‹ Histoire universelle (volume 5)Chapitre 88 sur 317 · Combe, vallon · texte numérisé non relu

Combe, vallon

1597] LIVRE QUATORZIÈME, GHAP. XYID. 137

battre par trente-deux canons de quarante-dnq qu'il avoit au siège. Cette pièce estant foudroyée fut attaquée au commencement par une reconnoissance de brèche et puis pied à pied. Là fut tué Hernan Tille ^, le troisiesme de septembre, comme il avançoit la teste pour voir la ruine. Le lendemain, les capitaines assemblez éleurent pour leur chef le marquis de Montenaigre^. Cette mort, suivie de près par celle de Saint-Luc^, tué d'une mousquetade par le mesme endroit que le chef espagnol ; Sainct-Luc, di-je, qui avoit quitté l'excellence entre les courtisans pour la gagner entre les gens de guerre; envié des premiers, aimé des autres jusques à la mort et après elle regretté.

Le siège se poursuivit par mines, principalement plus pratiquées lors qu'elles n'avoyent esté en France ; car tel en faisoit une qui sautoit d'une autre, préparée sous ses pieds. Â ce jeu se perdirent force gens, et entr'eux La Limaille, qui lors commandoit le régiment de Navarre. Ce régiment, employé aux plus dures besongnes du siège et redouté par ceux de dedans, qui se retenoyent de sortir le jour qu'ils le savoyent en garde, pour avoir esté receues par ces Gascons deux ou trois fois fort rudement. Ils les appeloyent iMeraneSy parce que c'estoit la vieille semence du roi de Navarre, bien qu'il y eust plusieurs catholiques parmi eux. Mais les assiégez desployoyent leurs insolences sur le régiment de Picardie, qu'ils appeloyent

i. De Thou confirme cette date (liv. GXYIII).

2. Jérôme Garaffe, marquis de Monténégro, commandait la cavalerie de la garnison espagnole.

3. François d'Espinai de 8aint-Luc, grand maître de Tartillerie, tué le 5 septembre 1597.

138 HISTOIRE UmVERSBLLE. [1597

les Maheuris. Il se &it de telles différences dans les longs sièges et bien souvent sans raison.

Un jeudi se fit la grand'sortie par la porte de Montrescu, au sortir de laquelle ils firent deux fronts. L*un enfila les trenchées du régiment de Picardie à gauche, l'autre à droite les trenchées de Flessan. Et pource qu'à quelqu'autres petites sorties, les soldats, dece costé-là, avoyent esté frians devenir aux mains, ils firent faire mine de retraite à ceux qui donnoyent par la contr'escarpe. Et cependant emplirent le fossé et le firent dégorger si à propos qu'en donnant par la teste et par le flanc ils emportèrent tout ce quartier, jusques au corps de garde du capitaine Yaudré ; tout cela exploité si courageusement que, sans la venue des Ânglois, ils alloyent baiser l'artillerie. Â ce combat moururent près de mille hommes à esgale perte, et parmi cela FouqueroUes, sergent de bataille, et Montigné et Flessan ^ mestre de camp.

Peu de jours après la grand sortie, La Burlote^ se trouva avant jour avec plus de huict cents chevaux en un lieu eslevé, à trois quarts de lieuë de la ville, lieu choisi pour, sous la courtine de quelque bois, voir le sit général de l'armée. Soit qu'il eust pensé à jetter dedans des siens, soit que ce fiist une recognoissance pour un combat à venir, tant qu'y a qu'estant descouvert par les fourrageux, après cela par les carrabins, qui cherchèrent leur seurté le cul sur la selle, ce capitaine se trouva harcelé par ces gens, au prix qu'ils arrivoyent sans ordre et sans commande-

1. Dans une lettre du roi à M. de la Force, en date du 4 août 1597, on lit : Lessaux et Mortigny, mareschaux de camp {iMtres. de Henri IV, t. IV, p. 819).

Page 1