‹ Histoire universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 178 sur 245 · TOSCANE · texte numérisé non relu

TOSCANE

filles, afin d’augmenter le nombre des familles qui dépendaient entièrement du gouvernement, même pour la nourriture. Lorsqu'il mourut au milieu de l’indignation publique , Jean Gaston, son successeur, usé par la débauche et âgé de cinquante-quatre ans, désirait continuer à ne rien faire, sans s'inquiéter d’un pays dont il n’avait à jouir que peu de temps. Se laissant donc diriger par Julien Dami, son valet de chambre et l’agent de ses plaisirs, ilabandonna les affaires à ses ministres , pour se plonger dans de scandaleuses jouissances. 11 entretenait des centaines de jeunes débauchés, surnommés ruspanti, parce qu’ils recevaient un ruspo (sequin) par semaine; le pays, qui avait été dévot sous le père, se fit, par imitation, libertin sous le fils. Yolande-Béatrix, veuve du fils aîné de Cosme, animait la cour de son beau-frère en y attirant des beautés en renom et des gens de lettres, entre autres l'improvisateur Perfetti , qui reçut à Rome la couronne de poëte.

L'université fut relevée , et l’on supprima l'obligation de se renfermer dans des sujets et des leçons déterminés; Caraccioli, de Soria, Corsini, Framond, Rallo, Capassi, Fancelli, y faisaient

des cours. ‘A l’académie de Florence, où professaient Gori, le

docteur Lami, Salvini, Targioni , Cocchi, on ajouta une chaire de droit public, confiée à Pompée Néri, et un observatoire, qui eut pour directeur l’éminent Thomas Perelii. On permit d’ériger à Sainte-Croix un monument à Galilée, et Pascasio Giannetti put reprendre sa chaire de: philosophie. De 1729 à 1739, on termina la quatrième édition du dictionnaire de la Crusca, et le prêtre Antoine Bandini , auteur de l'excellent Discours économique, voulait qu’on pût tirer librement des grains ce la Maremme.

Si parfois Jean Gaston s’arrachait à ses honteux plaisirs, c'était pour entendre les puissances traiter de sa succession de son vivant. Lorsqu'ils eurent décidé la question de souveraineté, ils songèrent aussi aux biens allodiaux de la famille de Médicis. Les meubles, les joyaux , les chefs-d’œuvre d’art, le fidéicommis de Clément VII, les acquisitions provenant des économies, du commerce ou des confiscations , les améliorations faites dans les ports, dans les palais, dans les forteresses , l’accroissement de l'artillerie, surtout les fiefs que les Médicis avaient rattachés au duché, tels que Pontremoli et la Lunigiane , revenaient de droit, comme propriétés particulières , à l’électrice palatine; mais l'Espagne convoitait aussi ces dépouilles, et, comme elle entendit murmurer le mot d'indépendance pour la Toscane, elle mit garnison dans les forteresses. L'empereur, qui n’en avait pas même été informé, s'arrangea de ce qui était fait , à la condition qu’il ne serait pas

MIST, UNIV, — T. XVIL. 34

Jean Gaston,

1728, 21 vctobre,

25 juillet.

ELLCA

François 11, 1787, , 9 juillet.

troublé dans son autre héritage. Jean-Gaston fut contraint de signer le traité de Vienne , qui avait disposé sans lui da ses États ; néanmoins , il fit une protestation formelle contre l'atteinte portée à l'indépendance florentine , protestation qui devait être rendue publique à sa mort, Don Carlos paraît subitement à Florence avec üne force armée; lorsque les vassaux, à la fête de Saint-Jean, vinrent, suivant usage , offrir à cheval leur hommage, ce fut lui qui reçut le serment au lieu du grand-duc, comme prince hé. réditaire. | \

La Toscane alors fut inondée de troupes espagnoles; mais tout à coup Ceux qui décident du sort des peuples changèrent de résolution, et arrétèrent que ce pays serait donné au duc de Lorraine dépossédé , en échange de ce qu’il avait perdu , et la Toscane se couvrit de tronpes allemandos. En effet, à la mort de Jean- Gaston, elle fut occupée au nom de François, époux de Marie- Thérèse, lequel prétendit qu’il serait lésé dans l’échange de la Lorraine contre la Toscane si l’on n’y ajontait, en outre ; les biens allodiaux; l’électrice, à sa mort, l’institua. son légataire universel.

