LIVRE PREMIER, CHAP. II
risassent les Allemans, il les surmonta, marchant à pied de plomb contre leurs divisions et imprudences , prit en combat le duc de Saxe, fit venir vers soi sous sauf-conduit le Lantgrave de Hesse1 et le retint prisonnier, se couvrant d'un mot allemand ambigu2 ; asçavoir, parlant d'entrer en prison pour le contentement de l'empereur, on fit passer einig pour ewig, l'un des termes signifiant seule, l'autre perpétuelle. Après ces victoires, il osta la liberté de la religion par toute l'Allemagne, horsmis à ceux de Magdebourg et à ceux qui se rallièrent à eux. Et lors, ayant nouvelles de Paul mort3 et de Jules créé4, donne premièrement ordre de fortifier la faction des Gonsagues en Italie5, et sur les autres offres du pape nouveau, assemble une diette à Ausbourg 6 pour tirer le plus grand consentement des princes qu'il pourroit à reprendre la guerre contre les protestans.
1. Philippe le Magnanime, landgrave de Hesse, né à Marbourg, le 13 novembre 1504, fut fait prisonnier par Charles-Quint après la bataille de Mùhlberg (avril 1547) et emmené à Mayence où il fut détenu pendant cinq ans.
2. Le passage qui suit, jusqu'à Après ces victoires, manque à l'édition de 1616.
3. Paul III, né en 1476, pape de 1534 à 1549. '». Jules III, né en 1487, pape de 1550 à 1555.
5. Ferdinand de Gonzague, né en 1506, mort en 1557, capitaine au service de l'empereur, était le chef du parti espagnol en Italie.
6. Augsbourg en Souabe. En 1548, Charles-Quint présenta à la diète YIntérim d'Augsbourg, sorte de concordat entre les deux religions. Il y eut une autre diète à Augsbourg en 1550. Pendant ia durée de cette assemblée, le roi envoya Charles de Marillac en mission auprès de Charles-Quint. La correspondance de cel ambassadeur est conservée en copie dans le f. fr., vol. 15917, et dans la coll. Brienne, vol. 89.
Maurice1, cousin du duc de Saxe2, autant plein de ruse que ses compagnons de simple probité, et donnant exemple à plusieurs de faire leurs affaires particulières et profiter à la ruine de leur parti, voulut faire trouver bon qu'il saisist les estats et terres de son cousin, comme pour les lui garder. D'un artifice semblable, il s'offrit à estre chef du siège de Magdebourg3, se gardant telle créance au dedans que, parmi beaucoup de maux qu'endura ceste République, plusieurs combats de divers succès et négociations, il mesnagea parmi eux l'espérance qu'il feroit de leur parti. Et ceste attente ne fut point estouffée entre ceux de Magdebourg, mesmes à leur prise et reddition, où il jetta les fondements de la guerre. Durant le siège, l'empereur tint encores les estats à Nuremberg4, où Maurice fit paroistre par ses requestes qu'il se vouloit conserver et le nom et la créance des protestans, ne laissant
1. Maurice, né à Freiberg, le 21 mars 1521, électeur de Saxe, le 4 juillet 1547, mort le 11 juillet 1553. D'abord l'allié de Charles- Quint, il l'abandonna et essaya de le faire prisonnier. Mais, trahi par ses soldats à Inspruck, il ne put réussir dans son entreprise. On a prétendu qu'il fut satisfait de ne pas s'être emparé de Charles-Quint : « Je n'ai pas encore, aurait-il dit, de cage « pour y enfermer un oiseau de cette grandeur. » Ce personnage a été l'objet de plusieurs études historiques en Allemagne, entre lesquelles nous signalerons celles de Schlenkert (1798, 4 vol. in-8°) et de Largean (1841, 2 vol. in-8°).