‹ Histoire universelle de l'église catholique [microforme] (volume 5)Chapitre 65 sur 97 · WEST MAIN STREET WEBSTER, N.Y · texte numérisé non relu

WEST MAIN STREET WEBSTER, N.Y

Vers la fin de cette même année, avant-dernière du treizième siè. cle, il. se répandit un bruit à Rome, que l’année suivante, 4300, tous les Romains qui visiteraient l’église de Saint-Pierre gägneraient une indulgence plénière de tous les péchés, et que chaque centième année avait cette vertu. Ce discours étant venu jusqu’au pape Boniface, il fit chercher dans les anciens livres; maison n’y trouva rien de clair pour l’autoriser, Le premier jour de janvier se. passa presque entier sans qu'on vit rien d’extraordinaire; mais le soir et jusqu'à minuit, il se fità Saint-Pierre un concours prodigieux de peuple, qui s'empressait d'y venir, comme si l'mdulgence devait finir avec cette journée. Ce concours dura près de deux mois ; les uns disant que le premier jour de la centième année on gagnait l’indulgence plénière ; les autres, que c'était seulement une indulgenee de cent ans. La presse fut grande le jour où l’on montrait la Véronique, c'est-à-dire la sainte Face de Notre-Seigneur. C'était ie dimanche après l'octare de l'Épiphanie, lequel se rencontrait cette année le 17me de janvier. Fate

Le Pape, qui résidait au palais de Latran, observait attentive. ment cette dévotion du peuple et la favorisait. 11 fit venir devant lui un vieillkrd, qui disait avoir cent sept ans, ei qui dit en- présence de plusieurs témoins appelés exprès : Je me souviens qu'à l'autre centième année, mon père, qui était un laboureur, vint à Rome et y demeura pour gagner l'indulgence, autant que durèrent les vivres qu'il avait apportés ;. il m’avertit de ne pas manquer d'y venir à la prochaine centième année, si je vivais encore; ce qu'il me croyait pas. Quelques-uns des assistants ayant demandé à ce vieillard ce qui l'avait fait venir à Rome, il dit que l’on pouvait gagner cent ans d'indulgence chaque jour. de cette année, On avait en France la même opinion de l’indulgence qu’on gagnait à Rome, eomme témoignaient deux hommes du diocèse de Beauvais, âgés de plus de eent ans; et plusieurs Italiens parlaient de même.

Après ces informations, le pape Boniface consulta les cardinaux, et, suivant leur avis, il fit dresser la bulle suivante :

Boniface, évêque, pour mémoire perpétuelle, On sait, sur le rapport fidèle des anciens, qu’il y a de grandes indulgences et rémissions de péchés accordées à ceux ‘qui visitent la vénérable basilique du prince des apôtres. Nous donc, qui, par notre ministère, devons désirer de procurer le salut de chacun, ayant pour agréables ces sortes de rémissions et indulgences, nous les confirmons et approuvons, et même nous les renouvelons et autorisons par le présent écrit. Et afin que les bienheureux apôtres saint Pierre et saint Paul soient toujours plus Eonorés par les visites que les fidèles feront de leurs basiliques

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à 1306 de l’ère chr.]

de la ville, et par l’abondance des grâces que les mêmes fidèles y

recevront, nous, par la confiance que nous avons en la miséricorde du Dieu tout-puissant, ainsi qu'aux mérites et en l'autorité des mêmes apôtres, de l'avis de nos frères, et par la plénitude de notre puissance apostolique, accordons à tous ceux qui, vraiment pénitents et confessés, visitéront cès basiliques pendant cette ennée mil trois cents, qui a commencé au jour de la Nativité de Notre-Seigneur, et chaque centième année dans la suite, une pleine et entière rémission de tous leurs péchés. Déclarant et entendant que ceux qui voudront participer à cette indulgence que nous accordons, s’ils sont Romains, visiteront ces basiliques pendant trente jours de suite ou interrompus, etau moins une fois le jour ; s'ils sont pèlerins ou étrangers, ils les

visiteront de même pendant quinze jours. Mais plus ils y viendront

souvent et dévotement, plus leur mérite sera grand et l’indulgence eflicace. Donné à Rome, à Saint-Pierre, aux calendes de mars, l’an six de notre pontificat.

Cette bulle fut reçue avec une extrême joie des peuples. Les Romains les premiers, sans distinction d'âge et de sexe, visitaient les

| églises des apôtres pendant le nombre de jours prescrits. Ensuite on

y vint de toute l'Italie, de Sicile, de Sardaigne, de Corse, de France, d'Espagne, d'Acgleterre, d'Allemagne, de Hongrie. Non-seulement les jeunes gens et les hommes vigoureux y venaient, mais les vieilkrds de soixante-dix ans et des infirmes portés dans des litières. On remarqua entre autres un Savoyard âgé de plus de cent ans, que ses enfants portaient, et qui se souvenait d'avoir assisté à la cérémonie de l’autre centième année. Ces circonstances sont rapportées par le cardinal Jacques Stephaneschi, qui était alors à Rome et avait part aux conseils du Pape. L’historien de Florence, Jean Villani, rend le

| même témoignage, et dit que la plus grande merveille qu’on eût ja-

mais vue fut que, pendant toute l’année, il y eut continuellement à Rome deux cent mille pèlerins, outre le peuple romain, Sans compter œux qui étaient par les routes ; et tous furent pourvus suffisamment de vivres, tant les hommes que les chevaux.

Enfin, une inscription monumentale de Florence atteste qu’en l'année 1300 de Notre-Seigneur, les Tartares eux-mêmes vinrent à Rome pour gagner l'indulgence plénière du jubilé 1.

C'est ainsi la foi et la dévotion des peuples qui, nonobstant les divisions et les guerres des rois, proclament, pour l'humanité chrétienne, l’année séculaire du jubilé, la grande année de la rémission, de la paix, de l'indulgence, de la réconciliation universelle ; c’est la

*Apud Raynald,, 1300, n. 1 ct seqq., note de Mansi,

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foi et la dévotion qui amènent le Sicilien, le Lombard, l'Espagnol, le Français, l'Anglais, le Danois, l'Allemand, le Hongrois, le Tartare même au tombeau du prince des apôtres, le centre de l'unité et de la fraternité catholiques ; c’est la foi et la dévotion des peuples qui accomplissent ainsi les oracles des p'phètes touchant la réunion dans le Christ de toutes les nations de la terre,

Cette foi et cette dévotion universel'es des peuples chrétiens à Ja tin du treizième siècle, foi et dévotion qui viennent du ciel, sont une protestation et une condamnation solennelles, devant Dieu et devant les homrnes, contre cet esprit de division et d’égoïsme, venu de l'en-

fer, que nôus avons vu > que nou: verrons trop souvent encore do. miner dans le conseil des rois.

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