Le gouvernement autrichien en Toscane commença par exiger une collecte générale, sans exempter le ciergé, pour acquitter la dette qu'avait fait contracter l’entretien des troupes espagnoles. Les jeux de hasard furent prohibés, excepté dans le casino des

nobles; la loterie devint ur monopole de l’État, et l'on afferma

les revenus de la Toscane moyennant 4,220,450 livres florentines, dont 2,800,000 revenaient au grand-duc pour son apanage ; il avait encore une pért dans les bénéfices des fermiers. Cet argent sortit de l’État tant que le grand-duc fut en même temps empereur (1745-65) : cause d’appauvrissement pour la Toscane, qui cessa mêrne dès lors d’avoir une diplomatie propre.

Richecourt, despote muis éclairé, exerça la régence jusqu’au moment où il tomba en disgrâce. Il avait pour rival Charles Ginori, riche et gouverneur habile de Livourne, qui parvint à lui succéder; mais l’un mourut de chagrin , et l’autre de joie, Ginori eut pour successeur le marquis Antoniotto Botta Adorno , qui s'était souillé d’infamie à Gênes et à Bruxelles, tant on foulait aux pieds l'opinion publique. La Toscane dut fournir des troupes pour la guerre de Sept ans ; comme elles furent battues, l’empereur demanda encore mille hommes. Ces levées, dans un pays si petit et qui avait perdu l'habitude des armes, firent émigrer beaucoup d'individus ; enfin on prit le parti de donner 60,000 florins au lieu de soldats, somme destinés à enrôler des Allemands. De

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TOSCANE. LES LOARAINS. Nat

quatre miile hommes fournis par la Toscane, à peine il en revint trois cents. Puis il fallut fairé un don pour le mariage de Joseph Il; qhelqués évêques ayant cherché, mais dans un langage très humble, à obtenir pour leur clergé Pexemption de cette charge, le esbinet de Vienne leur fit des réponses brutales : Sa Majesté, leur disait-on, ne voulait plus entendre de réclamations et de plaintes sur cette affaire ; ils n'avaient qu’à payer, comme c’était leur devoir, et tout serait fini. L’évêque Piccolomini de Piensa, pour avoir résisté aux ordres souverains , fut destitué, arrêté, exilé.

La Toscane gémit de se trouver réduite en province d’un souverain éloigné. Les souverains convinrent , lors du traité d’Hubertsbourg, qu'elle ne pourrait jamais être réunie à l’Empire, mais qu’elle appartiendrait à une branche cadette de, la maison d’Autriche-Lorraine ; en conséquence, Pierre-Léopold, avec qui commença une ère nouvelle, vint régner sur le pays.

A-ce moment, une autre succession, bien plus importante, cellé de Charles VI, était mise sur le tapis. Élisabeth Farnèse

remua ciel et terre pour marier l’héritière de ce prince avec son

fils don Carlos; son intrigue ayant échoué , elle chercha à obtenir au moitis pour fui le Milanais et les Deux-Siciles. Mais le Milanais était convoité par Charles-Emmanuel, roi de Sardaigne, qui comparait l'Italie à un artichaut, qu’il fau’ manger feuille à feuille ; comprenant de quel poids serait son alliance dans les mouvements

qui se préparaient, il voulait se la faire payer de cette riche con- .

trée.

