PRÉFACE DE LA SECONDE ÉDITION
Cette seconde édition suivant de très-près la première, aucun changement notable n’a été apporté à cette Histoire. Des fautes ont été corrigées, des erreurs redressées et quelques oublis réparés. Le Progrès, de Bruxelles, m’a reproché de n’avoir consacré qu’une demi-page à la Belgique. Je comprends ce reproche, mais j’ai dû, faute de temps, me borner, pour cette seconde édition, à modifier ce que j’avais dit de la Belgique, d’après les indications plus précises que m’a fournies l’organe de la Société centrale des instituteurs belges. Mon but, du reste, n’est pas de fournir une histoire détaillée de tous les pays; j’ai eu plutôt en vue le développement général des principes pédagogiques. J’ai fait une exception pour la France, pour l’Allemagne et pour l’Angleterre (et les Etats-Unis), à cause de l’importance de ces grands pays.
L’accueil fait à cette Histoire & dépassé de beaucoup mon attente; il m’a prouvé qu’elle répondait à un besoin réel et que le zèle pour l’instruction et l'éducation est partout en progrès. Les journaux en ont parlé avec une extrême bienveillance; des gouvernements de la Suisse romande en ont fait des distributions aux instituteurs primaires, soit à titre d’encouragement, comme dans le canton de Vaud, soit à tous indistinctement, comme à Genève ; enfin, j’ai reçu de presque tous les pays de l’Europe une quantité de lettres de remercîments et de félicitations qui m’ont largement récompensé des peines que ce travail m’a coûté. Le passage suivant, que j’extrais de l’une d’elles, est le résumé d’un grand nombre : « J’ai lu, m’écrit un instituteur, votre ouvrage si concis, et pourtant si riche de faits, de citations, de pensées, de critiques. J’en ai lu et relu certaines pages avec le désir de les loger dans ma pauvre mémoire , pour en faire mon profit comme maître d’école. J’ai senti parfois mon cœur s’émouvoir et mon esprit s’échauffer au spectacle de la puissante charité et du saint enthousiasme de tant de nobles cœurs qui ont passé devant moi, pendant que je lisais vos pages. En vérité, le voyage que vous
PRÉFACE
m'avez fait faire avec l’école à travers les âges m’a plus vivement et j’espère plus utilement intéressé que la longue visite que j’ai faite à l’Exposition universelle de 1854. Puis j’ai constaté avec une nouvelle joie que la source de si humbles et si sincères dévouements, que la lumière et la force de tant de beaux génies, dont l’influence se fait encore sentir, a été cette foi chrétienne que d’imprudents novateurs voudraient nous enlever. Ah ! Dieu soit loué de ce qu’il a allumé une lumière pour l’humanité dans les temps passés, et que cette lumière nous restera jusqu’à la fin des siècles pour éclairer tousceux qui ont besoin de lumière et de vie. »
Grandchamp, près Neuchâtel (Suisse), le 1" août 1869,
PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITIOxN
Iæ sujet traité dans cet ouvrage est par lui-même déjà une recommandation. Quoi de plus important, en effet, que l’art de l’éducation! Et quoi aussi de plus nécessaire, de plus indispensable, que de nous* instruire des principes, des procédés, des expériences, des succès et des déceptions de ceux qui nous ont précédés dans la belle, mais difficile tâche d’élever l’homme ! Si nous voulons faire des progrès sages et sûrs dans la pédagogie, il est de toute nécessité que nous prenions conseil de l’histoire. Aussi longtemps que nous la négligeons, nous tournons dans le cercle souvent stérile de l’empirisme, nous nous épuisons en essais peu fructueux, nous nous jetons dans des théories hasardées ou dangereuses. Après avoir lu cette histoire., il n’est pas de parent, pas d’instituteur, pas d’auteur écrivant pour la jeunesse et les écoles, qui n’envisage sa vocation d’un point de vue plus élevé, et ne s’oriente plus facilement au milieu des difficultés qui encombrent sa route. Il se sentira aussi plus indépendant, plus libre, plus ferme dans sa marche.
