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CHAPITRE XXXIX

NUMERIEN ET CARIN.

( An de Rome 103 i. — De Jésus-Christ 282. )

Partage du trône entre Carin et Numérien. — Affliction et mort de Numérien. — Élection de Dioclétien.

— Mort d'Aper, assassin de Numérien. — Désordres de Carin à Rome. — Mort de Sabinus Julianus.

— Bataille entre Carin et Dioclétien. — Victoire et mort de Carin.

Numérien , décoré du titre d'Auguste par son père, lui succéda , et partagea le trône avec son frère Carin. Absorbé par sa douleur filiale, il abandonna tout projet de conquête, accorda la paix aux Perses , et se mit en marche avec son armée pour retourner à Rome. Ce jeune prince, trop sensible, se livra tellement à son chagrin, que, suivant le rapport de tous les historiens, l'abondance de ses larmes produisit une si vive inflammation sur ses yeux, qu'elle le mit hors d'état de pouvoir supporter la lumière. L'armée, continuant sa route, traversa la Syrie et l'Asie Mineure : on portait Numérien, au centre des colonnes, dans une litière qu'on avait hermétiquement fermée pour que le jour ne pût blesser sa vue.

Arrius Aper , préfet du prétoire et son beau-père , commandait les troupes. Ce traître, dévoré de la soif de régner, ne pouvait parvenir au trône sans commettre un second crime : il poignarda la nuit Numérien, et tint sa mort cachée. On continuait de porter sa litière , entourée par la garde impériale. Un mystère profond couvrait le forfait; l'odeur du cadavre dévoila l'affreuse vérité. Dès que le meurtre fut connu , on ne tarda pas à nommer le meurtrier. Aper, signalé par tous les soupçons, fut arrêté et enchaîné près des drapeaux, M l'armée, qui méprisait et haïssait Larin , se rassembla pour élire un empereur.

Tous les suffrages se réunirent en faveur de Dioclétien, soldat heureux, né dans l'obscurité. Son mérite seul l'avait élevé au premier grade de l'armée et II. 43

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au commandement d'un des premiers corps de la garde. Dioclétien , salué empereur par une acclamation unanime, monte sur le tribunal qui lui était préparé , tire son glaive , atteste les dieux qu'il est innocent de la mort de Numérien, et tournant ensuite ses regards sur Aper : « Voilà, dit-il, l'auteur du «crime. » A ces mots, il descend, court, se jette sur le traître, et lui enfonce son épée dans le sein, en répétant les paroles que Virgile place dans la bouche du héros troyen , lorsqu'il frappe un monstrueux sanglier : « Fé- » licite-toi bien, Aper; tu tombes sous la main du grand Énée. »

Dioclétien, qui se montra toujours maître de lui-même, ne commit alors cette violence que par politique, et pour donner à sa puissance l'appui de la superstition. On savait qu'autrefois une druidesse lui avait prédit dans la Caule qu'il deviendrait empereur quand il aurait tué un sanglier. Aper^ en latin, exprime le nom de cet animal; et le nouveau César, en immolant le meurtrier de Numérien, parut à la fois punir un crime et accomplir un oracle.

Dioclétien s'établit d'abord à Nicomédie.Carin s'était rendu maître de Rome, où il renouvelait toutes les infamies des règnes de Caligula, de Néron et d Héliogabale. 11 proscrivait les sénateurs les plus distingués, immolait les magistrats, nommait aux plus hauts emplois les vils complices de ses débauches. Son palais était rempli d'histrions et de courtisanes. En peu de semaines, il se maria neuf fois. Le courage fut la seule qualité qui le distingua des lâches tyrans dont il suivait les traces, et il ne paraissait digne* du trône que dans les camps.

Sabinus Julianus, à la tête de quelques légions, s'était fait proclamer empereur. Carin le combattit près de Vérone, et le tua de sa propre main. Il soutint avec vigueur ses droits contre Dioclétien, qui traversait l'Illyrie pour lui enlever l'empire. Les deux armées se livrèrent dans la Mœsie plusieurs combats dont les succès furent balancés; une .bataille générale eut lieu près de Margum et du Mont-d'Or ; le courage des deux partis rendit la fortune longtemps incertaine; enfin, elle se décida pour Carin : il resta maître du champ de bataille; et cette victoire, augmentant son orgueil, l'enhardit à de nouveaux excès. Plusieurs officiers, dont il avait outragé les femmes, soulevèrent les soldats contre lui-, et l'assassinèrent. Ainsi, Carin dut sa victoire à'son courage, et sa mort à ses vices. 11 périt l'an 1035 de Rome, <i83 de Jésu^ Christ , après une année de règne.

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