On intriguait donc, et l’on réunissait des troupes, quand un événement très-éloigné bouleversa de nouveau le pays; ce fut J’élection dn roi de Pologne et la rupture qui s’ensuivit entre la France et l'Autriche. Charles-Emmanuel se rangea du côté de la première, et occupa avec elle le Milanais. Mais l'Esp: re. ou plutôt Élisabeth, envoya en Toscane une flotte pour arrahor le royaume de! Naples à l'oppression autrichienne, et qui débuta par dévaster impitoyablement la Mirandole, Piombino, le duché, de Massa ét Carrare; puis l’infant don Carlos traversa Jeuiement, à la

tête d’une armée nombreuse, les États du pape en commettant des :

dévastations de barbare.

Lé royaume de Naples, ainsi que le Milanais, se trouvait dégarni de troupes par l'imprévoyance de l’empereuret de Zinzendorf; les esprits étaient exaspérés contre les Autrichiens, de sorte que le nain de l'Espagne fut proclamé partout. Don Carlos fit son enttée dhfis Naples, dont il conserva les privilég's et les magistrats;

Juillet

8 novembre.

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Les Autrichiens firent de Thai grands efforts pour Po ve et Plaisañice aux” Espdgnols;et ; les : chasser du Milanais,. Des bai tailles stiglantes furent: livrées sur FOglio, sur. la Secchia- ‘et à Gussts{la! Cé.fut'alors que Louis. XV /remit-sur le: tapis le projet, conçütant! de fois, :de: rendre: l'Italie, indépendante, por détruiré de continuelles occasions, de guerre. La, Lombardi je deva aie être partagée-entre Venise, Gênes et. le Piémont, la Toscane rendt à ses citoyens ; ‘aucun; prince d'Italie n’aurait pu avoir ( de | POSSESsions au dehors ;; mais l’ambitiense Élisabeth Farnèse entrave! out, et les rois se rhirent enfin: d'accord par le raie de. paix qui fi fût signé à Vienne.

Quant à ce qui concernait l'Italie, la possession de la Tésoane fut confirmée au duc de Lorraine ; en échange de cetté | proie, qu ’il avait manquée, don Carlos eut les | ‘Deux-Siciles,: avec les. ports l'État dé Sienne et Porto-Longone: Livourne resta port franc. territoires de; Novare et dé/Tortone; détachés du Milanais, Feat donnés au roi de Sardaigne, avec la suzeraineté pour les. fiefs des Langhe. Parme fut rendue à l’émpereur ; mais, les Farnèse , en,se retirant, lenrportèrent les richesses, de leur maison, et embellirent Naples des PROS d'axt qu leurs, angétren. y y ayaient réunis, F4 (Re er sas

On était èncore en armés quand la guerre pour Fr suçcession d’Autriché imprima de nouvelles secousses à, l'Italie, et réveilla toutes lés ambitions. Charles-Emmanuel. mit, en avant. ses. droits sursle Milanais! et s'entendit avec la France pour, le partager; ais, réfléchissant ensuite qu’il ne lui convenait, pas de laisser prévaloir les Français en ftalie, il s’obligea, avec Marie-Thérèse, à défendre la Lombardie, sous cette singulière réserve, qu’il pourrait se délier du'traité en notifiant, un mois à l'ayange, son intention à cét égard. Venise voulut rester neutre, bien que Marié-Thérèse menaçât dé lancer contre! elle: les -pirates de Signa.. Traun, gouverneur de la’ Lombardie, traita avec tant d’insolence le duc de Modène tt) ki en fit un ennemi de sa souTORRAAen doté

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(1) Renaud d'Éste avait été rélabli dans cë dücté eh sb acquit là; Mirandole (1710); mais il désespéra d'obtenir Comacchio lorsquel’empereuy renonça à ses prétentions: envers le pâpe.. Pendant la guerre.des qe is et des Espagnols contre l'empereur, Modène fut occnpée par le, maréchal grevée de fortes contributions. Renaud , s'étant rétiré à eat fit 'énsuité rétabli dans sa capitale, et François IL jui succéda l’année suivante,

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