CONSÉQUENCES DE LA PAIX D'UTRECRAT. — PHILIPPE V
Le traité d’Ütrecht n’introduisait dans le droit public aucun principe général ; cependant tous les traités subséquents s’y référèrent, ceux auxquels il avait profité ayant intérêt à le maintenir, surtout l’Angleterre, dont il avait consolidé la grandeur, comme le traité de Westphalie avait consolidé celle de la France. La dynastie protestante, reconnue par ce traité, le regardait
sur son alliance avec l’Autriche : c'était, disait-on alors, l’alliance du protestantisme le plus indépendant avec le catholicisme
le plus légitime. L’Angleterre, que les shpuiations de Lis paix HIRT, UNIV, — T, XVIL
laissaient maîtresse de la mér, put donner carrière à cette ambition qui devient pour elle une nécessité, contrainte qu’elle est de dominer sur l'Océan pour qu’on ne vienne pas la troubler chez elle. Gouvernée par des politiques illustres avec toute l'énergie de l’égoisme national, elle vit son commerce et son industrie s’accroître sans mesure. Inaccessible à ses ennemis par sa position insulaire , forte de son esprit public développé par les lois, appuyée sur le crédit dont elle fut la première à connaître la magie , elle n’aspire pas à domiher sur le continent, mais s'oppose à quiconque prétend y agir en maître : sielle est menacée dans ses possessions transatlantiques ; elle bouleverse l’Europe pour détourner l’attention ; pendant ce temps, elle assouvit sa soif de l'or dans l’Inde , qui la dédommagera un jour de la perte de ses colonies d'Amérique, destinées, après avoir secoué son joug, à devenir une nouvelle Angleterre.
L'empereur, comme souverain des Pays-Bas, se vit contraint de rester uni à l’Angleterre ; le Portugal, qui par nécessité avait réclamé sôn alliance pendant la guerre, voulut la conserver dans l'intérêt de sun commerce; mais il se ruina, au contraire, au profit des Anglais pat le traité de Méthuen (1703), en s’obligeant à recevoir leurs étoffes de laine, à la condition que son vin ne payerait chez ses alliés que le tiers du droit perçu sur celui de France. L’Angleterre pouvait aisément mettre de son côté la Savoie et les princes d’Allemagñe au moyen des subsides qu’il lui était facile de leur procurer, grâce au système des emprunts, déjà très-efficace malgré la nouveauté.
La Hollande , que le patriotisme.et la constance de ses habitants avaient créée et qui, dans sa lutte pour briser le joug espagnol et résister à Louis XIV, avait pu rivaliser avec l’Angleterre, reconnut à ses dépens combien il est dangereux de se mêler aux querelles des grandes puissances, Après avoir prodigué son or et son sang pour enrichir l’Angleterre et accroitre la puissance de l'Autriche , ellé se trouvait désormais asservie à là première par les alliances de famille, et la paix marqua l’heure de sa propre décadence ; en rénonçant à entretenir des forces militaires respectables, elle descendit dans l'opinion, et se vitréduite à cetétat intermédiaire qui né comporté ni assez de force pour commander, ni assez d’obscurité pour désarmer l'envie, Elle avait, ilest vrai, une ceinture de forteresses ; mais à quoi pouvaient-elles servir avec
des garnisons insuffisantes? Condamnée à n’être plus que marchande, elle tâcha de se mettre en garde contre les surprises à force de vigilance, ét contre les inimitiés à force de soumission.
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