‹ Histoire universelle (volume 5)Chapitre 51 sur 317 · Anneux (Nord · texte numérisé non relu

Anneux (Nord

8. La cavalerie espagnole était commandée par don Carlos Coloma.

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pour passer à un corps de garde de quelque trente lances, qui ne pouvoyent estre secourus des autres. Ayans passé sur le ventre de cette troupe, il s'en présenta une autre de deux cents chevaux au-devant d'eux ; mais ceux-là ne soustindrent la charge qu'en escumant, et, ayant fait place au secours, il ftit receu dans la ville S où le duc de Retelois et ses capitaines ayans veu le désordre et le peu que la vertu profitdt, ces vieux capitaines retirèrent leur jeune duc.

La ville donc est assiégée, les approches faites en trois lieux, en chacun une batterie, et bien tost trois bresdies, ausquelles, pource que la ruine n'avoit pas comblé le fossé, aussi haut comme estoil le roc naturel, il faloit en plusieurs endroits des eschelles de treize à quatorze pieds, et mesmes en quelques-uns de dix-huict. Ceux de la citadelle, au lieu de garnir les bresches, mal asseurez de la foi. des habitans, se voulurent garder pour la dernière pièce. Peu des habitans se présentèrent pour vouloir soustenir, aussi tost intimidez par les autres et sur tous par les confidens de Rosne qui amenèrent tout à parlementer^. Ce parlement se trouva fort aisé à conclure par des bourgeois que leurs prescheurs avoyent instruits à désirer la domination espagnole, mais ils en esprouvèrent la douceur et furent bien tost instruits au contraire par les Espagnols. Il arriva dans la confusion que, les plus courageux ou moins estonnez voulans recevoir les conquérans de meilleure grâce et faire le désordre

1. Le duc de RétheloÎB entra dans la ville de Cambrai le 15 août 1595.

2. Sur la haine des habitants de Cambrai contre Balagny, voyez de Thou, liv. CXHI.

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avec ordre, d'autres» plus hastifs, firent entrer les ennemis par un^ des bresches. Â Tenvie de ceux-là, les autres ouvrent une porte. Ceux qui n'avoyent point trempé à Tintelligence gagnent comme ils peurent la citadelle ^ Geste pièce ne se fît pas battre à Topiniastreté qu'elle méritoit; fiit attaquée avec toute sorte de vigueur, pour la nouvelle qui veint aussi tost que le roi avoit quitté les compositions de la Franche-Gomté et les magnificences de Lyon^ pour s'en venir, mais trop tard, remédier à la Picardie.

Balagni avoit devant ses yeux l'exemple de Vilars, et tous les siens le tableau de ce qui s'estoit passé à Dourlans. Tous les hommes courageux qui l'accompagnoyent pressèrent l'accord, et une capitulation^, qui fut demandée de mauvaise grâce, n'y ayant aucun qui y voulust contredire que la dame de Balagni; laquelle, ne pouvant mettre d'accord sa fortune et son courage, se résolut, après un morceau tant amer, n'en avaler jamais d'autre. Autant de fois que son mari la voulut consoler, elle le convia de suivre son exemple et ne survivre point à son déshonneur. Elle le somme de la promesse qu'il lui avoil faite, qui estoit de mourir en sa principauté. Le mari, pour la conten-

i. Le duc de Réthelois défendait la citadelle.

2. Entrée du roi-èi, Lyon, 4 septembre 1595. — Retour du roi à Paris, 30 septembre.

3. L'acte de capitulation de la citadelle de Cambrai, daté du 7 octobre 1595, est conservé en copie dans le vol. 3994 du fonds français, f. 215. Cependant, d'après tous les historiens, les Espagnols n'entrèrent que le 9 dans la ville. Des débris de la garnison de Cambrai, Balagny forma un régiment, qui porta plus tard le nom de régiment de Béam et dont il exerça le commandement jusqu'à la fin de sa vie (Roussel, Bssai histor, sur les régiments d'infanterie, cavalerie, Béam, in-12, 1765).

ter, lui repromet encores. Mais, voyant qu'il lui faussoit compagnie, elle ne le receut plu^ qu'à injures et reproches de sa naissance aux exultations de la sienne, asseurant que la maison de Âmboise ne la desdaigneroit point. Et ainsi mourut, ou par la faim ou, comme d'autres ont voulu, n'ayant autres instrumens pour chasser son âme, que la force de sa douleur ^ Voilà, en un chapitre, l'abrégé des plus grands affronts que de mémoire d'homme la France aye receu par les estrangers.

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