‹ Histoire véritable d'un voyage curieuxChapitre 36 sur 59 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

Hernando de Biberà remonte la rivière. — ' ]1 arrive chez les

Guebueciisis et les Achkeres (i).

Le commandant ordonna ensuite à Hernando de Ribera de prendre un brigantin, de

remonter le Parabol avec quatre-vingts hommes, à la recherche d'une nation nommée She-

rues y de s'avancer à deux journées de marche

(i) Voyez la Relation d& Hernando de Ribera, qui fait suite aux commentaires de Cabeça de Vaca»

l5o RELATION

seulement dans l'intérieur du pays , et de venir rendre compte de ce qu'il aurait vu.

Le premier jour, nous fîmes quatre milles, et nous arrivâmes sur le territoire des Indiens Guebuecusis, qui occupent une île d'environ trente milles de longueur. On y trouve toutes soi*tes de racines , et des vivres en abondance : ils ressemblent aux Suru^ cusis. Nous passâmes la nuit chez eux , et le lendemain ils nous fournirent dix canots pour nous accompagner et nous montrer le chemin. Ils allaient deux fois par jour à la pêche et à la chasse , et nous donnaient tout ce qu'ils prenaient.

Après neuf jours de route, nous parvînmes chez les Achkeres. Ils sont fort nombreux , d'une taille très-élevée : je n'ai pas vu dln^ diens aussi grands dans toute la province du Rio de la Plata. Ils habitent à trente-six millea des Surucusis , et ne vivent que de viande et de poisson. Les femmes se couvrent les parties naturelles.

m'uLRICH SCHMIDEL. i5l

Nous passâmes un jour avec eux , ^t tes Surucusis se rembarquèrent pour retournev dans leur village. Hernando de Ribera, notre ehef , demanda aux Achkeres de lui enseigner la route qui conduisait chez les Sherues : ils le firent volontiers , et nous donnèrent huit canots pour nous accompagner. Ceux qui les montaient nous fournirent du gibier et du poisson en profusion.

Ces Indiens tirent leur nom d'un poisson nommé achkere , qui a la peau si dure qu'aucune arme ni flèche ne peuvent l'entamer.

Ces poissons sont très-grands, et font des ravages considérables parmi les autres. Leurs œufs , qu'ils déposent à deux ou trois pas de l'eau , ont une très - forte odeur de musc , et sont très -bons; mais le meilleur morceau est la queue , cependant le reste n'est pas malsain. En Allemagne où on le considère comme un animal nuisible et venimeux, on le nomme crocodilL On dit que * son regard et surtout son souffle sont mortels,

l52 RELATION d'uLRICH SGHMIDEL.

cela est faux : ce qui est vrai, c'est que quiconque a regardé ce poisson doit mourir un jour, car rien n'est plus certain que la mort. "

On raconte aussi que le crocodille est produit spontanément dans les sources, que le seul moyen de le tuer est de lui présentet» un miroir, qu'alors la réflexion de son propre regard le fait périr sur-le-champ; mais ce sont des fables inventées à plaisir. Si cela était la vérité , je serais mort depuis longtemps, puisque j'en ai vu et pris plus de trois mille, et je n'aurais pas parlé si longuement de ce poisson si je ne le connaissais pas parfaitement.

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