PREFACE
Mais cette histoire est plus qu’un exposé des faits importants qui se sont passés dans le domaine de la pédagogie depuis les temps les plus reculés. Partisan du principe rationnel au moyen duquel l’estulozzi a transformé l’école et avec elle la société allemande, j'ai apprécié les faits de l'histoire d’après ce principe. Je crois fermement, avec Pestalozzi, que les procédés de l’éducation et de l’instruction doivent être appropriés à la nature physique, intellectuelle, morale et religieuse de l’enfant, et que cette appropriation ne peut s’effectuer sans une connaissance approfondie de la nature et des lois qui président à son développement. Mais si j’ai la conviction que c’est dans cette voie qu’il nous faut marcher, cela ne m’a nullement empêché de reconnaître les errements de l’école allemande, d’apprécier hautement le génie organisateur cl pratique des Français, et de rendre hommage à la supériorité des Anglais pour tout ce qui tient à l’éducation de la volonté et au développement du caractère.
Un second élément, fort important, est venu s’ajouter aux principes pédagogiques qui m’ont dirigé dans la composition de cette histoire. Chargé de la direction d’un grand établissement, ayant beaucoup de leçons à donner et une nombreuse, famille à élever, ce n’est pas dans le silence du cabinet que j’ai composé ce livre; c’est dans le travail de l’école et au milieu du bruit de mes enfants, que je l’ai médité et écrit comnm j’ai pu et quand j’ai pu. Si j’avais eu plus de loisir, il aurait sans doute gagné sous le rapport de la forme, mais je doute que le fonds en fût aussi bon. Il n’y a rien comme la vie pratique pour mûrir le jugement et nous garder des fausses théories : elle m’a offert le moyen le plus sur d’apprécier les principes et les procédés que j’avais à développer.
Enfin, je crois devoir ajouter qu’au-dessus de tous les principes et de toutes les expériences, je n’ai cessé de placer les saintes vérités du christianisme, en dehors desquelles l’éducation, comme la civilisation qui en découle, va se perdre dans les landes arides et souvent fungeuses du doute et du matérialisme.
Des principes pédagogiques rationnels et des principes chrétiens rattachés à la vie pratique et s’harmonisant entre eux : voilà donc ce qui constitue l’esprit et le caractère particulier de ce livre, et le point de vue sous lequel j’ai envisagé toutes 1 données de l’histoire. Mais ces données, je me hâte de le
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dire, je les ai toujours scrupuleusement respectées. Jamais je ne me suis permis, par esprit de système, de les taire ou de les changer.
Les matériaux qui m’ont servi dans la composition de cet ouvrage, m’ont été fournis en grande partie par la littérature pédagogique allemande. Cramer , Kellner, C. de Raumer, Ch. Schmid et quelques autres m’ont été d’une grande utilité.
J’ai aussi de grandes obligations à Son Exc. M. le ministre Duruy, qui m’a fourni tous les documents dont j’avais besoin pour étudier le développement de l’instruction publique en France, depuis la première révolution jusqu’à nos jours. Pour l’étude de divers systèmes d’éducation et de plusieurs éducateurs, tels que Montaigne, Fénelon, Rollin, Rousseau, Pestalozzi, Jacotot, le P. Girard, Naville, etc., je suis remonté aux sources mêmes, et n’ai presque rien emprunté aux auteurs qui en ont parlé.
Avec les matériaux mis à ma disposition, il m’eùt été facile de composer un livre d’une étendue beaucoup plus considérable. Mais le public ne lit guère les gros livres, et ils se propagent difficilement. J’ai donc cru devoir condenser le plus possible les divers sujets que j’avais à traiter, sans toutefois tomber dans la sécheresse des abrégés.
Et maintenant que cette Histoire est achevée, mon vœu le plus ardent est qu’elle fasse beaucoup de bien. Puisse-t-elle trouver le chemin de mainte école, de mainte famille, et s’y asseoir comme une amie et une conseillère ! Je tiendrais surtout à faire connaissance avec les instituteurs, mes collègues ; j’aimerais à causer, à discuter avec eux; car c’est dans le travail de la pensée et dans la lutte que les idées s’éclaircissent, que les convictions se forment, et que le progrès s’accomplit.
Grandchamp, près Neuchâtel (Suisse), en décembre 1867.