LIVRE QUATORZIÈME, GHAP. XIV
tume qu'ils avoyent de sortir tous les matins pour faire une espèce de descouverte; que là-dessus on dooneroit pour signal le lèvement du petit pont.
Le jour de l'exécution, qui fut le dix-septiesme de février^, Louys d'Aix* sortit le premier, et Gasaut, venant après lui pour le suivre, fut enfermé entre les deux portes et là tué par Pierre et Barthélemi Libertas frères, non sans résistence et mort des mousquetaires qui le suivoyent^. Là Manon, qui menoit les premières forces du dehors, averti par le signal et les sentinelles qu'il avoit posées, fait donner trente salades à Louis d'Aix, qui se défendoit si bien avec ses mousquets qu'il gagna le bord de la mer et, par un bateau, la ville, et, de mesme temps, ceux qui avoyent chaîne du canon tousjours prests sur les murailles en envoyèrent plusieurs volées; ce qui fit que quelques capitaines des troupes pensèrent à quitter la besongne. Mais le Guisard y résista fermement et receut aussitost les capitaines Jean, Lotan et L'Impérial, qui l'asseurèrent de la mort de Gasaut^. Lors, sans autre cérémonie, il fit tout marcher vers la porte Réale, où il estoit temps d'arriver, car Louis d'Aix et le fils^ du
1. Siûvant de Thou, le jour de Texécation de ce projet avait été fixé au 18 février 1596 (Uy. CXVI).
2. Louis d*Aix était viguierde la ville de Marseille en 1596. Le roi, pour récompenser Pierre Libertat de son dévouement, lui conféra cette charge aussitôt après que le duc de Guise eut occupé Marseille (De Thou, liv. GXVI).
3. Barthélémy Libertat est cité comme capitaine dans une lettre de Henri IV, datée du 23 janvier 1597 et adressée à Pierre Libertat, frère du précédent (Lettres de Henri IV, t. IV, p. 675).
4. De Thou confirme le récit de d'Âubigné touchant la mort de Charles Gazaux {De Thou, liv. GXVI).