LIVRE PREMIER, GHAP. XI
à Compiègne au duc de Nevers ; force cavalerie légère se joignit au prince de Gondé qui deffit quelques compagnies d'Albanois et d'Espagnols près Ghauni. Les Allemans et autres estrangers de l'armée du roi Philippe, mescontents pource que le roi Philippe avoit soustrait tous les grands prisonniers du butin de Saint- Quentin, se rendoyent tous les jours au camp du roi. D'autre part le mauvais succès du baron de Polleville1 au siège de Bourg en Bresse2, que les François, revenans d'Italie, firent lever honteusement, toutes ces choses, avec l'ordre que le roi donna à son royaume par la tenue des estats3, lui redonnèrent la campagne, son armée payée d'un million qu'il receut de l'Église. Le duc de Guise, général, tourne la teste vers Calais, où, avec une diligence extrême, il porta lui-mesmes de ses nouvelles aux fors Nieullai et de Risban, investis et battus en mesme temps4. Les premiers furent contraints de boucler pour se sauver à la ville, les autres
1. Nicolas, baron de Polweiler, gentilhomme d'Alsace, colonel au service d'Espagne, gouverneur de Haguenau (Levesque, Mémoires sur le cardinal Granvelle, t. I, p. 94).
2. Le baron de Polweiler s'approcha le 14 septembre 1557 de Bourg en Bresse, que défendait le baron Digoine. Le 14 octobre, le capitaine Deschenez fit une vigoureuse sortie et refoula les assiégeants. Cinq jours après, Polweiler décampa pendant la nuit (de Thou, t. II, p. 528).
3. Les états de 1558 sont une assemblée de notables, dont la réunion était justifiée par la guerre. Ils étaient présidés par le cardinal Jehan Bertrand, archevêque de Sens et chancelier ; on décréta un emprunt forcé de trois millions d'écus d'or au denier douze (8 1/3 pour 100). Le clergé offrit le tiers de la somme. Le
e fut réparti entre les villes. (Picot, Histoire des états gêné" raux, t. II, p. 4 et suiv.)
i. Le 3 janvier 1558, Le duc de Guise s'empara du fort de Nieull.-iy et du Risbank, Les deux clefa de Calais.
se rendirent. Pareille fut la diligence de d'Andelot, qui hasardeusement se logea entre Calais et les Dunes1, se couvrit tant avec les mantelets qu'on avoit aportés que de sable meslé de terre et fumier. Ce logement donna moyen de faire baterie au chasteau fort petit, lequel fut emporté du premier assaut, n'ayans eu les Anglois assés de place de combat2. Le chasteau pris, les assiégés recogneurent leur perte, le rebâtirent de coups de canon, soit pour le regagner, soit pour le rendre inutile, et se retrancher au devant. Mais le François fut opiniastre à soustenir comme diligent à se loger, si bien que les assiégés perdirent espoir, et capitulèrent à la vie pour les soldats, demeurant le gouverneur milord Domfort3 et 50 autres choisis, prisonniers de guerre.
Gomme les Anglois4 estoient sur la rive attendant
1. D'Andelot creusa entre la ville et le rivage une tranchée qui, aboutissant au fossé dont les Anglais faisaient leur défense principale, fit écouler les eaux dans la mer et donna accès près des murs (de Thou, t. II, p. 251).
2. Le château de Calais fut pris à deux heures du matin, le 8 janvier 1558, sans que les habitants de la ville se fussent aperçus de l'attaque du duc de Guise. Une heure après, les Anglais commencèrent à parlementer. A six heures, le duc et l'armée entrèrent dans la ville qui fut immédiatement pillée. Ces détails, qui contredisent sur plus d'un point le récit de d'Aubigné, sont tirés d'une lettre de Jehan Perdrix, bourgeois de Calais, adressée le même jour au roi d'Espagne (Arch. nat., K. 1488, in-8°).
3. Lord Wentworth. A son retour en Angleterre, il fut accusé de trahison.
4. L'édition de 1626 porte : « A une sortie de ce siège un « Anglois perça d'un coup de lance la teste au duc de Guise, un « peu au dessoubs des yeux, le fer paroissant par derrière. Comme
« les Anglois » Or le duc de Guise ne fut pas balafré à la prise
de Calais, mais au siège de Boulogne en 1545. Dans la révision