‹ Histoire universelle de la pedagogie renfermant les systemes d'education et les methodes d'enseignement des temps anciens et modernesChapitre 8 sur 101 · ÉDUCATION CHEZ LES CHINOIS · texte numérisé non relu

ÉDUCATION CHEZ LES CHINOIS

conséquent, quatre-vingt mille notions ou idées, est considéré comme très-savant.

Dans les villes et les villages de quelque étendue, ce sont les autorités qui pourvoient elles -mêmes à l’établissement des écoles publiques. L’instruction commence à cinq ans et dure jusqu’à douze ou quatorze ans sans interruption, c’est-à-dire sans vacances. Les enfants doivent arriver à l’école au point du jour et saluer, en entrant, Confucius, le plus grand sage de la Chine, et le régent. Le soir, ils quittent l’école de la même manière. Quand les classes sont nombreuses, le maître congédie d’abord les plus petits enfants, ensuite ceux qui ont le plus de chemin à faire pour retourner à la maison. L’enfant n'ose ni s’amuser, ni jouer en chemin, et, en entrant à la maison, il doit saluer les dieux domestiques, les ancêtres et ses parents; il lit ensuite ses leçons à haute voix. Il lui est prescrit de tenir son livre à trois pouces des yeux pour lire, de ne pas se salir les doigts en écrivant, et de se tenir droit.

Dans l’école, le premier enseignement commence par l’étude de certaines cérémonies et formes de politesse. Les éléments de la lecture et de l’écriture s’apprennent en regard des objets dont on étudie les signes (leçons d’intuition); dans les exercices de mémoire, l’enfant apprend de vieilles sentences et des règles de conduite. Voici quelques échantillons de cette sagesse chinoise :

« A peine le poulain commence-t-il à trotter, que déjà la route est trop étroite pour lui.

» Le mal s’apprend vite, le bien difficilement.

» La raison est pour les sages, et la loi pour ceux qui manquent de sagesse.

» Celui qui peut supporter les plus grands maux est le plus digne de commander aux autres.

» Un entretien avec un sage vaut plus que dix ans d’études.

» Qui ne sème pas, n’a pas d’épis à moissonner, et qui ne moissonne pas le grain semé , n’a pas de pain à manger.

» Cherche à rendre ton dehors brillant et ton intérieur pur.

» Pour être le maître de la terre, il faut unir le fonds à l’éclat.

» Si tu ne brides pas toi-même ta langue, personne ne le la bridera. »

Le calcul est enseigné dans l’école primaire, mais le chant est défendu. L’enfant chinois n’ose ni chanter, ni lire des livres amusants, ni jouer. Il lui est même défendu de courir et de sauter sur la voie publique. Il doit se rafraîchir l’esprit par des travaux manuels ou des exercices corporels. A l’école, l’enfant paresseux est couché sur un banc étroit, où il reçoit des coups de verge. Tous les mois ou tous les quinze jours, les pères de famille font subir un examen. Les examens de l’Etat se font à huis clos et scellés; et, d’après le résultat, le candidat reçoit son rang, son costume particulier, et les marques de sa dignité.

L'éducation des filles est négligée en Chine. L’ouvrage intitulé Sio-Hao, ou l’École des Enfants , donne la règle suivante pour leur éducation : « Quant aux filles, dès l’Age de dix ans, elles ne doivent plus sortir de la maison. Il faut leur apprendre à être amicales, à parler avec grâce, à travailler la soie et à coudre. A vingt ans, il faut les marier. »

§ 3. De l’éducation chez les Indons.

Si de la Chine nous passons en Inde, nous y trouvons une autre religion et, par conséquent, une autre éducation. Les Indous ont des livres sacrés, les Védas, qui ont exercé une grande influence sur la vie de ce peuple. Les castes, par exemple, consacrées par les Védas, fixent la vocation des divers individus et par là une partie notable de leur éducation. Les Védas enseignent aussi l’immortalité de

éducation chez les indous.

l’âme et l’existence de peines et de récompenses apres cette vie. Cette croyance doit agir aussi sur la vie morale de l’Indou, comme on peut le comprendre par les préceptes suivants : , . .

« Celui qui blâme son maître, lors même que celui-ci sc

serait trompé, entrera après sa mort dans le corps d un âne; s’il le blâme faussement, il deviendra un chien; s il se sert de ce qui lui appartient, sans le lui demander, 1 passera dans le corps d’un ver; enfin, s’il envie ses mérités, il sera transformé en une grande vermine.

» Le veuf qui se marie entrera après sa mort dans le

corps d’un cheval.

» Celui qui honorera son père, sa mère et son précepteur, régnera sur les trois mondes : son corps sera ^01 * ie comme celui d’un dieu, et il jouira d une félicité ineffa e.

» Celui qui honore sa mère gagne le monde terrestre ; celui qui honore son père gagne le monde mojen ou éthéré, et celui qui honore constamment son maître gagne le monde céleste de Brahma.

» Il y a des macérations qui font passer directement dans le sein de la Divinité : les unes consistent à se placer entre deux feux, tandis que le soleil darde ses rayons sur le sommet de la tête; d’autres consistent à coucher 1 hiver dans de l’eau froide, à vivre dressé sur les orteils, etc. » Voici maintenant quelques détails sur les écoles indoues dirigées par les brahmines.

Dans les localités où l’on trouve des familles appai tenant aux trois castes supérieures, il y a des écoles élémentaires dans lesquelles les enfants apprennent à üie, à écrire et à calculer. Le maître se sert, pour punir, du bâton et de la verge. La lecture et l’écriture commencent en même temps. Les premières lettres se tracent sui le sab e avec un bâton (les écoles se tiennent sous un arbre, et, par le mauvais temps , sous un hangar) ; on les gia\ e ensuite sur des feuilles de palmier avec une pointe en ei , enfin, on écrit sur des feuilles de platane avec de 1 eiicie. Quand l’école est très-nombreuse, le maître apprend aux

plus grands élèves à instruire les autres ; il forme des moniteurs. C’est de l’Inde qu’a été transportée, à Londres d’abord, la méthode lancastrienne ou l’enseignement mutuel. Des proverbes et des sentences morales servent d'exercice à la pensée. On apprend, en outre, un catéchisme bouddhiste divisé en deux parties. La première renferme les dix commandements suivants :

1. Tu ne tueras aucun être vivant (les Indous ne mangent pas de viande).

Page 1