LIVRE SECOND, CHAP. X
ministres, Marquet, procureur du Roi, le chastelain de Soyon, Nicolas Blanchier, à Valence, Nicolas Roberte et Mathieu Rebours, à Romans, Honorât Audot, bruslé à Aix, Thomas Moustarde, de Valentiennes, un maçon de Trente. Pour ce qui est des actes de l'Inquisition, nous en traicterons ailleurs.
Au commencement de l'année 1560, nous trouvons un ministre, esleu pour la Galabre, nommé Jean Louys Paschal, bruslé à Rome. Quelque tresve en France. Mais la Flandre nous produit Ghrestien de Quequaire, Jaques Dieussat, Jeanne de Salones, de Steenwercke, Jean Hervin, Jean de Orves, Jacques de Lo, Jean de Bosquere, JeanRaiser, Pierre Arnauld, Daniel Galland, Jean des Buissons. Et, entrant en l'autre année 1 561 , Pierre le Petit, Jean Denis, Simon Guillemin et Simon Herme, Berthélemy de Hoye, Florentin de Coulongne. Voilà ce que produisoyent les réformés jusques au point de Tédict de janvier, et qui, outre ce qu'ils s'en confirmoyent en leur religion, attendrit le cœur des moins passionnés du Conseil à concéder ce que verres ci après.
Est à noter que tous les susnommés sont appelles martyrs, à la différence d'une grande multitude qui furent engloutis dans les massacres, sans avoir loisir de se desdire ; estant une loi que les plus exacts maintiennent, asçavoir estre juste, parce que le nom de martyr ne s'attribue qu'à celui qui meurt purement pour la foi et qui, jusques au dernier point, a le choix de la vie ou de la mort. Ceux de toutes les grandes villes voyoient à l'œil tous les jours de quoi adjouster foi aux nouvelles et livres, qui leur racontoyent les choses esloignées, si bien que de ces cendres devint une poudre menue qui s'cspanditen beaucoup de lieux.
Si, d'un costé, les constances attirèrent beaucoup de spectateurs, la vie la plus correcte et les mœurs réformées n'apportoient pas peu d'efficace et renversoyent les reproches que, par tout, on faisoit courir des assemblées nocturnes de commixtions illicites. Et, de plus, ceste grande similitude de blasme avec les premiers chrestiens, ceste mesme ardeur à cercher les couronnes, au lieu d'afïbiblir la créance des réformés, en allumoit par tout le zèle. Deux choses encores contribuèrent merveilleusement à cest édifice ; la condition des ecclésiastiques de ce temps-là, desquels la mauvaise vie, estant sans contrôleurs, se voyoit en Testât dépeinct par le cardinal Baronius à la fin du neufiesme siècle.
Je prie mon lecteur trouver bon que je me descharge là-dessus d'une fascheuse description, mieux séante à un cardinal qu'à moi. J'y renvoyé donc les lecteurs désireux de sçavoir et capables de jugement, pour dire au chapitre suivant les choses merveilleuses qui apparurent en ce temps-là en faveur des réformés.