CHAPITRE XXXVII
Description des Amazones. — Nous nous mettons en marche pour aller à leur recherche. — Nous arrivons chez les Siberis et les Orthuesens.
Les Amazones n'ont qu'un sein , et ne reçoivent la visite des hommes que trois ou
quatre fois par an. Si une Amazone accouche
d'un garçon , elle l'envoie à son père , et si
c'est une fille , elle la garde , et lui brûle
le sein droit pour l'empêcher de croître,
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afin qu'elle puisse plus facilement tirer de 1 arc, car elles sont très- vaillantes , et vont à la guerre contre leurs ennemis. Ces femmes habitent une île où l'on ne peut arriver qu'en canots. On n'y voit ni or ni argent , mais on en trouve en quantité sur la terre ferme qui est occupée par les hommes. Cette dernière nation est très-puissante, et leur, roi s'appelle Jegnes.
Hernando de Ribera demanda au roi des Sherues de lui donner quelques Indiens pour l'accompagner dans l'intérieur. Celui» ci lui représenta qu'à cette époque de Tannée, le pays était couvert d'eau, et qu'on y voyageait bien difficilement. Nous ne nous laissâmes pas arrêter par cette objection. Il fournit donc vingt hommes à notre chef pour porter ses vivres ou son bagage, et cinq à chacun de nous; car nous devions marcher pendant huit jours à travers une contrée entièrement inhabitée.
Nous arrivâmes huit jours après chez une
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nation appelée Siberis , dont les mœurs et
la langue ressemblent en tout à celles des
Sherues. Pendant tout le voyage , nou&^fûmes forcés de marcher dans l'eau jusqu'à
la ceinture, sans pouvoir en sortir. Quand nous voulions allumer du feu , nous étions obligés de construire une espèce d'échafaud sur lequel nous le placions, et il arrivait plus d'une fois que le pot dans lequel cuisait notre dîner se renversait et tombait d^nsFeau. Nous étions alors obligés de dîner par cœur , et par-dessus tout cela , les moustiques ne nous laissaient pas un moment de re^ pôs ni le jour ni la nuit.
Nous demandâmes aux Siberis s'il nous restait encore beaucoup d'eau à traverser. Ils nous répondirent qu'après trois jours de marche, nous arriverions sur la terre ferme, et à cinq journées plus loin , chez une nation nommée Orthuesen. Ils nous firent entendre que nous étions trop peu nombreux , et que nous
ferions mieux de retouruer sur nos pas; ce- 5. 1 1
pendant noud ne le fûmes pas à cause des Sherues. Nous voulûmes renvoyer chez eux les Indiens de cette nation , qui nous avaient accompagnés jusque-là ; mais ils s'y refusèrent , parce que leur roi leur avait ordonné de ne pas nous quitter, et dé ne revenir qu'avec nous. Les Siberis nous donnèrent dix hommes pour nous conduire chez les Orthuesens. Nous marchâmes encore pendant sept jours dans Peau qui était si chaude qu'on eût dit qu'elle avait été sur le feu.
Noiis aurions pu nous croire au milieu d'un fleuve, les pluies avaient été si foirtes, que tout le pays qui est très-plat, en était inondé. Nous aVons trouvé par la suite de semblables débordements dans divers endroits.
Le neuvième jour, vers les onze heures de l'après-midi , nous arrivâmes à la ville des Orthuesens, et nous mimes près d'une heure à la traverser pour arriver à l'habitation du roi.. Une grande famine désolait alors le pays : lés sauterelles avaient deux
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fois dévoré les récoltes, et détruit tous- les fruits, de sorte qu'on n'y trouvait rien à manger. Cette nouvelle nous effraya beaucoup; et comme nous n avions nous-mêmes que très-peu de vivres , il fallut nous décider à partir pi^omptement. Notre chef demanda donc au cacique combien nous avions encore de chemin à faire pour arriver chez les Amazones. Il répondit qu'il y avait au moins pour un mois de marche, et que toute la contrée , comme celle que nous venions de traverser, était couverte d'eau.
Le cacique des Orthuesens donna à notre chef quatre plaques d'or et quatre bracelets d'argent. Les Indiens portent ces plaques sur le front, comme chez nous les grands seigneurs portent des chaînes d'or au cou. Notre capitaine lui donna en échange des couteaux , des ciseaux , des chapelets , dl d'autres bagatelles de Nuremberg. Nous en aurions volon^ tiers pris davantage ; mais nous n'osions pas le faire n'étant pas assez en force. Cette na-
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tion est extrêmement nombreuse, et leur ville est la plus grande que j'aie vue dans les Indes. La mortalité causée par la famine fut, je crois, ce qui nous sauva; sans cela nous aurions eu bien de la peine à nous tirer d'entre leurs mains.