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Histoire universelle en tableaux

J'ose l'affirmer sans crainte d'être démentie , il n'est pas un auteur qui, sur le point de publier son premier ouvrage, délivrer au public son nom ignoré , n'ait frémi d'un mouvement de terreur involontaire.

Ce premier ouvrage , fruit laborieux des veilles de sa jeunesse ""," qu'èst-fl souvent? L'élan poétique et passionne d'une âme neuve , d'une imagination brillante , le confident des vives et généreuses impressions du jeune âge , ou plus souvent l'histoire de ses déceptions prématurées. Ce livre si cher, écrit avec des larmes, ou palpitant de fraîches émotions, comment va l'accueillir un public indifférent 3 qui demande à chaque jour une nouvelle proie à dévorer, proie toujours insuffisante et bientôt livrée à l'oubli? 0 anxiété ! N

Une partie de ces angoisses me seront épar-

gnees a moi , car ce n est pas ici un premier ouvrage , dans la véritable acception du mot. A d'autres temps les inspirations de la poésie.. Afin de moins trembler à mes premiers débuts , je me suis proposé un but plus utile ; je m'adresse à cette portion du public, éclairée autant que sage , animée du sérieux intérêt , et non d'un vain espoir d'un amusement frivole: je veux parler des mères de famille et des institutrices , autres mères non moins dignes de respect.

Moi aussi, leur dirai-je, j'ai frémi à la seule pensée de livrer mon nom à la sévérité de la critique , et j'ai frémi d'autant plus , que ce nom est celui d'une femme. Mais qu'ai-je à craindre? me suis-je dit enfin; mon but est louable, mes travaux consciencieux. D'ailleurs je ne m'avance pas en inconnue ; élève de M. Lévi, je n'ai pas besoin d'autres titres à la confiance des amis de l'instruction. J'ai constamment marché sous ses auspices ; sa méthode , que je développe sous ses yeux depuis plusieurs années , est pour moi , non pas un calcul , comme chez d'autres peut-être, mais une conviction intime, une religion ; et ma profession de foi est à cet égard bien connue.

J'ajouterai , pour rendre hommage à lous les professeurs habiles auxquels je dois le peu que je sais , cette marche logique que j'ai suivie depuis l'enfance m'a surtout aidée à comprendre les excellentes leçons de MM. Robertson et Savoye qui popularisent en France l'étude de l'anglais et de l'allemand , tant il est vrai que toutes les connaissances se tiennent et s'expliquent l'une par l'autre.

Cet ouvrage , dont M. Lévi lui-même m'a fourni la première idée , ne m'appartient pas tout entier; car mes explications, qui doivent servir de complément à ses énigmes , sont puisées partie dans ses ouvrages , partie à d'autres sources recommandables qu'il me serait facile de nommer. On ne refait pas les événements historiques ; du moins il n'appartient qu'à la supériorité du génie de présenter l'histoire sous de nouveaux aspects , ou d'en sonder les profondeurs non explorées encore. Des travaux de ce genre s'adressentà des intelligences complètement développées et mûries par de profondes études.

Moi, j'écris pour aider l'enfance, la jeunesse, dans ses recherches laborieuses; je ne

prétends qu'au mérite de l'exactitude et de la simplicité.

J'ai cherché à prévenir quelques objections qui pourraient naturellement s'élever contre moi. Expliquer les énigmes historiques, m'at-on dit, mais n'est-ce pas manquer à l'intention de l'auteur , en épargnant à l'élève ou à l'institutrice les recherches qu'il a prescrites? Entendons-nous : une pensionnaire, une jeune maîtresse d'étude elle-même a-telle toujours sous sa main les livres propres à lui fournir des développements? en supposant qu'elle les ait, laissera-t-on volontiers une bibliothèque tout entière à la disposition d'une très-jeune fille? Le moindre des inconvénients qui résulteraient de cette liberté serait une perte immense de temps, des explications incomplètes sous les rapports principaux , ou surchargées de détails oiseux. Je doute que ce moyen semble praticable ; et certes ce n'est pas dans sa petite bibliothèque classique que l'élève trouvera la solution de toutes les énigmes.

D'ailleurs, que les maîtresses se rassurent; les bornes restreintes de mon ouvrage leur laissent un vaste champ à parcourir. Les

leçons verbales, les comparaisons, les tableaux , les exercices nombreux que peut amener l'étude des énigmes, offrent un espace sans borne au développement de leur savoir. Elles connaissent trop bien leur lâche pour la croire bornée à la copie ou à la récitation d'un petit volume. Elles savent aussi quelle déception attend celui qui , sans études variées et profondes, se flatte de posséder à fond la méthode de M. Lévi , d'après la lecture de ses seuls ouvrages. La méthode est facile à comprendre : un enfant peut en saisir les trois parties principales, les faits , les comparaisons des faits , la morale des faits; mais pour la pratiquer avec fruit, il faut réunir l'expérience la plus consommée , le tact le plus tin , l'amour du professorat porté jusqu'au plus haut degré , et les talents les plus variés. On voit que les livres ne sont que ce qu'ils doivent être dans l'enseignement , des textes qu'il faut développer ; mais ces textes, qu'on ne s'y trompe pas , demandent un esprit supérieur. N'ai-je pas moimême entendu faire aux énigmes de M. Lévi le singulier reproche de n'être qu'un livret de salon? Les pauvres gens ne savaient pas

qu'avec même un tel livret on ferait une

éducation tout entière. La lumière qui jaillit d'un simple caillou peut embraser un monde. On pourrait m'accuser encore d'un peu de sécheresse et de laconisme dans les détails ; mais j'ai déjà dit que je me suis bornée à la stricte narration des événements, sans quoi j'eusse fait de mon livre une encyclopédie. J'ai dû aussi résister à l'entraînement des réflexions particulières ; car si la liberté de penser est chez tous un droit inviolable , le professeur ne doit pas imposer, même à l'enfance , le résultat de ses propres observations, et mêler à de rigoureuses vérités des opinions toujours contestables. Ayons d'ailleurs le bon sens de faire la part du professeur enseignant dans les écoles publiques et du professeur de la Sorbonne. Au premier, les faits méthodiques arlistement rangés; au second, la théorie des faits, les systèmes brillants, philosophiques, moraux; à celui-là , l'enseignement de l'enfance; à celui-ci, la marche de la société ; à l'un, l'événement simple; à l'autre, l'humanité. Faisons d'abord, nous, l'histoire des faits, et c'est bien assez. Laissons aux maîtres l'histoire des idées , la tâche est grande! D'ailleurs c'est la troisième partie de la méthode de M.Lévi , et l'on sait si les

élèves de ses cours supérieurs ignorent les noms de Guizot , Chateaubriand , Michelet , Thierry, de tous ces hommes de génie qui appartiennent , comme on le dit aujourd'hui, à l'école philosophique , pittoresque et symbolique. J'ai cru ces détails nécessaires pour justifier mes internions. Quant aux fautes réelles qui pourraient s'être glissées dans cet ouvrage, je les déplore par avance; puissentelles se rencontrer en petit nombre ! Puisseje enfin trouver près des mères et des institutrices la bienveillance et l'appui dont beaucoup d'entre elles m'ont déjà honorée. Appelée à les seconder dans les soins qu'exige l'instruction de leurs enfants, je n'ai point su qu'elles se fussent repenties de leur choix; leur témoignage, je l'espère, me servira de caution.

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