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qu’il appelait magnésium (manganésium) est au moins aussi difficile à fondre que le platine. Et, chose digne de remarque, c’était moins par l’expérience que par l'induction qu’on avait été amené à cette découverte. Voici comment on avait raisonné : La magnésie noire colore le verre en rouge, et celui-ci redevient incolore par la fusion avec le charbon; sa densité est très-considérable; ses dissolutions dans les acides sont précipitées par le sel lixiviel du sang (cvanoferrure jaune de potassium). Or, tous ces caractères ne sont propres qu’aux composés métalliques, aucun n’est applicable aux terres, telles que la chaux, l’alumine, etc. Donc, la magnésie noire doit être une chaux (oxyde) métallique. Fort de ce raisonnement, Gahn parvint le premier à obtenir, par un procédé fort simple, le manganèse à l’état métallique. Ce procédé consistait à former de petites boulettes avec la magnésie noire et de l'huile, à les introduire dans un creuset tapissé à l’intérieur de poussière de charbon humectée d’eau, à luler sur ce creuset un matras, et à exposer le tout, pendant quatre heures, à une chaleur très-intense. Après l’opération Gahn trouva, au fond du creuset, un certain nombre de globules métalliques : c’était le régule de manganèse.

Découverte de la baryte. — La terre pesante, terra pond&'osa, à laquelle Guylon Morveau donna plus lard le nom de baryte (de pesant), se trouve pour la première fois mentionnée comme une terre entièrement différente de la terre calcaire, dans la dissertation de Scheele De magnesia nigra, parue en 1774. Scheele y revint, d’une façon plus détaillée, dans son Examen chemicum de terra ponderosa, publié en 1779. Il retira la baryte du spath pesant (sulfate de baryte), que Gahn avait déjà trouvé composé d’acide vilriolique et d’une terre particulière (baryte).

Découverte du tungstène. — La terre de baryte doit être distinguée d’une autre terre pesante, nommée tungstène. Le minerai blanc qui portait le nom de tungstène ou de wolfram , avait été toujours pris pour une mine d’étain ou de fer contenant une terre inconnue. Scheele montra le premier par l’analyse, que ce minerai est essentiellement composé d’une matière blanche pulvérulente, analogue à l’acide molybdique, et à laquelle il donna le nom d’aride de tungstène (acide tungstique). Il en décrivit en même temps les propriétés chimiques et les caractères qui le distinguent de l’acide molybdique. — Les frères d’Elhuyart retirèrent les premiers le tuugstène métal de l’acide tungstique.

Découverte du molybdène. — Le minerai de molybdène, molyb-

drvna membranacca nitens de Cronstedt, avait été toujours confondu avec la plombagine K Scheele, qui en fit le premier l’analyse, le montra composé de soufre et d’une poudre blanchâtre à laquelle il reconnut les propriétés d’un acide (acide molybdique) *. Pensant que cette poudre pourrait bien être une chaux (oxyde) métallique, il invita, en 1782, Hielm à s’en occuper. Hielm réussit, en effet, à en extraire un métal particulier, qui reçut le nom de molybdène.

Acide du flu,r. — Scheele remarqua l’un des premiers , qu’en traitant le spath fluor par l'acide sulfurique, on obtient des vapeurs acides qui attaquent la silice de la cornue et qui diffèrent de tous les autres acides connus. C’élait là ce qu'il appelait acide fluorique (acide fluosilicique). il remarqua en même temps que la croûte pierreuse qui se produit dans l’eau où l’on cherche à recueillir cet acide, est de la silice pure.

» Quelques chimistes français, notamment Achard et Monnet, élevèrent des doutes sur l’existence de. l’acide fluorique. C’est ce qui engagea Scheele à faire une nouvelle série d’expériences qui confirmèrent sa découverte. Mais il essaya vainement, comme tant d’autres depuis lors, à isoler ie fluor de ses combinaisons.

