‹ Histoire universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 8 sur 245 · LA FRANCE: LA ; RÉGENCE · texte numérisé non relu

LA FRANCE: LA ; RÉGENCE

cles. Rien ne protégeait donc cette centralisation: contre l’action légitime du peuple et contre l’œuvre du temps ; en effet, ces deux fôîces sapèrent ce pompeux édifice, et l’on vit comme résultat une époque sans dignité, où tout fut dirigé par l'intrigue et la faveur, roi, ministres, généraux, gouvernement; la | PR changeait avec les maîtresses.

Louis XIV laissait un petit-fils, âgé de cinq ans'et demi, sous la tutelle de Philippe, duc d'Orléans, chargé de protéger ce herceau resté au milieu de tant de cercueils. Le duc réunit le parlement, qui, jaloux de protester contre son propre anéantissement

en insultant mort le lion devant lequel il avait: tremblé vivant, cassa le testament injurieux par lequel Louis XIV posait des. limites à l'autorité du tuteur et grandissait celle du duc du Maine, l'un de ses bâtards légitimés; le parlement établit, comme :septième loi fondamentale du royaume , que, pendant:les minorités, le prince du sang le plus proche serait régent de droit (4).

Le parlement, caressé par le régent, se hâta de profiter de l’occasion d’un règne nouveau et vacillant pour recouvrer le droit de remontrances, que lui avait enlevé le grand roi. Non content de rappeler ceux qui avaient été bannis en vertu de la bulle Unigenitus, il songea même à rétablir les huguenots dans leurs droits; puis il rabaissa les princes légitimés , en les déclarant inhabiles à succéder. Il instruisait ainsi la nation à désobéir et à ne plus croire à linfaillibilité des rois.

Le régent paraissait, de son côté, vouloir agir en tout à Pop-

‘posé de Louis XIV. Il fit imprimer le Télémaque ; et lui emprunta

les phrases dont se composait son premier discours ; il ouvrit au public sa bibliothèque particulière, fit faire le procès aux agioteurs et aux financiers, paya les soldats , diminua les dépenses, modéra les impôts , mit en liberté les jansénistes ; et institua, au lieu des secrétaires d’État du règne précédent, divers conseils qui

(1) Lemonrey, Hisé. de la régence et de la minorité de Louis XV. — Vou- TAIRE , Précis du siècle de Louis XV.— Caperione, Philippe. d'Orléans.

Voyez en outre divers mémoires, parmi lesquels ceux du maréchal de Rjchelieu, publiés par Soulavie, sont une source de renseignements très-riches sur la cour de Louis XV. Ce bas intrigant gagna tellement la confiance du maréchal, que ce dernier lui livra toute sa correspondance et lui fournit tous les éelaireissements qu’il lui demanda. Soulavie répéta avec: impudence ses récits, où se fait remarquer un penchant cynique à dénigrer la vertu et à révéler les plus grandes turpitudes.

LacreTELue à écrit l’histoire du dix-huitième siècle étde la révolution française, ouvrage où il a cherclié à donner; à l’histoire moderne ce mouvement dé narration dont les anciens nous ont laissé des exemples inimitables.

Régent.

devaient discuter les dffaires avant de les présenter au conseil de régence, Ces actes, inspirés par la hainé où la politique, furent applaudis ; parcé que Louis XIV était hat. L'unité despotique de son gouverüernent parut détruite par la création des conseils; mais on vit à l'épreuve qu'ils constituaient en réalité soixante-dix oppresseurs qui se donnaient de l'importance, tandis qu’ils ignoraient les applications et les détails. Le duc d'Orléans finit en conséquence par |°s dissoudre.

il employe beaucoup le duc de Saint-Simon , dont les Mémoires sont un véritable trésor. Janséniete ardent, mal avec les princes légitimés , aélé partisan des priviléges de naissance , il poussa l° régenit à rappeler au ministère la noblesse, qui en semblait ex:luc depuis Mazarin, et à rabaisser les littérateurs ainsi que les avocris : mais la noblesse s'était aceoutumée à mettre sa digni‘o dans ies chaines dorées dé la çour, |

Philippe d'Orléans; né d'un père que Louis XIV avait d'abord tenu dans l’ignorañce , puis éloigné des affaires , était doué d’une intelligenos rare; d'une bonté et d’une justice éprouvées. La nature lui avait donné les plus ‘heureuses qualités pour faire le bien. Louis XIV ; qui l'avait forcé d’épouser une de ses filles naturelles, le tint constamment dans linactioh; s’il lui permit de montrer sa valeur et son intelligence dans la guerre de la succession espaguole ; il en prit biéhtôt ombrage, et fut sur le point de le mettre en accusation, comme qu d'avoir aspiré . la couronne d’Espagne.

Quarante années, passéès sans chance probable de régner, lui

apprirent à connaître les hommes et les choses plus qu’il n’est :

donné d’ordinaire aux princes nés sur le trône. Parleur agréable et lucide, sa mémoire lui fournissait toujours à propos des histoires: et des anecdotes pour récréér les conversations; juste et exact dans les choses positives; il n’avait ni prétention, ni arrogane, et son désir eût été plutôt de commander les armées que de gouverner le royaume, Illisait avec rapidité, et retenait ce qu’il avait lu; mais illai étuît-imposcible de s'arrêter longtemps sur une même chose, et il avait piu: (l’1; titude à daviner les affaires qu’à les étudier, Malheuré.…: ut 1 avait éte élevé par l'abbé Dubois, fils d’un apothicaire de Brives , qui lui enseigna à considérer la morale comme un préjugé vulgaire , et la religion comme une inveñtion humaine. Sous cette malfaisante influence, et par dépit de la bigôterie du vieux roi, il se jeta dans un libertinage effronté, et embrassa systématiquement ce que la corruption d’alcrs avait de pire. Entouré d’une bande de débauchés de

