‹ Histoire universelle, ancienne et moderne (volume 4)Chapitre 2 sur 63 · CHAPITRE SECOrsD · texte numérisé non relu

CHAPITRE SECOrsD

Election de Henri , frère de Baudouin. — Son portrait. —Tableau de Tempire. — Succès de Henri sur les Bulgares. — Lascaris est couronné empereur d'Orient. — Mort de ^lontferrat. — Armement des particuliers à Venise. — Conquête de l'Archipel par eux. — Mort de Joannice, roi des Bulgares. — Victoire de Henri sur Plirorilas , successeur de Joannice. — Son mariage avec une fille de Joannice. — Paix avec les Bulgares. — Alliance d'Alexis l'Ange et du sultan d'Icône — Marche de Lascaris contre eux. — Mort courageuse de huit cents Français. — Bravoure de Lascaris. — Mort du sultan.. — Victoire de Lascaris.

— Captivité et mort d'Alexis. — Troubles dans l'empire latin.

— Empoisonnement de Henii.

HENRI , EMPEREUR FRANÇAIS A CoXSTANTI-

NOPLE, THÉODORE LASCARIS, empereur

A NicÉE. (An 1206.)

Dès qu'on sut à Constantinople la mort de l'em- Election pereur, les barons élurent son frère Henri. Cefr'éreT''

, , 1 . ,. , , Baudouin.

prince , doue de toutes les qualités nécessaires ^^n pour régner, dans des temps difficiles, avec éclat , justice et sagesse , était grave et doux, conciliant et ferme , actif sans précipitation et brave sans témérité ; il soutint digiieiucnt sa couronne , et

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surmonla les obstacles sans nombre que lui opposaient les institutions vicieuses transplantées d'Eu-' rope dans le nouvel empire d'Orient.

TaWcaa Lc clicf dc l'Etat n'y pouvait plus compter sur des levions organisées, sur un service régulier : un édit du prince , un décret du sénat ne suftîsait plus pour obtenir d'une extrémité de l'empire à 1 autre une obéissance prompte. L'aristocratie féodale liait le sceptre et enchaînait le peuple.

L'empire ne reconnaissait plus un seul maître , et cbaque cité , chaque bourg , dépouillé de ses municipes , de ses franchises , subissait le joug d'un orgueilleux et faible tyran.

Sous les empereurs romains et grecs , tous les citoyens vivaient libres , les grands seuls se voyaient exposés aux foudres qui partaient du trône; c'est ce qui fit durer , supporter, chérir même par les nations la puissance conquérante des Romains.

Malgré le défaut d'institutions et de garanties , le sceptre, alors redoutable aux grands et aux ambitieux seuls, était un appui protecteur pour le peuple , une arme forte contre ses ennemis; mais la féodalité avait tout changé.

A u milieu de l'anarchie des fiefs , le prince , sans autorité , ne pouvait maintenir ni la paix intérieure , ni la sûreté extérieure. L'empereur , soumis aux lois faites par les grands , ne devait rien entreprendre pour la défense ou pour l'ac-

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croisscmeni de l'empire sans le consentement d'un conseil , composé du roi de Thessaloniquc , d'un préleur vénitien et des principaux barons.

On lui avait assigné comme domaine une partie de la Thrace; c'était le seul fonds sur lequel il pût acquitter les dépenses générales.

En cas de guerre, tous les vassaux étaient obligés, à la vérité, de marcber sous ses enseignes avec leurs troupes et à leurs dépens, mais seulement depuis le i" juin jusqu'à la Sain t- Michel , et même pour la moitié de ce temps , s'ils se trouvaient engagés dans des guerres particulières.

C'est avec le faible appui de cette milice turbulente, incertaine, irrégulière, qu'il fallait soutenir uu trône chancelant, contre la haine des Grecs, le fanatisme des musulmans et la vaillance sauvage des Bulgares.

Ce chaos politique , qui existait depuis plusieurs siècles en Italie, en France, en Allemagne , est le tableau fidèle de ce temps chevaleresque si peu connu et si vanté, c'est lliistoire exacte de l'aristocratie ancienne , et le rêve de l'aristocratie moderne.

Henri, plus heureux que son frère, soutint ,,,n"nri'.ur

1 , • IcsBulgares

avec vigueur et avec succès la guerre entreprise contre Joannice ; s'il ne put sauver Dydymoticpie , qui fut déiniile par l'ennemi , il la vengea , défit

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les Bulgares, les poursuivit jusque dans leur pays, et brisa les fers de vingt mille prisonniers. Laçcarisest Mais, taudis OU il dirigeait toutes ses forces au c...i,e.cur. nord de l'empire, Théodore Lascaris, rival digne de lui , s'emparait de la Bylliinie , de la Lydie , de la Phrygie , et se faisait couronner à rsicée empereur d'Orient.

Ce prince écrivit au pape pour l'engager à rétablir la paix parmi les chrétiens en réglant les Ihuites entre les Latins et les Grecs ; le pape , refusant d'agir comme médiateur , ordonna au prince grec de se soumettre à l'autorité de Henri. Cette conduite, impolilique sous tous les rapports, prolongea le schisme et la guerre.

