‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos jours (volume 2)Chapitre 10 sur 190 · LES INSURRECTIONS ET LES CONSTITUTIONS · texte numérisé non relu

LES INSURRECTIONS ET LES CONSTITUTIONS

dont le souverain n*eût pas cédé au mouvement réformiste. Les Napolitains, habitués au despotisme, semblaient résignés aux maux qu'il entraîne; les Siciliens le supportaient plus impatiemment parce qu'il heurtait chez eux, non seulement les aspirations libérales de la bourgeoisie, mais encore le vigoureux esprit d'indépendance locale dont étaient animées toutes les classes de la société. Le signal de la révolution partit de Palerme, où elle fut préparée de longue main et presque annoncée. Dans la première semaine de janvier 1848, un placard anonyme est affiché sur les murs de la ville qui menace le gouvernement d'une insurrection si, le 12 du mois, il n'a pas accordé des réformes. Au jour dit, un jeune homme, nommé La Masa, parcourt les rues, un drapeau tricolore à la main, réunit un groupe de libéraux et engage quelques escarmouches avec les troupes royales, qui ripostent mollement. Le lendemain, la bataille continue, les habitants des campagnes s'y mêlent, et un comité d'insurrection se forme sous la présidence du vieil amiral Ruggiero Settimo; le 27 enfin, la ville, après avoir été vainement bombardée par la flotte napolitaine, est définitivement évacuée, le mouvement s'étend à l'ile tout entière, et les Siciliens déclarent qu'ils ne poseront pas les armes avant qu'un parlement sicilien, réuni à Palerme, rétablisse, en la modifiant, la constitution de 1812.

Il était difficile que les événements de Sicile, en montrant la faiblesse réelle du gouvernement absolutiste, n'eussent pas un contre-coup à Naples. Dans le cours de l'année précédente, des manifestations y avaient eu lieu en l'honneur de Pie IX, et l'une d'elles s'était terminée par une collision sanglante (14 décembre 1847). A la nouvelle du soulèvement de Palerme, l'attitude des libéraux devint presque menaçante et la concession de quelques réformes de détail ne put les désarmer. Enfin, le 27 janvier 1848, eut lieu dans les rues de Naples une grande manifestation qui effraya le roi et le décida, sur les conseils de ses généraux, à se rendre aux vœux de ses sujets. Il leur donna une première satisfaction en leur sacrifiant son ministre de la Police, l'odieux Delcaretto, et en formant un nouveau ministère sous la direction des chefs libéra^ux Bozzelli et Polrio ; puis, se

rappelant avec quelle facilité son aïeul avait endormi les» défiances de son peuple par l'octroi d'une constitution, il en promit une^ le 29 janvier, et la promulgua le 10 février. Cette constitution, modelée sur le type qui avait prévalu en France et en Europe depuis 1815, confiait le pouvoir législatif à un parlement composé de deux Chambres, Tune viagère, Fautre élective, consacrait la liberté de la presse, Tégalité devant la loi, Tamnistie pour les délits politiques et remplaçait, en vue de prévenir une réaction absolutiste, les troupes étrangères par une garde nationale.

Les constitutions plémontaise, toscane et romaine. — En se décidant à des concessions dont l'étendue était si peu en rapport avec ses idées absolutistes, Ferdinand II n'avait pas seulement cédé à la crainte d*ètre débordé par le mouvement libéral, il désirait se venger des souverains réformateurs dont on lui avait opposé Texemple, en les forçant à suivre le sien. Les événements montrèrent la justesse de ses prévisions. — A Turin, un groupe de libéraux, à la tète desquels se trouvait le jeune comte de Cavour, avait déjà fondé un journal appelé le Risorgimenio et destiné à demander rétablissement d'un régime représentatif. Quand on sut qu'une constitution avait été pro* clamée à Naples, leurs instances devinrent plus pressantes, et les magistrats municipaux allèrent, siir le conseil de Cavour, prier le roi d'imiter Ferdinand IL Charles-Albert, qui n'était monté sur le trône qu'en promettant à l'Autriche de maintenir le régime absolutiste, hésitait à violer son serment et ne s'y décida qu'après avoir consulté son confesseur et demandé conseil à ses ministres réunis en séance extraordinaire ; il publia la fameuse proclamation du 8 février, dans laquelle il jetait les bases d'un statut constitutionnel analogue dans ses dispositions principales à la constitution napolitaine. Ce statut parut un mois après (4 mars 1848) et régit encore l'Italie actuelle. — Quelques jours avant sa promulgation^ le réjgime représentatif avait été étendu à la Toscane, où Léopold 11^ elFrayé par les troubles de Livourne, accorda à ses sujets une constitution semblable à celle de la France (17 février)- ! . ;

Un seul' Etat italien restait, à ce moment, privé desiôrmes

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