‹ Histoire universelleChapitre 262 sur 332 · LIVRE SECOND, CHAP. XXII · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND, CHAP. XXII

son poinct, commença plus que jamais à craindre l'authorité absolue des Guisars, considérer la violence et dureté de leurs conseils, à peser quelques raisons que l'évesque de Vienne, avant sa mort, lui avoit faict savourer. Elle donc apporta retardement au procès, pressant le çonnestable de venir1. Le vieillard, plein de crainte, ne partit point que sachant la maladie du Roi. On lui escrivoit comme ce prince, pensant aller à la chasse, pour n'assister point au supplice du baillif d'Orléans, condamné à ce jour-là, en mesme temps la fièvre et la suppuration de son oreille avoyent commencé; puis, ayant toutes sortes d'officiers chez le Roi de sa façon, quelques médecins l'asseurèrent de l'événement. Les Guisars, de leur costé, font appréhender à la Roine mère, avec la mort de son fils, la redoutable vengeance des Bourbons, qu'il valoit mieux les faire mourir tous deux cependant que ce fils en pouvoit porter l'envie2. En ces perplexitez, elle envoyé quérir l'Hospital, qui parla en cette forme : « Gardez- « vous bien, Madame, d'une prévoyance prépostère3, « de mettre la France à la guerre contre vous, de « faire mourir le premier prince du sang ayant qua- « lité de Roi, sans forme de procez, veu le péril qu'il « y a d'exécuter les Rois, mesmes avec cause légi- « time. Que lui peut-on mettre sus que la misérable « fortune de son frère, si ce n'est de l'avoir amené en « ce lieu? Si vous le mettez injustement prisonnier, il « le faudroit faire périr injustement. Vous ne pourriez

1 . La reine avait appelé le connétable avant la maladie du roi et lui avait envoyé Lansac (La Planche).

2 l'envie, c.-à-d. la responsabilité.

Page 1