Voir ci-dessus, t. X, p
Le mauvais vouloir des Chinois se manifesta bientôt par la disgrâce des fonctionnaires qui avaient conduit les négociations avec les < barbares de TOuest > ; de nombreuses attaques, soit par le peuple, soit par des pirates contre des sujets anglais, allaient augmenter les causes de méconlenlement du gouvernement britannique.
Affaire de TArPO'W. — Un nouveau grief allait être le point de départ des hostilités, et le poids des négociations allait retomber sur le docteur (depuis Sir) John Bowring, chargé du gouvernement de Hong Kong en Tabsence de Sir Samuel Bonham, et investi en même temps de pleins pouvoirs, comme ministre plénipotentiaire de Sa Majesté britannique. Bowring comprenait d'ailleurs tout le premier que c'était àPeking et non à Canton qu'il fallait agir sur le gouvernement. La lortcha (on désigne sous ce nom un bâtiment à la coque européenne avec une mâture et un équipage indigènes) An^ow, battant pavillon anglais, commandée par un Irlandais, Thomas Kennedy, ayant été abordée par des fonctionnaires chinois, douze matelots chinois sur quatorze qui composaient l'équipage, furent emmenés prisonniers. Protestation immédiate du consul Harry S. Parkes, près du commissaire impérial Yeh; celui-ci s'excuse sous le prétexte fallacieux qu'un des matelots de l'équipage était le père d'un célèbre pirate, puis il s'avise que le navire, de construction chinoise, avait été enregistré, il est vrai, à Hong Kong, où il devait se rendre le jour même de l'arrestation de l'équipage, mais que sa licence était expirée depuis le 27 septembre 1856, et que, par conséquent, il n'avait plus le droit de porter le drapeau anglais, depuis cette date; en conséquence, Yeh refu* sait au consul Parkes toute espèce de satisfaction : le prétexte n'était pas excellent, mais il était suffisant.
Commencement des hostUltés. — Le 22 octobre, Harry Parkes donnait avis de la réponse du commissaire Yeh à ses compatriotes et, en même temps, il prévenait le vice-amiral commandant en chef des forces navales, SirMichael Seymour, de la tournure que prenaient les événements. L'amiral arrivait à Canton le lendemain, avec le Coromandel, après avoir bombardé les quatre forts {Barrier forts) entre Whampoa et Canton.
En même temps, les vaisseaux de guerre, Encounter^ Sampsoriy Barracoutaj Cornus, prenaient position, les premiers près de la factorerie anglaise, le dernier dans la passe de Macao. L'amiral faisait sentir successivement ses forces contre les autres forts sans amener les Chinois à résipiscence. Les Chinois, exaspérés, le 14 décembre 1856, à onze heures du soir, brûlèrent les factoreries étrangères : toutes furent détruites, sauf rétablissement anglais, qui échappa à la ruine commune. Le lendemain. Sir Michael Seymour bombardait la ville.
Attitude de la France. — Des détachements français ou américains auraient peut-être pu éviter ce désastre, mais, dès le 24 novembre 1856, notre plénipotentiaire, le comte R. de Courcy, avait annoncé de Macao à Sir John Bowring que Tamiral Guérin avait retiré c des factoreries le détachement qu*il y avait envoyé pour y protéger le vice-consulat et le pavillon de France ». Notre ministre ajoutait : c Nous n'avons plus maintenant à Canton aucun intérêt matériel à couvrir de notre protection »; (j ai] pris soin d'instruire le gouvernement chinois.... de l'adhésion morale que j'entendais donner à votre cause dans ces graves circonsiances, tout en maintenant une neutralité de fait qu'il ne me serait permis de rompre sans l'autorisation du gouvernement de Sa Majesté Impériale. »
La France allait avoir l'occasion de quitter sa neutralité pour prendre une part active aux opérations.
Martyre de Tabbé Chapdelaine. — Depuis noire traité de 1844 avec la Chine, nos missionnaires, aussi bien dans le nord de la Mandchourie que dans le sud de la province de Canton, avaient cessé d'être l'objet de mauvais traitements de la part des Chinois. Mais ce fut au Kouang-si, province
célèbre dans le martyrologe de l'Eglise, que devait être commis un crime qui a d'ailleurs été imité tout récemment. Le Kouang-si n'avait pas de missionnaires depuis les jésuites, lorsqu'en 1853, le préfet apostolique du Kouang-toung, M. Libois, du séminaire des Missions étrangères de Paris, y envoya l'abbé Auguste Chapdelaine, du diocèse de Coutances. Au bout de trois ans d'évangélisalion, l'abbé Chapdelaine fut arrêté et mis cruellement à mort à Sin-lin-hien, le 27 février 1856 : il
n'était âgé que de quaranle-deux ans. Sa mort nous fournissait un prétexte pour intervenir en Chine.
