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LIVRE SECOND, CHAP. VI

vence et Dauphiné. Ceste semence, croissant merveilleusement jusqu'en Picardie et en Flandres, le roi Philippe-Auguste4, pour arrester leur augmentation, rasa trois cent maisons de gentilshommes picards, destruisit quelques villes murées et fit brusler grand nombre de ceux, qu'à cause dudit Valdo on avoit premièrement nommé Vaudois.

Geste doctrine, estant passée en Allemagne, y fut aussi tost persécutée par les évesques de Mayence et de Strasbourg. Et furent bruslés au premier lieu dixhuit, au second quatre-vingts et à Binze trente-cinq bourgeois en un mesme feu. Mais cela eschauffant au lieu d'esteindre, l'an 1315, toutes les parties de l'Europe orientale conceurent ceste religion avec telle ardeur qu'à Passau se fit assemblée de quatre-vingt mille personnes, quoique recerchées curieusement et bruslés partout sans rémission.

On adjousta à la perte des vies et des biens toutes sortes d'opprobres, en adjoustant au nom de Vaudois ceux d'Albigeois2, Chaignars, Tramontins, Joséphites, Lollards, Frérots ou Fraticelli, Insabbatins, Pataréniens, Passagents, Gasares, Turlupins, Touzins, Plomeaux, Picards, Lionnois, Bohémiens, Cathares, Arriens, Manichéens, Gnostiques, Cataphtygiens, Adamites, Sorciers, Apostoliques, Ribauts.

Et ainsi, meslant des noms de mespris avec ceux

1. En 1183, Philippe- Auguste fit traduire à Arras un grand nombre d'hérétiques devant le tribunal ecclésiastique de Guillaume, archevêque de Reims.

2. Le nom d'Albigeois, pour désigner les hérétiques de la province, ne fut employé que vers l'an 1208, c'est-à-dire à L'époque Où, sur l'avis d'Innocent III, Raymond VI, comte de Toulouse, se mit à la tète do la croisade prêchée contre eux.

d'hérésie et d'horreur, on tascha leur renommée de toutes les hérésies qu'on put. Gela leur fît publier les articles de leur foi et une apologie adressée au roi de France sous le nom de Lancelau, portant pour tiltre : Aiço es la causa del nostre departiment de la Gleisa Romana. Là sont déduites leur créance, raisons, formes et polices en langue vaudoise.

Qui voudra se contenter au long de ces choses, lise le livre de Perrin, Lionnois, imprimé par Berjon l'an 16181.

La profession que je fai de n'enfler point mon ouvrage des labeurs d'autrui, la briesveté que j'observe mesmement es choses eslongnées me font quitter tous les récits exprès, me contentant de vous dire que ce livre déduit plusieurs institutions tirées d'autheurs presques tous catholiques, comme Guidon de Perpignan, Claude Rubis, Albert deCapitancis, Viguier, Dubravius, Matthieu Paris, Ghristophle de Thou, Reyner, Albert, Paul Langius, Guicchardin, Jaques de Ribera, Ghassanion, Claude de Seyssel, Baronius, Vessembekius, du Haillan, Camerarius2, et puis de la

1. Jean-Paul Perrin fut ministre protestant à Nyons. On a de lui: Histoire des chrétiens albigeois (Genève, 1618, in-8°) et Histoire des Vaudois (Genève, 1617, in-8°).

2. Guy de Perpignan, général des Carmes en 1318, évêque de Majorque en 1321, mort à Avignon en 1344. — Claude de Rubis, historien, né en 1533, à Lyon, mort dans cette ville à la fin de septembre 1613. — Nicolas Viguier, historien, né en 1530, à Bar-sur-Seine, mort à Paris, le 13 mars 1596. — Roderich Dubravius, jurisconsulte bohémien, mort le 3 août 1545. — Mathieu Paris, chroniqueur anglais, né vers 1195, mort en 1259. — Paul Lange, littérateur et historien allemand, entra dans un couvent de Bénédictins où il eut Trithème pour maître. Il était né à Zwickau en 1460, et mourut vers 1536.

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