D'autres ennemis ne tardèrent pas à secouer le joug des Français et des Vénitiens ; Alexis et David Comnène s'emparèrent de toute la côte du Pont-Euxin , et en formèrent un Etat indépendant, dont Trébizonde fut le siège. Ce troisième empire subsista encore quelques années après la prise de Constantinople par Mahomet II.

Henri , vainqueur des Bulgares , conclut avec Lascaris une trêve qui dura peu ; bientôt le prince grec et Joannice se liguèrent contre lui; pressé entre ces deux ennemis , sa position devenait de jour en jour plus critique ; la nécessité de diviser ses forces le réduisait à la défensive : cependant , aussi aclif qu'intrépide, il délivra Andrinople,

DU BAS-E>IP[HU:. ly

Inveslie de nouveau par les Bulgares , et Civilot assiégée par les Grecs ; mais il ne put empêcher Lascaris d'étendre ses conquêtes en Asie et de couvrir la mer de ses vaisseaux , qui entrèrent même dans l'Hellespont.

L'empereur avait épousé Agnès , fille de Mont- Jerrat; apprenant que Joannice attaquait les Etats de son beau-père, il fît une trêve avec Lascaris et marcha contre les Bulgares qui assiégeaient Thessalonique. La victoire couronna les armes des Français, mais ils perdirent dans cette campagne le roi de Thcssalonique.

Montferrat mourut assassiné ; ce chef illustre de moh jr^

Mimlferrat

la croisade mérita les pleurs de ses compagnons «l'Orient. d'armes , et emporta au tombeau l'estime de ses ennemis.

Dans ce même temps l'empereur reçut de l'Occident des secours qui l'aidèrent à repousser les efïbrts de Joannice et du despote d'Epire.

Les Vénitiens avaient trop peu de troupes pour Armement s'emparer du grand nombre d'îles et de villes qui lierl"" v"- Icur étaient dévolues en partage et que les Grecs défendaient encore avec opiniâtreté. Pour y parvenir, Venise prit un moyeu nouveau : le sénat, appelant l'intérêt privé au secours de l'intérêt public , promulgua un é jit par lequel il donnait à tout particulier la propriété dvs îles , cités ou forteresses dont il pourrait se rendre maître.

TOML lO. 2

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L'ambition et l'avidité, enflammées par ce décret , opérèrent des prodiges ; chaque noble ^ chaque négociant leva des soldats , arma des vaisseaux ; la flotte vénitienne nettoya la mer des picon uêic ï'^^^s grecs, et tout l'Archipel fut conquis en une

fie l'Archi- orinpo T^

Mort de -^ ^^ même époque, Jpannipe termina sa car- ^°jj°'g*^;jj, rière brillante d'exploits, m^is souillée par des gares, oruautés atroces ; Phrorilas , son neveu , aussi belliqueux mais moins habile , lui succéda ; jusque là les Bulgares, combattant à la nianière des Parthes, avaient fatigué les Français par leurs rapides invasions, par leurs promptes fuites, par leurs attaques sans cesse renouvelées y le stratagème plutôt que la force les avait fait triompher ,,. . , souvent de l'imprudente ardeur des Francs. Le

Victoire de *■

ph^orUar nouveau roi, plus téméraire, attendit en plaine deJoannJce. 1 empcrcur , ct Ic Combattit en bataille rangée. Henri le défit complètement, et lui enleva quatrevingts lieues de pays.

Une autre guerre appela les armes de Henri. Montferrat en mourant avait laissé son marquisat à Guillaume son fils aîné , et le royaume de Thessalonique à son second fils Démétrius. Le comte Blandras, chargé de la tutelle cl de la régence, voulait que Guillaume régnât, espérant

* An iao8.

DU BAS-E!yiPn{F.. If)

profiter de la faiblesse de son caractère pour se rendre indépendant. L'empereur, irrité contre lui , l'assiégea et le fit prisonnier.

Blandras captif continua ses intrigues ; à son instigation les Italiens , qu'on nommait encore Lombards , se révoltèrent et se rangèrent sous les drapeaux du despote d'Epire ; malgré la réimion de leurs forces , Henri les défit et les contraignit à lui demander la paix *.

L'empereur venait de perdre alors Agnès sa Sonmalemme ; le desir d accorder quelque repos a ses «ne nue de

, , . Joanoicc.

sujets 1 emportant sur tout autre sentmient , û épousa une fille de Joannice , de ce tyran qui avait mutilé et massacré si barbarement son frère

T>i*T • 1T>1 *>!• l'3Î3C avec

Baudoum. La paix avec les Bulgares fut le prix icsiiuigares de ce sacrifice.

Depuis quelque temps l'ancien usurpateur du Alliance trône des Grecs, Alexis l'Ange, qui s'était sauvé l'Angc et

, , . , , . , ^" sultan

de Thessalonique et réfugie en Epire , au bruit d'icône des conquêtes et du couronnement de son gendre Lascaris , devient jaloux de sa gloire , forme le désir, conçoit l'espoir de remonter sur le trône , court en Asie et implore le secours de Gaiatheddin, sultan d'Icône, qui lui promet de lui rendre le sceptre.