Le Parlement anglais. — C'était l'étal de guerre, saos déclaration de guerre, qui existait en Chine : il était impossible de ne pas prendre de mesures décisives, mais le gouvernement britannique allait trouver une opposition violente dans le sein du Parlement. Richard Cobden dénonça les mesures qui avaient été prises à Canton dans l'affaire de VArrow^ et sa motion de blâme, appuyée par un énergique discours de Gladstone, fut votée le 26 février 1857, à une majorité de 16 voix. Lord Palmerston n'hésita pas un instant, il en appela aux électeurs, qui approuvèrent pleinement sa politique chinoise.
Plénipotentiaires. — James, huitième comte d'Elgin et douzième comte de Kincardine, était nommé au mois d'avril 1857 haut commissaire et plénipotentiaire de Sa Majesté britannique pour le règlement des affaires pendantes avec l'empereur de Chine ; d'après les instructions que lui adressait Clarendon, le 20 avril 1857, Elgin devait formuler cinq demandes : les trois premières, réparation des dommages causés aux sujets britanniques, exécution complète des clauses des différents traités; la quatrième, le droit de résidence à Peking d'un ministre dûment accrédité par la reine, avec le pouvoir de communiquer directement avec les hauts fonctionnaires chinois ; la cinquième comprenait la revision des traités, afin d'obtenir de nouvelles facilités pour le commerce, l'accès aux grandes villes du littoral et aux rivières, et la permission pour les navires chinois'de se rendre de tous les points de la côte à Hong Kong pour y faire le commerce. L'éventualité d'une guerre était prévue dans ces instructions.
La France fît choix comme plénipotentiaire du baron Gros.
Révolte des Indes. — Cependant Elgin s'était mis en route, lorsqu'à Ceylan il apprenait du lieutenant général T. Ashburnham, commandant des forces expéditionnaires, qui venait de quitter Bombay, qu'un régiment indigène s'était mutiné, le 11 mai 1857, à Meerut. A Singapore, Elgin recevait du vicomte Canning, gouverneur général de l'Inde, une dépèche le pressant d'envoyer à Calcutta les troupes à destination de
Chine. Après accord avec le général Ashburnham, le 5* fusiliers et le 90* régiment d'infanterie légère étaient envoyés à Calcutta *. Arrivé à Hong Kong, le 3 juillet, n'attendant le baron Gros que vers la fin de septembre, Elgin se rendit à Calcutta; il était de retour à Hong Kong au mois de septembre et le baron Gros arrivait le 16 octobre.
Commencement des bostilités. — Le 12 décembre 1857, un ultimatum était remis au commissaire Yeh et Tîle de Honan était occupée sans résistance le 15. Le 25 décembre, Yeh refusait de rendre la ville de Canton. Le 29 décembre, les forces de terre et de mer des alliés, sous les ordres des contreamiraux Sir Michael Seymour, Bigault de Genouilly, du* major général C. T. van Straubenzee, bombardaient Canton et s*en emparaient; le 5 janvier 1858, on faisait prisonnier Yeh, le gouverneur général, Pih Kwei, le gouverneur de la province, et le général tartare. Yeh fut envoyé captif à Calcutta, Pih Kwei fut chargé de Tadministration de la ville, sous le contrôle de trois commissaires étrangers : le commandant F. Martineau des Chenez, de la marine française; Harry S. Parkes, consul d\\ngleterre, et le colonel Thos. Holloway, de Tinfanterie de marine anglaise.
Marche vers le nord. — Cependant le comte C. Poutiatine, ministre de Russie, et William B. Reed, ministre des Etats-Unis, se joignaient aux ministres de France et de Grande- Bretagne pour appuyer à la cour de Peking les doléances des étrangers. Les plénipotentiaires donnèrent avis au gouverneur impérial qu'ils se rendaient à Peking et qu'ils y attendraient jusqu'à la fin du mois de mars (1858) les délégués du gouvernement impérial chargés de régler les difficultés. Le gouvernement chinois ayant refusé de correspondre avec les plénipotentiaires, les alliés se rendirent à Ta-kou, à l'entrée du Peï-ho. Les commissaires chinois n'ayant pas pleins pouvoirs pour traiter, d'autre part le gouverneur-général Tau ayant envoyé au comte Poutiatinc, le 17 mai, un mandarin pour lui dire que l'empereur refusait de recevoir les envoyés étrangers à Peking,