LA GYMNASTIQUE
La gymnastique était au corps ce que la musique était à l’âme, c’est-à-dire le moyen de le développer. En le fortifiant, en l’endurcissant contre la fatigue, en l’assouplissant, en développant en lui la grâce et l’aisance dans les mouvements, elle devait en faire la digne enveloppe de l’âme. Par elle, l’homme s’élevait à cette belle harmonie du corps et de l’âme, terme de l’éducation chez les Grecs.
A Sparte, les principaux exercices gymnastiques étaient
la course, la lutte, l’équitation. Ils formaient, avec la musique ou le chant, le fond de toutes les fêtes populaires.
A Athènes, la gymnastique était plus savante et plus variée. Aux exercices ci-dessus on joignait le saut, le jet du javelot, le pugilat ou combat à coups de poing. On y formait aussi des athlètes pour figurer dans les grandes fêtes populaires. La natation, l’art de conduire les chars, dans lesquels on montait par derrière, le jeu de paume et quelques autres, étaient aussi populaires chez les Grecs. Le jeu du flambeau était, entre autres, très-amusant et très-beau ; il avait lieu la nuit. De jeunes garçons, disposés sur une place publique suivant certaines règles, devaient porter des flambeaux allumés en courant à toute vitesse. Celui qui ne courait pas assez vite était sifflé, et celui qui éteignait son flambeau devait sortir du jeu.
Je mentionnerai encore comme appartenant à la gymnastique, la danse, tout particulièrement en honneur à Sparte. Comme expression des sentiments intérieurs, cet exercice réunissait en lui-même la musique et la gymnastique. H était fort aimé dans toute la Grèce. Les Arcadiens recevaient des leçons de danse aux frais de l’Etat jusqu’à l’âge de trente ans, et ils devaient donner chaque année des preuves de leurs progrès sur un théâtre public. La danse dorique avait quelque chose de grave et de mâle comme la musique et la gymnastique. Les garçons apprenaient à danser dès l’âge de cinq ans, et les parents n’avaient pas de plus grand plaisir que de voir leurs enfants danser dans les fêtes publiques, le corps nu et la tête couronnée de palmes. Ordinairement on n’admettait dans les danses que des garçons ; mais il y avait aussi des danses où les deux sexes étaient réunis.
Les exercices gymnastiques, destinés à cultiver et à faire ressortir la grâce et la beauté du corps, renfermaient sans nul doute de grandes jouissances pour un peuple si capable de sentir le beau. Mais les Grecs ne surent pas demeurer dans les limites où la sagesse de Dieu a voulu laisser paraître à découvert la beauté de notre corps : ils aimaient
LES GRECS
à le voir tout entier. A Sparte, on alla jusqu’à défendre les ceintures dansles courses publiques. Je veux croire que la volupté n’était pour rien dans les motifs qui dirigeaient les Grecs sur ce point; mais ce qui est certain, c’est que les gymnases, où les garçons paraissaient souvent nus, devinrent peu à peu des écoles d’immoralité.
Après avoir esquissé à grands traits la figure du peuple grec et parlé des moyens principaux d’éducation en usage sur cette terre classique du beau, je devrais entrer dans quelques détails sur le développement de cette civilisation si remarquable à tant d’égards, et sur la manière dont les moyens généraux et particuliers de culture étaient employés pour la réaliser ; mais cela m’entraînerait dans des développements hors de proportion avec les limites de cette histoire, et je vais me borner à dire quelques mots de l’éducation chez les deux principaux peuples de la Grèce, les Spartiates et les Athéniens, après quoi je terminerai par l’exposition des systèmes de Platon et d’Aristote.