PREMIERE JOURNEE
III. Ce qui s'Était passe dans la nuit. — Victor Hugo a ajouté au courant du chapitre le portrait de Morny, et il avait bien étudié et bien connu l'homme, car plus de vingt ans après, en quelques coups de plume, il en trace une physionomie vivante et saisissante.
XI. La Haute-Cour. — Quatre pages entières écrites par Victor Hugo , qui a remanié sur la copie toute l'intervention du commissaire de police jusqu'au départ des juges de la Haute-Cour.
XII. Mairie du x" arrondissement. — Ce chapitre a nécessité à la dernière heure des intercalations. Victor Hugo n'assistait pas à cette réunion de la droite, il a dû se documenter. C'est ainsi qu'il introduisit des détails sur l'élection du président, sur l'intervention de Berryer dans le débat, et sur l'attitude des légitimistes.
C'est ainsi qu'amené à commenter la résistance des membres de la droite à la construction de barricades, Victor Hugo ajoute sur la copie quelques formules concises, servant de conclusion morale aux faits dont il avait été l'historien.
Citons-en quelques-unes :
Le droit en blouse n'était plus le droit, la vérité armée d'une pique n'était plus la vérité, la loi dépavant une rue leur faisait l'effet d'une Euménide.
Et plus loin :
Louis Bonaparte assassina cette assemblée et de plus l'insulta. Souffleter est pire que poignarder.
A propos de l'histoire de la trahison :
La providence écrivait le chapitre second avec le sang de la législative française, Louis Bonaparte tenant la plume.
LE MANUSCRIT DE UHISTOIKE D'UN CKIME. 239
Autre ajouté :
Dans cette sanglante aventure de décembre, il nous manqua un habit de général bien porté. Il y a un livre à faire sur le rôle de la passementerie dans la destinée des nations.
Dernier ajouté qui a trait au président de la réunion, Vitet , se résignant à céder à la force, après avoir exigé auparavant qu'on mit la main sur lui :
Dans de certains cas, mettre la main sur un homme, c'est la mettre sur le droit, et ceux qui l'osent ont le tremblement de la loi touchée.
XIV. Caserne d'Orsay. — Deux cent ving;: représentants étaient enfermés à la caserne d'Orsay, et, pour tromper la longueur des heures, ils causaient. Victor Hugo a introduit ce lambeau de conversation :
Emile Péan demanda :
— ,^ue deviendra le §pe^re rouge ?
— Il se fera prêtre, répondit Antony Thouret, et deviendra le ^eflre noir.
Il a signalé aussi ce cri du duc de Montebello au colonel Feray :
CeB aujourd'hui l'anniversaire de la bataiUe d' An^erliPr, et le gendre du maréchal Bu- ^eaud fait monter dans la voiture des forçats le fils du maréchal L,annes.
XVI. L'incident du boulevard Saint-Martin. — Les membres delà gauche étaient réunis rue Blanche pour rédiger un appel aux armes et, s'il était possible, le publier. La copie renferme tout un passage sur Millière s'offrant de faire imprimer et placarder la proclamation. Le nom de Millière, alors tout jeune et rédacteur d'un journal de département, n'avait pas laissé une trace profonde dans l'esprit de Victor Hugo j mais en raison du rôle qu'il joua pendant la Commune en 1871 et de sa fin tragique (il fut fusillé sur le seuil du Panthéon), Millière, obscur autrefois, avait acquis une notoriété, et Victor Hugo a ajouté un portrait du jeune homme d'alors en rappelant d'un mot les événements de 1871.
La rencontre avec Pierre Leroux à la sortie de la réunion a été intercalée. Victor Hugo a reproduit un curieux propos de Pierre Leroux conseillant de s'arrêter parce que la lutte était inutile; il y fait allusion dans son manuscrit.
XVIII. Les Représentants traques. — Victor Hugo assistait à une réunion chez Lafon, quai Jemmapes, et Xavier Durieu lui avait dit que Proudhon était à quelques pas de là et désirait lui parler. Victor Hugo alla le trouver; il a intercalé sur la copie la conversation de Proudhon conseillant de cesser la résistance et d'attendre : c'étaient les mêmes propos que ceux de Pierre Leroux.