CHAPITRE XLVIIL
Dé la firïèfe et du village de Màchtèalcêf situe» très-près dit Pérou. — Gomment deux de nos envoya arrivent d'abord à Pôtosi, et etifin à Lima.
Nous continuâmes notre route, en emmenaintâvéc nous quelques guides Garcokies. Ils prirent la fuite au bout de trots jours , mais cela ne nous arrêta pas. Nous arrivâmes à une rivière nommée Machcasies^ qui a un mille et demi de large. Ne sachant où trouver un
gué, nous la traversâmes sur des petits radeaux faits avec des roseaux et des broussailles , et nous nous abandonnâmes au courant , en cherchant à gagner l'autre bord. Dans ce passage nous perdîmes quatre soldats , qui se noyèrent.
Cette rivière est très - poissonneuse : on trouve beaucoup de tigres dans les environs. A quatre milles de la est situé le village de Machcasies. Quand nous en approchâmes, une foule d'Indiens vinrent au-devant de nous et nous adressèrent la parole en langue espagnole. Nous en fûmes très-étohnés , et nous leur demandâmes à qui ils appartenaient : ils nous répondirent qu'ils étaient soumis à un gentilhomme espagnol nommé Pedro Ancures.
Nous trouvâmes dans ce village un grand nombre d'habitants, hommes, femmes et enfants , tout couverts de pous. Ces insectes s'enfoncent dans la chair, particulièrement entre les doigts des pieds, puisse métamor-
d'ulrich SGHMIDEL. :22I
phosent en vers, semblables à ceux qu'on trouve dans les noisettes. Ils ne sont pas dangereux si Ton y prend garde; mais, quand on les néglige, ils dévorent quelquefois les orteils. Je pourrais en parler beaucoup plus longuement, si cela ne me paraissait inutile(i).
D'après le calcul des astronomes, il y a trois cent soixante-douze milles de cet endroit à l'Assomption. Vingt jours après notre arri^ vée, nous reçûmes une lettre de Lima, où réside le gouverneur ou président de cette province. C'était alors le licencié Lagasca, qui avait condamné Gonzalo Pizarre, ainsi que beaucoup de gentilshommes et de soldats , à avoir la tête tranchée : il en avait envoyé d'autres aux galères. Cette lettre défendait , sous peine de mort , à notre général Martin-Dominique Irala , de s'avancer plus loin , et lui enjoignait d'attendre de nouveaux ordres à Machcasies.
Le gouverneur prenait cette mesure parce
(i) Les Espagnols appellent cet insecte Nigua. On le désigne par le nom de chique dans nos colonies.
322 BBLATION
qu'il craignait que nous n'excitassions une révolte contre lui, en nous réunissant aux partisans de Pizarre , qui avaient réussi à s'échapper, et s'étaient réfugiés dans les bois et dans les montagnes : ce qui seraitcertainèment arrivé si nous les eussions rencontrés. Le gouverneur traita avec de Irala, et lui fit des présents considérables pour le gagner à l'insu de l'armée : si l'on s'en était douté on l'aurait mené pieds et poings liés au Pérou. Notre chef envoya au gouverneur du Pérou quatre personnes, nommées Nueste de ShaieseOy Michael Ruede et Abaye de Rothua (t), j'ignore le nom du quatrième. Ceuxci arrivèrent au Pérou en six semaines, et après avoir passé par Potosi , Risken ( Guzco) et Plata , ils ^ rendirent à lima. Ce sont les principales villes du Pérou et les plus riches. Miguel Ruedo et Afaaic étaient tellement épuisés par les fatigues de la route , qu'ils fu-
(i) Les quatre E^agool» ataknt : flbiilo dt (Suives, Ungendo, Miguel Ruedo et Ahaie 4e Rothoa. ( Vi>y£z Banâa. )
B'utRtCfi SGHMIDEL. 22^
tent obligé de rester à Potosi . Les deux autres prirent la poste, et arrivèrent à Liiîia prèft du gouv^iieur qui les reçut fort bien.
Après avoir pris toutes sortes de renseignements sur la province de Rio de la Plata , Lagasca commanda qu'on leur fournit un logement ; qu'on les traitât très-bien , et il leur fit présent de deux cents ducats. Il ordonna à Chaves d'écrire à son chef de rester jusqu'à nouvel ordre à M achcasies , de bien traiter les habitants, et de ne pas leur prendre autre chose que des vivres. Nous savions qu'ils avaient des vases d'argent , mais comme ils étaient soumis à un gentilhomme espagnol , il ne nous était pas permis de les maltraiter ni de leur rien prendre.
Le courrier du gouverneur fut arrêté par un Espagnol^ nommé Panauvie. Notre gêné rai en avait donné l'ordre, car il craignait qu'on n'envoyât du Pérou un autre officier pour prendre le commandement de ses troupes ; en effet îe gouverneur en avait déjà
224 RELATION d'uLRICH SCHMIDEL.
nommé un. Notre général avait donc eu raison d'ordonner à Panauvie de garder les routes et les chemins , et de lui apporter chez les Carios les lettres dont il pouvait s'emparer , ce que celui-ci exécuta.