D'Âubigné lui-môme
1596] LITRE QUATORZIÈIfE, GHAP. XIY. 405
avons laissée cofDinencée, ayant fait refouler la rivière d'Oise dedans la ville de la Fère, elle pourrit tous les magasins^ qu'ils tenoyent dans le bas. Le roi*, la voyant à sa perfection, dit en secret à Montigni^ : c Si j'en avois fait autant devant la Rochelle et devant Marseille, lors je serois roi absolu de France. > Enfin, les incommoditez de l'eau et quelques autres manquements firent que le vis-Séneschal, gouverneur, et Alvarez-Auzorio, espagnol, qui les commandoit, après un siège de cinq mois, capitulèrent à honnorable composition ; et fut conduite la garnison jusques à deux lieues de Ghasteau-Gambrésis^.
Ghapitrb XIV.
Fin des petites guerres de Champagne; reprise de celles d'Auvergne,
Vous aurez un chapitre pour l'achèvement des affaires de Ghampagne, et, par contagion, des desseins
i. De Thou, au contre de d'Aubigné, dit que riuondation de rOise ne fit aucun mal à la ville (liv. GXYI).
2. Le passage suivant jusqu'à ces mots : le ffiee^sénéchal..., manque à Tédit. de i620.
3. Louis de Rochechouart, seigneur de Brosse et de Montigny, fils aîné de François de Rochechouart et d'Anne de Béruile. Il servit avec fidélité le roi de Navarre et plus tard Henri lY, et mourut en 1627 (Lettres de Henri IV, t. H, p. 422, note).
4. Le siège de la Fore avait duré sept mois. La ville, investie au commencement de. novembre 1595, ne se rendit que le 22 mai 1596 {ffùt. de France, par Matthieu, t. n, p. 225). Dès le 16 mai, des négociations avaient été entamées parDemetrix Gapusamati, officier albanais, au nom de Colas, vice-sénéchal de Montélimar (De Thou, liv. CXVI). Le 15 avril 15%, le roi avait confié la direction du siège an duc de Montmorency.
haiardeux et de mesme temps un trait de Auvergne, qui tient compagnie au premier.
Marlet ayant succédé à la charge de Viliers et commandant au fort de HareuiP, Vignoles* y fit un dessein, sur ce que deux mousquetaires de sa compagnie ayans esté pris, et Tun venant au bout de trois semaines solliciter leur rançon, raporta Testât de cette place, la forme des gardes et toutes les particularitez, si judicieusement qu'il se fit ouïr et croire, et sur son rapport, tellement qu'il ne fallut plus attendre que le temps, qui estoit quand les eaux seroyent desbordées et hors de chantier.
Les premières crues ayans donc haussé la rivière^ de douze pieds, Vignoles fit mener trois grands bateaux, garnis à loisir de toutes choses nécessaires, Fun desquels il remplit de gens de guerre; puis ordonna trois lieutenans de gens de pied avec chacun une eschelle, chacun six hommes armez et dix harquebusiers; sur tout cela encor un capitaine, avec pareil troupe pour assister celui de ses compagnons qu'il connoistroit en avoir le plus besoin et pour courre à l'eschelle qu'il verroit la plus combatue. Dans le bateau devoit demeurer un homme de commandement avec quarante mousquetaires pour faire tirer incessamment au rempart, qui estoit sans parapet. Pour conmiander à tout ce qui estoit dans le bateau, fut
i. Mareuil (Marae).
2. Benjamin de VignoHes, seigneur de VignoUef, fils de Paris de Vignolles et de Jacqueline de Constant, était chevalier de Tordre du roi et maître d'hôtel du comte de Boissons (Lettres de Henri IV, 1. 1, p. 586, note).