‹ Histoire universelleChapitre 135 sur 332 · LIVRE SECOND, GHAP. V · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND, GHAP. V

lique des apostres, que ceste ancienneté est du costé de ceux qui maintiennent la doctrine et gardent les cérémonies de Christ et des apostres, et partant du leur. Au contraire , la nouveauté est parmi leurs adversaires, qui ont changé la doctrine en plusieurs poincts, la cérémonie presques en tous. La succession doctrinale n'estant la personnelle que pour les Juifs, ils maintiennent ceste succession rompue, quant à la doctrine, par l'idolâtrie, l'abus des sacrements, et l'office de Rédemption osté à Jésus Christ. Et encor, pour la succession personnelle, ils la tiennent violée par les papes arriens, comme Libérius1 et Félix2, payens, comme Marcelin3 et autres hérétiques, et enfin par les femmes qui ont possédé la chaire4. Cependant, pour la succession doctrinale de leur costé, ils mettent en avant le catalogue des tesmoins de vérité, monstrans évesques, prescheurs et escri vains publics, qui ont maintenu leurs controverses de point en point, sans y

1. Marcellinus Félix Liber, né à Rome, élu pape le 8 mai 352, mort le 24 décembre 366.

2. Félix est un diacre que les Ariens nommèrent pape à la place de Liber, lorsque celui-ci, refusant de reconnaître leur doctrine, fut, par l'ordre de l'empereur Constance, relégué à Bi'rée en Thrace. Plus tard, Liber rentra à Rome en triomphe et Félix fut chassé.

3. Saint Marcellin, né à Rome, élu pape le 30 juin 296, mort le 24 octobre 304. On l'a accusé d'avoir sacrifié aux idoles pour sauver sa vie. Saint Augustin a montré la fausseté de cette accusation à laquelle d'Aubigné paraît donner créance.

4. D'Aubigné fait allusion à la papesse Jeanne, qui aurait occupé le saint-siège entre Léon IV et Benoît III, au milieu du ixe siècle, bous le litre de Jean VTII. Cette fable, aussi souvent réfutée que reproduite, a été récemment l'objet en Espagne d'une savante étude de M. Mateos Gagoy Fernandez, traduite en français par Auguste Roussel.

manquer d'un demi -siècle. Quant à l'eslendue, ils disent que la porte large est celle qui mène à perdition, que, si la multitude estoit preuve, elle favoriseroit les Turcs, et plus encores les payens. Ainsi, ils laissent toute l'authorité à la parole de Dieu, appellans ceux qui se sauvent à autre azile, fugitifs de la raison.

Ils reçoivent les anciens conciles tenus avant la difformation, se soumettans à eux, comme aussi aux anciens docteurs, selon la puissance qu'eux-mesmes ont demandée, et en ce qu'ils sont d'accord avec l'Escriture, voire avec eux-mesmes, jusques-là qu'ils ont offert par député, duquel je puis respondre, de reigler la créance et les cérémonies de l'Église à toutes les constitutions establies jusques dans le cinquiesme siècle.

La1 response aux deux reproches de misère et l'orgueil est fort courte, et par implication de contrariétés. Gomment, disent-ils, pourroit estre le salut incertain de ceux qui sont absouls de tous péchés?

Quant aux miracles, ils disent que ceux de Christ ont esté véritables pour approuver sa doctrine, authoriser ceux qui la suivent et non les autres ; ceux de l'Antéchrist n'ont esté miracles, ni vrais, ni vrayement.

Toutes ces choses maintenues dans les conciles, dans les prisons et dans les feux, le livre des tesmoins de la vérité leur a esté facile jusques au sixième siècle, difficile depuis l'absolue puissance des papes, et pourtant en ont chevi2 jusques à la première

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