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LIVRE SECOND, CHAP. XXIII

mareschal de Thermes s'estoit avancé pour cet effect, que le vicomte d'Ortes1 avoit charge de leur livrer Bayonne, que Monluc se de voit rendre avec eux, parlant de devenir colonel par la déposition de d'Andelot et [d'avoir], par celle du cardinal de Chastillon, sa despouille et force bénéfices.

Ces choses, avec la mort de Bueil, bastard de Sanserre2, eschaufïbient les actions. La Roine jettoit parfois de l'huile sur tel feu, parfois de l'eau, selon que l'eslévation de l'un de ses partis menaçoit la maison de France, et en cette maison son authorité. Elle creut pouvoir contenter ceux de Bourbon en les tirant hors de peine seulement, ceux de Guise, en leur laissant l'administration en effect ; et cependant, pour en donner quelque apparence au Roi de Navarre, elle condescendit à signer et faire publier au Conseil les conditions qui s'ensuivent, mesmement quant elle vit en l'ouverture des Estats plusieurs députez avoir parlé pour les princes du sang.

Que les gouverneurs des provinces et capitaines des frontières, ayans affaire en cour pour leurs places,

et Favyn. Throckmorton mentionne le fait (Calendars, 1560, p. 424 et 460).

1. Adrien d'Aspremont , vicomte d'Orthe, gouverneur de Bayonne en 1552, célèbre par la lettre que dAubigné lui attribue à tort (2e partie, liv. I, ch. v), prit une part active à la guerre civile, mais, fidèle au roi, il maintint la ville de Bayonne à l'abri des coups de main des deux partis. Il mourut à Peyrehorade, le 20 mars 1578. M. Tamizey de Larroque a publié en 1882, dans la Revue de Gascogne, une partie de sa correspondance.

2. Louis de Bueil, fils légitimé de Louis de Bueil, comte de Sancerre , du parti des Guises , fut tué , le 6 décembre 1 560 , à Orléans, par Jean de Laval, seigneur de Loué, parent des Montmorency. Ce duel raviva la rivalité des Montmorency et des Guises. Voir Brantôme, t. VI, p. 371.

s'addresseront au Roi de Navarre premièrement, et la Roine mère en ordonnera sur son rapport, ayant pris advis du Conseil.

Que les lettres qui viendront desdits gouverneurs s'addresseront à la Roine mère, puis elle les renvoyera audit sieur Roi, pour, selon l'advis de lui et du Conseil, prendre résolution.

Que les connestable, grand maistre, mareschaux et admirai de France feront doresnavant les functions de leurs offices selon leur institution .

Que le contrerolleur des postes mettra tous les pacquets entre les mains des secrétaires d'État pour en disposer comme devant1.

Voilà en quel poinct demeura la cour, et les articles confus et mal dressez sur lesquels le Roi de Navarre se réconcilia avec ceux de Guise2, au temps que le corps du Roi fut emporté à S. Denis3, conduit par les

1. A la suite de négociations entre la reine mère et le roi de Navarre, dont le connétable fut le promoteur, le 21 déc. 1560, un règlement du conseil, homologué par le roi, partagea l'autorité entre la reine et le prince. Ce règlement, que dAubigné analyse ici, est imprimé dans Dupuy, Traité de la majorité des rois, p. 352.

2. Le roi de Navarre crut qu'il était habile de s'allier à ses anciens ennemis (Négoc. de la France avec la Toscane, t. III, p. 431). Ghantonay, avec une nuance d'ironie, constate qu'ils étaient devenus ses convives et ses amis (Lettre du 24 décembre à Philippe II; Arch. nat., K. 1494 , n° 11). Tous les historiens du temps raillent la naïveté de ce prince. Voyez notamment Tavannes, édit. Petitot, t. XXIV, p. 316.

3. Le 8 décembre, le cœur de François II fut porté à la cathédrale Sainte-Croix, à Orléans, par le prince de la Roche-sur- Yon. Le 23 décembre, le corps fut conduit à Saint-Denis. Les obsèques solennelles ne furent célébrées que le 5 décembre 1561. Les lettres du roi y relatives et le récit de la cérémonie sont conservés dans un extrait des registres du Parlement (F. fr., vol. 18534, f. 387 et suiv.).

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