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qualité , il renouvelait avec eux tout ce que les satires de l'antiquité rappellent de dégoftant. Des femmes belles , gracieusés , remplies d'esprit, prenaient part à des orgies où tout sentiment de religion et de piété domestique était foulé aux pieds. Là Philippe, pour mieux oublier son rang de prince, oubliait sa dignité d'homme; il tenait encore plus à faire parade de débauches qu’à s'y livrer, ce qui lui un faisait inventer d’extravagantes. Les jouts les plus saints étaiént ceux qu'il choisissait pout faire les parties les plus scandaleuses, et avec les personnes les plus diffamées. La duchesse de Berry, sa fille, poussa avec son père l’oubli de toutes convenantes au point d’évélller des soupçons d’inceste.

Dans sa manie de nouveautés, le duc d'Orléans sé prit de goût pour la peinture , mañia lui-même le pinceau ; et forma des collections précieuses. D’autres fois, il se livrait à la chimie , dont il s’ingéniait à surprendre les secrets. Après avoir cherché à se persuader, par ses lectures et ses discours, que Dieu n'existe pas, il lui prenait fantaisie de voir le diable et de le faire parler, et il passait des nuits entières dans les souterrains à faire des évocations; il interrogeait l’avenir dans un verre : tout cela par amour de l’étrangeté et du changement.

Néanmoins , il ne se laissait pas dominer par ses maitressés. Quand madame de Tencin voulut mêler aux plaisirs des conseils de politique , elle n’en obtint qu’une réponse cynique. Après avoir laissé parler madame de Sabran, il la mena devant ‘me glace et lui dit : Croyez-vous qu'avec un visage pareil, on puisse parler d'affaires si tristes et si sérieuses? Ce fut elle qui, dans un souper, dit ces mots devenus célèbres : Dieu, après avoir créé l'homme, prit un reste de fange pour en former l'âme des princes et des valets:

L'exemple du chef de l’État fit que le dérèglement devint à la . mode. Les moins passionnés même s’en donnaient l'air, et il se alissa dans la société un libertinage apprêté et systématique , où ia vanité avait plus de part que les sens.

Dubois , le complice de ces excès , montait en faveur ; payé à la fois par la France et ses ennemis (4), il accumulait les emplois et les pensions. Cynique , méprisé et repoussant de manières, il

(1) Dubois, d’après les calculs de Saint-Simon, avait plus d'un million et deini de revenu, savoir :

En bénéfices. ...... dééuoe bb its bb eh o 6 6e ble $ 0 324,000 fr. Comme ministre. .,,,,., ss scsssssscseuesouves 150,000 Pour emplois, ,.., suis ss éssvcscoscesenosse 100,000

Pension de l'Angleterre... ssusvecer sus. 960,000 2,

osa demander l’archevêché de Cambrai, auquel se rattachait le titre de prince d'Empire et, qui plus est, le souvenir de Fénelon : il l’obtint. Le régent lui demanda : Où trouveras-tu l'infâme qui ë consentira à te consacrer? Et pourtant la France dépensa, dit-on, 1

huit millions pour obtenir à ce misérable le chapeau de cardinal, “4 alors que le pape aurait dû plutôt le chasser du sanctuaire. 4

Le chancelier d’Aguesseau, élève de Port-Royal , aussi pauvre de génie que riche de vertus et de talents, moins toutefois l’habileté politique et l’énergie civile, s’opposa à l'admission de Dubois dans le conseil royal en qualité de cardinal, ce qui le fit exiler. Les ducs se retirèrent aussi comme lésés dans leurs droits ; Dubois

#, resta donc premier ministre, chargé de toutes les affaires, dont le régent ne demandait pas mieux que de se débarrasser (1).

Ce prince, placé entre une gloire éblouissante et de grands revers, a été jugé peut-être avec une sévérité excessive, et dénigré au delà de ce qu’il méritait ; personne ne saurait nier toutefois que son gouvernement n’ait été signalé par des désordres déplorables. Il y avait très-peu de moyens pour réprimer les méfaits, beaucoup pour.éluder la justice. Un capitaine de Suisses , assailli par la foule dans sa maison , se défendit à coups de fusil ; un laquais mis au pilori en fut arraché par cinq mille de ses camarades. Les pages des princes livraient bataille à ceux des ambassadeurs sur la foire de Saint-Germain; on enlevait des registres de la paroisse les feuilles qui empêchaient les fraudes ou les révélaient.

Les finances se trouvaient épuisées à tel point, qu’il manquait chaque année 77 millions pour faire face aux dépenses courantes, ce qui accumula une dette de 2 milliards 62 millions, équivalant à 33 milliards 786 millions d’aujourd’hui. Saint-Simon proposait une banqueroute ; mais l’on n’osa la déclarer ouvertement (2), et l'on eut recours à un palliatif, en procédant à une révision qui réduisit la dette à 4,635 millions. Tous les billets furent ramenés à un seul et même taux. La monnaie fut refondue à un cinquième de valeur en plus ; puis on établit, pour juger les prévarications, 1% les concussions, les malversations des fermiers de l'État, une »

(1) Voyez LemonTey, II, 97.

(2) « A notre avénement à la couronne, il’n’y avait pas les moindres fonds. Au milieu d’une situation si violente , nous n’avons pas laissé de rejeter la proposition qui nous a été faite de ne point reconnaître des engagements que nous n'avions pas contractés. » Déclaration royale du 7 décembre 1717. C’est le plus beau commentaire du règne du grand roi. Après sa mort, on liquida une dette de 2,062,138,000, portant intérêt de 89,143,153.

rattachait le de Fénelon :

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