Découverte de l' acide arsénique. —On connaissait depuis longtemps l’arsenic blanc, auquel Fourcroy donna le nom d’acide arsénieux. En évaporant jusqu’à siccité un mélange de 2 parties d’arsenic blanc pulvérisé, 7 parties d’acide muriatique et Zi parties d’acide nitrique, Scheele obtint le premier l 'acide arsénique, et il en décrivit en même temps les principales propriétés. En ajoutant à une solution de vitriol bleu une solution d’arsenic blanc et de potasse, il obtint une matière tinctoriale, connue depuis sous le nom de vert de Scheele. A cette occasion , il nous avertit que l’arsenic blanc du commerce est souvent mélangé de plâtre, et que le meilleur moyen de reconnaître la sophistication consiste à en projeter quelques parcelles sur une lame rougie au feu. « Si tout, dit-il, se volatilise, c’est un indice que l’arsenic n’est point falsifié. >»

Bleu de Prusse ; acide prussique. — La découverte de celte matière tinctoriale est due au hasard, c’est-à-dire qu’elle n’a pas été amenée par le raisonnemenl. Un Prussien, nommé Diesbach, préparateur de couleurs à Berlin, avait acheté de la potasse chez Dippel,

1. Scheele montra le premier en 1779. que la plombagine n'est autre chose que du carbone mêlé de quelques traces de fer.

2. De molybdæna, dans les Actes de l’Acad. des scien. de Stockh., année 1778.

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fabricant de produits chimiques (connu par l'huile animale cmpyreumatique qui porte le nom de Dippel) pour précipiter une décoction de cochenille, d’alun et de vitriol vert (sulfate de fer). Diesbach, étonné d’obtenir, au lieu d’un précipité, une poudre d’un très-beau bleu, avertit Dippel qui se rappela aussitôt que l’alcali (potasse) qu’il venait de lui vendre, avait été calciné avec du sang, et avait servi à la préparation de son huile animale. Cette découverte eut lieu en 1710 ; mais, son histoire ne fut connue que longtemps après ; car la préparation du bleu de Prusse ou bleu de Berlin demeura secrète jusqu’à l’année 1724, époque où Woodward et Brown publièrent leurs procédés en Angleterre. Ce dernier avait trouvé qu’on pouvait, dans la préparation de l’alcali, substituer au sang la chair de bœuf et d’autres matières animales, que l’alun ne servait qu'à étendre la couleur, et que la teinture bleue (sesquiferrure de potassium) était produite par l’action de l’alcali (calciné avec le sang) sur le fer du vitriol vert. Pour expliquer la formation do bleu de Prusse, Geoffroy supposait que le sang ou toute autre matière animale communique à l’alcali (potasse) le phlogistique nécessaire pour révivifier le fer du vitriol vert; de là le nom d’alcali phlogistiqué, donné primitivement au cyanure de potassium. Celte explication fut adoptée par presque tous les chimistes contemporains de Geoffroy. A la théorie donnée, en 1752 , par Manquer, qui voyait dans la matière colorante une substance particulière accompagnant le fer, Morveau en présenta, en 1772, une autre. D’après la théorie de Morveau, l’alcali phlogistiqué est combiné avec un acide particulier qui jouerait le principal rôle dans la formation du bleu de Prusse. Suivant Le Sage, cet acide était l’acide phosphorique. Lavoisier réfuta cette théorie.

Tel était l’état de la question, lorsque Scheele vint démontrer que le bleu de Prusse renferme une « matière subtile tinctoriale » (materia tingens), qui peut être extraite de l’alcali phlogistiqué (cyanure de potassium) par les acides et que cette matière contribue essentiellement à la formation de la couleur bleue. La materia tingens de Scheele était ce que Morveau nomma acide piussique, nom qui a prévalu. Pensant que ce devait être un composé d’ammoniaque et de charbon, l’illustre chimiste suédois, pour vérifier son hypothèse, maintint pendant un quart d’heure, à la chaleur rouge, un mélange de parties égales de charbons pulvérisés et de potasse; il y ajouta par petits fragments du muriate d’ammoniaque, et continua à chauffer le mélange jusqu’à ce qu’il ne s’en dégageât plus de va-

HISTOIRE DE LA CHI.MiE

peurs ammoniacales. L’opération terminée, il fit dissoudre le résidu dans une certaine quantité d’eau; et il trouva à cette dissolution toutes les propriétés du prussiate alcalin (cyanure de potassium) ' . Ces expériences de Scheele furent répétées, en 1787, par Berlhollet, qui montra que le bleu de Prusse est un composé d’acide prussique, de potasse et d’oxyde de fer,, cristnllisable en octaèdres.

