LA PESANTEUR
Il a fallu bien des siècles avant qu’on arrivât à reconnaître que la force qui détermine, sur la terre, la chute des corps est identique avec celle qui fait circuler les astres, que la terre qui nous porte, étant entraînée elle-même dans l’espace, le repos n’existe nulle part autour de nous, enfin que les seuls mouvements qui soient à la portée de l'homme ne sont que des mouvements relatifs.
La plupart des philosophes de l’antiquité n’ont fait pour ainsi dire que niaiser sur le mouveitoent et le repos. Nous n’en parlerons point. Quelques-uns cependant avaient là-dessus des idées fort remarquables; ils méritent seuls une mention spéciale.
Je me meus, donc je suis : tel fut le principe fondamental d’Héraclile, formulé plus de deux mille ans avant le fameux Je pense, donc je suis, de Descartes. Frappé du défaut de concordance de toutes les opinions, fléraclite s’était attaché à trouver un point sur lequel tous les hommes fussent d’accord. Ce point était, selon lui, le mouvement. Lors même, se disait-il, que l’on douterait de tout, personne ne saurait nier que chacun porte en soi la force qui fait
mouvoir la tête, la langue, les bras, les jambes, etc,. De là le principe sus-énoncé. Parlant delà, Héraclite prit le feu (chaleur et lumière) pour la cause de tous les mouvements. N’est-ce pas la chaleur qui nous anime? Du feu de la vie, dont l’homme est la plus saisissante expression, le célèbre philosophe d’Ephèse pouvait ensuite passer facilement au feu qui est la cause des décompositions, recompositions et purifications diverses, phénomènes qui tous ne sont en réalité que des mouvements. Comparant le cours de la nature à l’écoulement des eaux d’une rivière, il parvint à établir que « rien n’est fixe, que tout est dans un perpétuel devenir (y<vî»0ac). » De là à formuler ce qui est aujourd’hui scientifiquement démontré, a savoir, « que la matière change et que la forme reste, » il n’y avait qu’un pas. Uéraclile l’a-t-il franchi? Nous l’ignorons. Ce qu’il y a de certain, c’est que Yéconlement (pot) n’était pour lui qu’une image, et que le véritable mouvement était pour lui l’oscillation obéissant à deux forces contraires. Ces deux forces, il les appelait union (bp-oXcr/lot.) et discorde (tpis), la paix et la guerre. Elles devaient maintenir les rouages du -monde et pénétrer jusqu’aux dernières parcelles de la matière. N’est-ce pas là ce qu’on nomme depuis Newton les forces d 'attraction et de répulsion?
Aristote et ses disciples avaient attentivement observé la descente des corps dans leur chute, et ils étaient parvenus à établir « qu’un corps acquiert d’autant plus de mouvement qu’il s’éloigne davantage du lieu où il avait commencé à tomber *. » Mais leur connaissance se bornait là. Ce qui les empêchait de faire la découverte qui était réservéeàGalilée,c’étaitPempire de deux théories, également fausses. L’une, d’accord avec toutes les apparences, mettait en opposition les corps pesants avec les corps légers, en supposant aux premiers la tendance de se diriger en bas, et aux seconds celle de se diriger en haut. L’autre théorie enseignait que. les différents corps tombent dans le même milieu aérien avec une vitesse proportionnelle a leurs masses2, c’est-à-dire qu’un corps, qui serait une, deux, trois, etc., fois plus lourd qu’un autre, tomberait une, deux, trois, etc., fois plus vite.
Cependant tous les philosophes n'admettaient pas cette dernière manière de voir. Lucrèce, qui reproduit, dans son poème de Iterum Natura, les principales doctrines de Démocrite et d’Epicure, dit po-