‹ Histoire universelleChapitre 208 sur 332 · LIVRE SECOND, CHAP. XIII · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND, CHAP. XIII

teur de la foy. Du Bourg ayant décliné de ses commissaires par le privilège des conseillers de la cour, et depuis par celui de conseiller d'église, fut débouté de l'un et de l'autre, contraint de respondre de poinct en poinct sur tous les articles que maintient l'église réformée. La cour de Parlement se monstroit merveilleusement affligée de sa liberté perdue. Au contraire les courtisans, qui n'ont communément pas l'authorité de la justice agréable, eschappoient en esclat de joye et en préparatifs pour les nopces prochaines 4 ; on ne parloit que de tournois, qui se dressoient en la rue S. Anthoine, toute despavée, convertie en lices, ornée de théâtres et arcs triomphaux. Il se trouva quelques vieillars fascheux qui pré voy oient, comme il arrive souvent, quelque chose de funeste de ces préparatifs sumptueux2. Le commencement fut au vingt neufième de juin3, où le Roi Henri, ayant commandé le comte

1. D'Aubigné désigne les prochains mariages d'Elisabeth de Valois, fille de Henri II, avec Philippe II, et de Marguerite de France, fille de François Ier, avec le duc de Savoie.

2. Les quatrains de Nostradamus avaient annoncé une grande catastrophe en champ clos :

Le lion jeune le vieux surmontera En champ bellique par singulier duel; Dans cage d'or les yeux luy crèvera; Deux playes une, puis mourir mort cruelle.

(Centurie I, n° 35.) Voyez, dans la Concordance des prophéties de Nostradamus avec l'histoire, par Quinaud, in-12, 1693, p. 86, l'explication de ce quatrain. — Vieilleville avait eu de sombres pressentiments (Mémoires de Carloix, liv. VII, chap. xxu). — Enfin Biaise de Monluc raconte dans ses Commentaires qu'il avait vu en songe la mort du roi (t. II, p. 325). — Voyez aussi dans de Thou la prétendue prédiction de l'astrologue Luca Gaurico et la note de Bayle à ce sujet, v° Henri IL

3. Le tournoi devait être couru les 28, 29 et 30 juin dans la rue Saint-Antoine, devant le palais des Tournelles. Les défis, publiés

de Montgommeri de rompre un bois contre lui, et le comte refusé plusieurs fois1, rompit en la visière si rudement que la morne2 descrocha, de la haute pièce, la visière levée en haut. Le contre -coup donna en l'œil3. Gomme on emportoit le Roi*, il tourna la face devers la Bastille, lui eschappant de dire avec un grand souspir : « Qu'il avoit injustement affligé les « gens de biens qui estoient là dedans. » Le cardinal de Lorraine, qui se tenoit près de lui, releva ces paroles et dit, en s'y opposant : « Que le diable les « avoit dictées5. » On remarquoit aussi le serment

dès la fin de mai, ont été réimprimés dans YHistoire de France de Mathieu, t. I, p. 203.

1. Henri II avait déjà rompu une lance contre le duc de Savoie. Il voulut courir une seconde fois contre Mongonmery, et lui commanda de monter à cheval. Garloix a raconté les détails de cette scène (liv. VII, chap. xxvn et xxvm).

2. Morne, sorte d'anneau qu'on mettait au bout de la lance, dans les tournois, pour en neutraliser la pointe et la rendre inoffensive.

3. D'après d'Aubigné, ce serait la morne qui aurait relevé et décroché la visière du roi. D'après les autres historiens, Mongonmery brisa au premier choc sa lance contre la cuirasse du roi et oublia de jeter le tronçon. Le bois glissa le long de l'acier poli, souleva la visière qui, d'après Tavannes (Mémoires, chap. xiv), n'avait pas été bouclée, pénétra profondément dans l'œil du roi et déchira la pie-mère, membrane qui enveloppe le cerveau. On peut consulter sur la mort du roi une Relation d'André Vésale publiée dans Antoine de Bourbon et Jeanne d'Albret, t. I, p. 432 ; une lettre de Antoine Garaccioli, évêque de Troyes, à Corneille Musse, évêque de Bitonte, 14 juillet 1559 (Épistres des princes de Ruscelli, traduites par Belleforest, in-8°, 1574, p. 394).

4. D'après Vincent Garloix, Henri II dit « avec paroles fort foibles qu'il estoit mort » (liv. VII, chap. xxvm). Suivant Brantôme, il « ne perdit cueur » et dit que ce « n'estoit rien » (t. III, p. 273). D'après de Thou, il est douteux qu'il ait prononcé une seule parole (t. II, p. 674).

5. La Place rapporte les paroles du roi et la réponse du cardinal de Lorraine (Estât de religion et république, édit. Buchon, p. 20).

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