Tous deux rassemblent une armée de vingt

* An i2oy.

20 lïISTOIRi:

M.irciie mille hommes; ils voulaient attaquer IN ice'e. Lascontre eux. caHs , (loiit Ics forccs étaient disséminées dans toute l'Asie , ne pouvait leur opposer, dans ce moment, que deux mille Grecs et huit cents déserteurs français ; mais ce guerrier intrépide ne savait pas reculer devant le péril , et ne comptait jamais ses ennemis. A la tête de sa faible troupe, il traverse audacieusement le mont Olympe , s'empare de Philadelphie , poursuit sa marche avec rapidité, et rencontre , près d'Aniioche, sur le Méandre, Alexis, suivi du sultan et de sa nombreuse armée.

WcMt ^^^ princes, le voyant si peu accompagné, ne

de'soo'Fra^n- doutcut pas d'uu triomplic prompt et facile ; ce- ^""' pendant les huit cents Français , avec cette impé-

tuosité qui dans tous les temps fit leurs succès et leur gloire , tombent sur les Turcs et les enfoncent ; mais bientôt, enveloppés, écrasés par la foule d'ennemis qui les pressent , ils perdent l'espoir de vaincre , et ne conservent que celui de vendre chèrement leur vie. Après des prodiges de courage , tous ces braves tombent morts sur des monceaux de musulmans , immolés d'avance à leurs mânes. La plupart des Grecs, plus effrayés que Bravmue jaloux d'uuc mort si héroïque , prennent la fuite ; Lascaris seul reste immobile sur le champ de bataille , avec trois cents preux décidés à le sauver ou à périr.

nu BAS-EMPIRE. 21

Le sLilian , iiidi''né de voir une poii;née de bra- ^'o-i ves aflVonler encore une armée, cl intimider, par leur conienance , quinze mille guerriers qui les entourent, s'élance avec rage sur Lascaris, et d'un coup de cimeterre brise son casque. Le liéros renversé se relève aussitôt , coupe les jarrets du cheval de son ennemi ; le sullan tombe; Lascaris lui tranche la tête et l'attache au bout de sa lance.

A cet horriljle aspect l'épouvante saisit les Turcs; jcVas^^^, Us jettent de grands cris et se dispersent; le pnnce grec vainqueur leur paraît un ange menaçant ; l'espoir et la honte rappellent le courage dans le cœur des Grecs ; ils se rallient , ils poursuivent les fuyards, ils en font un affreux carnage, et Lascaris, à leur lête, entre triomphant dans Antioche.

Alexis, pris en fuyant, fut enfermé dans une prison. Aucun souvenir consolant ne l'y accom- ,f„7ô'iU'Apagna ; assassin de son frère , tyran de ses sujets, cause première de la ruine de l'empire, il succomba bientôt aux chagrins et aux remords.

Tandis qu'un héros relevait la gloire des Grecs , Henri , mal^jré ses vertus et sa vaillance , ne pou- Tro„i,i..s vait rendre le repos et la prospérité à l'empire p"^' '^''" latin; les prétentions des grands, les querelles des princes, l'orgueil cl l'ignorance des barons, la brutalité du soldat, les ravages de l'ennemi couvraient de ruines celle brillante conquête ; les besoins

du clergé ajoutaient encore de nouveaux malheurs à ces désordres. Au lieu des biens envahis sur lui par les vainqueurs pour payer les frais de la conquête , on lui avait assigné le quinzième de la valeur des immeubles et la dîme des revenus ; les évêqLies , pour se faire payer , prodiguèrent à la fois les censures et les excommunications.

Sur ces entrefaites le patriarche mourut; les Vénitiens et les Français ne purent s'accorder sur le choix de son successeur, et en vinrent aux armes. L'autorité du pape profita de ces dissensions; il nomma le patriarche et envoya dans l'Orient un légat qui , par ses actes arbitraires, aigrit de plus en plus la haine des Grecs contre les Latins.

L'empereur gémissait de ces abus sans pouvoir les réprimer; on ne lui permettait que de combattre : après avoir conquis quelques villes en Asie , il conclut la paix avec Lascaris, qui obtint par ce traité la cession de tout le pays situé entre Sardes et Nicée , la possession de Pergame , de Pruse , et de beaucoup d'autres villes.

* Un concile rassemblé à Latran rendit cette

année mémorable ; le pape y reconnut Constanti-

nople comme le second siège du monde chrétien.

EmpoUon- Henri ne jouit pas long - temps du repos qu'il

avait donné à l'empire, il mourut empoisonné.

* An i2i6.

llrnii.

On soupçonna de ce crime sa nouvelle épouse ; l'accusation était peut-être injuste, mais le souvenir des crimes de son père l'accréditait. Henri ne laissa point d'enfans ; sa vie avait été remplie et glorieuse; sa mort fut l'époque du commencement de la décadence de l'empire français *. If avait régné dix ans.

* An 1216.

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