‹ Histoire universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 73 sur 245 · RUSSIE · texte numérisé non relu

RUSSIE

Les Russes, peuple imitateur, avaient été aguerris par Pierre L‘'.

Ce prince, en attirant à son service les meilleurs officiers et

soldats de Charles XII et de toute l’Europe , réalisa complétement le système à l’exécution duquel n’avaient pu parvenir Louis XIV et Frédéric-Guillaume; il réussit parce qu’il avait affaire à des populations plus matérielles et nées pour obéir. L’imprudence de Charles XIT, la faiblesse des Polonais, les désastres de Louis XIV, l’affaiblissement de l'Autriche, l’avaient aidé à rendre son empire puissant, son armée redoutable. Toutes les provinces qui environnent la Baltique lui obéi:xaient, la Pologne et la Suède étaient ses tributaires. L'Europe avait tremblé de se voir envahie par de nouveaux barbares, qui n’étaient pas encore adoucis par la civilisation; néanmoins la grossièreté de la nation la rendit capable de progresser, malgré la corruption de la cour.

Pierre étant mort sans avoir désigné son successeur, quelques-uns voulaient que Catherine régnât, comme s’il l'y eût prédestinée en la couronnant; d’autres demandaient Pierre, son petit-fils, âgé de dix ans, né de cet Alexis dont elle avait sollicité la mort. On intrigua, on chercha des appuis parmi les

28 octobre.

8 février.

soldats et dans le saint synode; mais Catherine, « esclave cou- catherine ire,

ronnée , qui ne savait même ni lire ni écrire , soutint avec autant

Pierre IT.

1730, 99 janvier.

de caractère que de présence d’esprit le rôle de femme, de veuve, de mère, de marâtre. Après avoir fermé les yeux du terrible époux dont elle avait conservé la confiance, elle satisfit à toutes les formalités de la douleur, mit le trésor en sûreté, gagna les so!dats, fit agir à propos Menzikoff, son favori, et se montra partoi ensevelie , selon l’usage du pays, sous une profusion d’habits de deuil, pleurant, conspirant et régnant (1). » Elle promit d’être la mère de la nation, et en effet elle e!légea les impôts, rappela les exilés, fit enlever les gibets des rues ; à r’extérieur, elle continua l’hostilité de la Russie envers l’Angleterre , et l'alliance de l'empire avec l’Autriche et la Prusse.

Merzikoff gouvernait en réalité sous son nom; on prétend (car l’histoire de Russie ressemble encore à celle des Romains et des nations barbares) qu’il avait tné Pierre afin de régner à sa place, et, que s’étant ensuite entendu avec l’Autriche pour faire épouser sa propre fille au futur czar, il se débarrassa de Catherine lorsqu'il la vit chercher dans de nouveaux amants un appui pour se soustraire à sa domination. Quand elle eut rendu le dernier soupir à l’âge de trente-huit ans, Menzikoff prit le jeune Pierre II et le porta dans son palais, où il rendit un décret de proscription contre ses ennemis, ceux surtout qui 5opposaient au mariage de Pierre avec sa fille; maïs les princes Dolgorouki, qui s’étaient insinués dans la confiance du nouveau ezar, lui répétaient que Menzikoff tendait par cette union à lui enlever toute autorité, et ils firent si bien que le tout-puissant favori fut exilé. Ses richesses, qui furent confisquées, s’élevaient, dit-on, à 9 millions de roubles en papier, à 4 millions en espèces et à 800,000 roubles en bijoux; plus, cinq cents livres pesant en vaisselle d’or et quatre cent vingt en argenterie.

Les Dolgorouki, lui ayant succédé dans la confiance de Pierre,

fiancèrent le czar avec Catherine, qui apnartenait à leur famille ;

mais il ne tarda point à mourir de la petite vérole, et avec !ni s’éteignit la descendance masculine des Romanov.

Les Dolgorouki surent diriger le choix d’une czarine sur celle qui avait le moins de droits à ce titre, Anne, fille d’Ivan, frère aîné de Pierre le Grand, veuve du duc de Courlande , dans ï’espoir que l'aristocratie pourrait se relever aù détriment de la puissance des czars ; ils lui imposèrent donc une capitulation par laquelle elle promettait de ne rien entreprendre sans le consentement du sénat, et surtout de ne pas amener avec elle Biren, son favori.

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