevions nos testes^ Vombre de ses lauriers nous gardait des tempestes, La fin de ses combats finissait nostre effroi. Nous nous prisions tous seuls, nous mesprisions les autres, Estant plus glorieux éPestre subjects du roi Que si les autres rois eussent esté les nostres.

Maintenant nostre gloire est à jamais ternie,

MaintetiatU nostrejoye est pour jamais finie; Les lys sont atterrez et nous avecques eux. Dafné baisse^ ehétifve, en terre son visage^ Et semble par ce geste^ humble autant que piteux, Ou couronner sa tombe ou bien lui faire hommage.

Je me contenterai de cet eschantillon pour vous faire envie de ce qui suit et venir aux accidents inespérez^ aux attentes brisées, aux grands desseins évanouis, qui faisoyent parler les choses et jetter par la France des amertumes qui n'ont point de vocables suffisans. Les tragédies observent deux propriétez, qui se tiennent bien la main ; c'est que non seulement elles ont des issues lugubres et sanglantes, mais aussi ontr elles des personnages ausquels il eschet de ne finir point à la mode des moindres et de la médiocrité. En vain eusse-je donc souhaité une catastrophe comique en traitant des dieux de la terre.

Or, voici la conclusion, non seulement de mon Histoirôj mais de toutes celles qui ont esté escrites et s'escriront jamais, ou soit par les desseins des autheurs, ou soit par le droit d'amirauté, que le dieu des armées fait poser sur l'autel de l'honneur; c'est que les succès envoyent par force les yeux et les esprits de la terre ténébreuse au ciel luisant, des splendeurs qui passent aux éternelles, des royaumes caduques au permanent et enfin de ce qui paroist estre vivre et régner, à ce qui seul est, vit et règne véritablement.

Je n'ai plus qu'à laisser quatre vers pour le renom d'un roi sans pareil; que, si la défaveur de leur autheur les fait refuser au tombeau de Sainct-Denis, ils ne le feront pas en celui qui est posé et sacré dans

le marbre permanent, qui est Téternelle mémoire de la postérité.

HEïfRi LE Grand, si grand que la paix ni la guerre Ne lui ont fait souffrir maistres ni compagnons^ Trouve repos au ciel, qu'il n*eut point en la terre. Guerrier sans peur, vainqueur sans fiel, roi sans mignonsK

Gomme ce peintre grec' qui se cacha derrière son tableau pour aprendre de ses nouvelles par toutes sortes de bouches et d'esprits, ainsi, à Tombre de mon Histoire y qui n'est qu'un tableau, je désire d'entendre les répréhensions des uns et les plaintes des autres, faire mon profit de tout, sans renvoyer le cordonnier à sa pantoufle. Aux premiers je tiendrai compagnie; aux juges de mes défauts, les corrigerai avec eux, comme je les sen avec eux, sans autre excuse que la difficulté de mettre en ordre des choses tant désordonnées, le manquement et diversité des mémoires, souvent arrivez après les premières parties imprimées. Tout cela, en un mot, me condamne à la seconde main.

Quant aux plaintifs et ceux qui disent que j'ai oublié beaucoup de choses, ils verront que c'est d'eux qu'ils se doivent plaindre et qu'eux mesmes ont oublié ce que je ne savoi pas, après avoir esté sollicités par voyes honnorables et publiques depuis quatorze ans. Je serai bien aise qu'une injuste colère les pousse à un juste sentiment et au remède qui est en eux, car, pour le certain, de ceux qui m'auront envoyé des mémoires je n'aurai aucuns complaignans. Il n'y a

1. Cette épitaphe n'est pas reproduite dans le recueil de poésies de d'Aubigné, publié chez Lemerre.

i. Appelles. Voyez Pline, liv. XXXV, obap. xxxyi.

province où il n'y ait ordre pour la réception de telles choses. Aidez donc à ce que vous désirez. Celui qui circuit le monde ne fait qu'une ligne. JTai été longtemps nourri aux pieds du plus grand roi du monde et dans les affaires désespérées, mais je n'en ai pris que ma portée. Et en tout ce que j'apren d'autrui, il m'est peu advenir d'avoir dit mensonge, mais non pas d'avoir menti.

Il est temps de fermer ce livre par ma prière accoustumée à l'ouverture du labeur.

Du PSEAUME LXXI, 1 7 :

0 Dieu! tu m'as enfant instruit de tes merveilles; Enfant j'ai convié les cœurs par les oreilles

A ton sainct nom bénir.

Ne me retire encor en ma blanche vieillesse Tant quefaye achevé d'élever ta hautesse

Aux siècles à venir.

Ainsi* la prisonnière allègue sa grossesse, Pour recueillir son fruict Inexécution cesse.

De pareille raison^.

Pour sauver son enfant, mon âme criminelle Demande qu'on attende en patience quelle

Acouche de son fruict^.

i. Cette dernière strophe manque à Tédit. de 1620.

2. Variante : Plus la mort ne poursuit, ou bien : Plus on ne la poursuit,

3. La traduction du psaume 71, verset 17, est signée de la lettre hébraïque qui sert de signature à d'Aubigné. Elle ne figure pas dans le recueil de vers publié par l'éditeur Lemerre.

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