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Il devint en effet l’un et l’autre. Il servit sous Trajan, dont il se fit aimer, et qui, après lui avoir donné en mariage Sabine, nièce de sa sœur, chercha à le faire nommer sôn successeur: ce qui eut lieu. Salué empereur par l’armée réunie à Antioche ; il écrit au sénat pour s’excuser d’avoir accepté, et pour lui demander de lui confirmer ce titre. Le sénat lui décrète le triomphe ; mais il le refuse, et place sur le char la statue de Trajan. Fastueux et avare, grand et frivole , clément et vindicatif par saillies , il offrit un mélange étonnant de vices et de vertus. Il lui suffisait d’avoir lu un livre pour le savoir par cœur; il dictait plusieurs lettres à la fois, donnait audience à plusieurs ministres, avec lesquels il traitait d’affaires différentes, et connaissait par leurs noms tous ceux qui avaient servi sous lni. Il était aussi versé dans les sciences , dans la grammaire, dans l’éloquence, que l’homme le plus instruit de son siècle. Outre.la philosophie, l'astrologie, la magie, les mathématiques, il possédait Ja médecine; il sculptait ,chantait, jouait des instruments , peignait surtout des figures obscènes, ainsi que des imitations ou plutôt des contrefaçons de la nature. Il composa plusieurs ouvrages en vers et en prose , entre autres un poëme intitulé /’A/exandriade ; des discours sur la grammaire, d’autres sur l’art de la guerre (1), et ses propres fastes publiés sous Je nom de ses affranchis. Le dialogue avec Épictète, dans lequelil soumet diverses questions au meilleur philosophe de son temps, qui les résout , est. supposé (2); mais, au milieu de maximes fausses, ridicules ou triviales , il s’en rencontre d'excellentes : Qu'est-ce que la paix ? — Une liberté tranquille. — Qu'est-ce que la liberté? — Innocence et vertu.
Et comme il voulait s'appliquer aux arts libéraux, il eut cette réponse :
Excudent alii spirantia mollius æra:..
Tu regere imperio populos, Romane, memento.
— V. Lawrnipe. Cette superstition survécut au paganisme. Saint Angustin (ep. 55 ad Jinuar.) la signale et la condamne, ainsi que le conellé d'Agde, sous le nom de sols des saints; Grégoire de Tours ( Hist. frant., AV, 9) écrit : Positis clerici tribus libris super allare, id est, Prophetiæ, Apostoli atque Evangeliorum, orayerunt ad Dominum ut chrisliano quid evenirel oslenderet. Aperto igitur omnium Prophetarum libro, reperiunt : « Auferain maceriam ejus » ; el (v. 49) : Mæœstus turbatusque inygressus oralorium, Duavidici carnunis sumo librum, in quo ita repertum est : « Eduæit eos in spe, et non limuerunt. »
(4) On a imprimé en 1664, à Upsal, un Traité de la guerre, que l'on croyait être celui de l'empereur Adrien, publié par le consul Maurice; -mais c'est .un ouvrage de beaucoup postérieur,
(2) Publiée par l'roben en 1551,
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"ÂDRIEN. 187 Adrien avait un goût bizarre eh fait de littérature : 11 préférait Caton à Cicéron, Ennius à Virgile, Cœlius à Salluste , Antimaqué à Homère , dont il Voulait même détruire les poëmes. Voulait-on gagnet ses bonnés grâces, on mettait au jour des critiques oùfrées’, comme fit Largius Liéinius, auteur du Ciceromastix , diafribe viblente contré le p'ré de l’éloquenté latine. Chantäit-il en vers Hcencieux lès louañgés de sés mignons, d’autres poëtes faisaieñt chorus avec lui sur 18 même ton. Lés sophistes, race impudente, cupide, vénale, qui n’était bonné qu’à plaider le pour et le contre, et dont les actes démentäient les doctrines, faisaient foule autour de lui. Adrien, qüi, sans embrasser aucune secte, les tolérait toutes, se plaisait à écouter leurs querelles, ainsi qu’à faire imprôvisér des poëtes; mais malhéur À celui qui osait lui disputer la palme à laquélle il prétendait en toutes choses ! Il prit en haine Denys de Milét et Canihius Céler, parce qu'ils se refusè: rent à le laïsser briller 4 leurs dépens, cotnme faisait sans douté Héliodore , son favori. Un jour qu'il avait critiqué une expression employée par le philosophe Favorinus, célui-ci reconnut qu'il avait Commis une faute, bien qu’il pût s’appayér d'exemples classiques ; comme ses amis s'en étonnaient : Voudriez-vours, leurdit-il, que je luttasse de savoir avec un homme qui commande à trente: légions (1)? Apollodore , le célèbre architecte qui avait dirigé les constructions de Träjan , n’eut pas la même prudente ; en réponse à un reproche que lui adressait l'émpereur sur son art, il lui dit, faisant allusion au genre de peinture dont il s’amusait particuliès réinent: Allez peindre des concombres. Une autre fois, ayant vu une Vénus et une Rome sculptées de sa main, statues assises, mais d’une taille disproportionnée pour le petit temple destiné à les recevoir : Comment feront-elles si éllès viennent à se lever Ÿ Sa franchise lui coûta la vie. | Adrien imposa le nom d’Ælia à des colonies et à des villes qu’il fonda ou releva (2), et multiplia partout les monuments où il faisait inscrire son nom ; Athènes et la Grèce en furent remplies. A Rome, il réédifia lé Panthéon, le temple de Neptune, la grande place d'Auguste, le6$ bains d'Agrippine , sans parler des constructions nouvelles dont les principales furent son tombeau , connu sous lé (1) 1 tomba pourtant dans la disgrâce d’Adrien ; c’est pourquoi il disait s’étonner de trois choses : que, né Gaulois, il parlât grec; qu'étant ennuque, il fût appelé à juger des cas d’adultère ; que haï de l’empereur, il vécût encore, (2) Jérusalem, Carthage, deux villèsen Espagne, Marsiu en Pannonie, Stratonique dans là Macédoine, Palmyre en Syrie, Néocéxarée duns le Pont, Andrino-
ple, Adriana dans la Libye Cyrénaïque, Antinopolis en Égypte, Adrianotère dans la Mæsie.