Acide oxalique. — Scheele reconnut le premier l’identité de l’acide du sucre de Bergmann avec l’acide du sel d’oseille. Pour l’extraction de cet acide il préférait l’acétate de plomb à la chaux « parce que l’acide vitriotique ne déplace pas tout l’acide oxalique, qui a la plus grande affinité pour la chaux *. »

L’emploi du même procédé d’extraction lui fit découvrir l’acide contenu dans le suc des pommes, des baies et d’autres fruits aigres, acide non précipitable par la chaux, comme l’est l’acide du citron . L’acide nouveau reçut le nom d'acide malique (du latin malum, pomme). Scheele en fit connaître aussi les principales propriétés, celles d’ètre incrislallisable , de former avec les alcalis des sels déliquescents, de donner avec la chaux un sel cristallin assez soluble dans l’eau bouillante, tandis que le citrate de chaux y est insoluble, etc. s.

Acide gallique. — Le sédiment cristallin qui se forme dans une infusion de noix de galle exposée à l’air, fut également l’objet des recherches de Scheele. Il reconnut que ce sédiment est un acide particulier (acide gallique), drt à l’intervention directe de l’air.

Acide lactique. — Pour retirer l’acide du lait aigri, Scheele procéda de la manière suivante : il évapora un huitième de petit-lait, le jeta sur un filtre et satura la liqueur acide par la chaux. Puis, au moyen de l’acide de l’oseille il sépara la chaux de l’acide lactique; la liqueur filtrée fut de nouveau soumise au même réactif pour enlever les dernières traces de chaux, et évaporée jusqu’à consistance de miel. Enfin la liqueur fut traitée par l’alcool qui devait dissoudre l’acide lactique à l’exclusion du sucre de lait; ce qui resta, après

t. De materia tingente cœrulei Berolinensis, dans les Nouv. Actes de l’Acad. de Stockh. 1782 et 1783.

2. De acido acetosellx, dans les Nouv. Actes de la Soc. de Stockh. de 1784.

3. De acido pomorum et baccarum, dans les Nonv. Actes de la Soc. de Stockh. 1785.

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l’évaporation de l’alcool, était de l'eau contenant l’acide lactique sensiblement pur *.

Glycérine. — Scheele distingua le premier la matière sucrée, fournie par les huiles et les graisses, de celle qui est conlenue dans les végétaux. Pour obtenir la première, il fit bouillir une partie de litharge avec deux parties d’huile d’olive récente et un peu d’eau. Ce mélange ayant acquis la consistance d’onguent, il le laissa refroidir et décanta l’eau. Cette eau, évaporée jusqu’à consistance sirupeuse, renfermait la matière sucrée, qui reçut plus tard le nom de glycérine (de yiuxûî, doux). Ce principe doux des huiles diffère, comme le constata Scheele, du sucre véritable : t» en ce qu’il ne cristallise pas; 2° en ce qu’il résiste mieux que le sucre à une température élevée et qu’il n’est pas susceptible de fermenter 3.

Nature de l’éther. — Dans un mémoire intitulé Expérimenta super ætheris natura, Scheele donne des détails fort intéressants sur l’action combinée du peroxyde de manganèse, de l’acide sulfu rique et de l'alcool. « Un mélange de 2 p. de magnésie noire (peroxyde de manganèse), de 1 p. d’acide vitriolique et de 2 p. d’esprit-de-vin, entre, dit-il, bientôt en effervescence sur un bain de sable légèrement chauffé, et donne naissance à de l’éther; mais si l’on augmente le feu, on n’obtiendra que du vinaigre. » Il obtenait divers liquides éthériformes en substituant à l’acide sulfurique l’acide muriatique ou d’autres acides. Il n’ignorait pas qu’on rencontre de grandes difficultés dans la préparation de l’éther acétique, et que, pour faciliter la formation de cet éther, il faut employer du vinaigre contenant un peu d’acide muriatique ou sulfurique.

Acide urique. — Scheele découvrit, presqu’en même temps que Bergmann, dans la gravelle une matière blanchâtre qui, étant chauffée avec l’acide nitrique, se colorait en rouge. Il reconnut que cette matière a les propriétés d'un acide, qui reçut d’abord le nom d’acide lithique (de üfloç, pierre), parce qu’on le trouve abondamment dans certains calculs urinaires, puis celui d'acide urique ®.

En passant ainsi en revue les travaux de Scheele, on se demande comment un seul homme a pu, dans l’espace de seize ans, faire tant de découvertes.

1. De lacté ejusque acido, dans les Nouv. Act. de l’Acad. de Stockh., année 1780.

2. De materia saccharina peculiari oleorum cxpre.isorum et pingnedinum, dans les Nouv. Actes, de l’Acad. de Stockh., année 1783.

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