LES GRANDES BATAILLES SOUS METZ
Français qui pouvaient la balayer devant eux, ne profitaient pas de leur avantage, ne pensaient qu'à se défendre.
A quatre heures, le X® corps de Voigls-Rhelz secourait le III' corps d'Alvensleben, et lorsque la division commandée par le général de Cissey accablait au sud de la ferme de Grisiëres la brigade d'infanterie Wedell de ce X* corps, des régiments de cavalerie, dragons et cuirassiers, fondaient sur les Français pour céder bientôt au feu des mitrailleuses et des chassepots.
A cinq heures, Ladmirault, voulant dégager sa droite, faisait donner tout ce qu*il avait d'escadrons sous la main, < et alors se produit, au nord de Mars-la-Tour et à Touest de Bruville, sur le plateau de Ville-sur-Yron, la charge célèbre dite de Rezonville, la plus importante rencontre de cavalerie que présente la cam' pagne, et parmi les tempêtes équestres que cite l'histoire de la guerre, une des plus impétueuses et des plus grandioses. On se joint, on se choque de tous côtés, on se mêle, on se traverse, et au milieu du cliquetis des sabres, des coups de pistolet, des clameurs dans les deux langues : en avant, charge, allume, et des gémissements des blessés, un nuage de poussière épaisse et aveuglante s'élève au-dessus des régiments qui tourbillonnent et s'entre-tuent. Mais les Français ne s'engagent que peu à peu, par portions et non en masse. Le 2^ chasseurs d'Afrique, qui veut s'emparer d'une batterie, est repoussé par des dragons et de l'infanterie. Le 2'' et le !• hussards sont renversés pour s'être élancés trop tard, et le général Montaigu qui les commande, gravement atteint, démonté, reste aux mains de l'ennemi. Le 3° dragons que le général Legrand mène à leur secours, plie également, et Legrand tombe frappé à mort. Les lanciers du général de France culbutent les dragons d'Oldenbourg et sont culbutés à la fois par les uhlans et par les dragons de Legrand, qui les prennent pour des Prussiens à cause de leur habit bleu. Les dragons de l'Impératrice se précipitent avec les chasseurs d'Afrique; ils tournent bride au bout de quelques minutes et entraînent dans le torrent de leur déroute la brigade de chasseurs Bruchard qui vient à leur aide. Le signal de ralliement que fait sonner le général de France redouble la confusion. Heureusement, le 2* et le 4" dragons, conduits par le général de
Maubranches, se déploient en bon ordre, et la cavalerie prussienne ne larde pas à se retirer, accablée par un triple feu, par une batterie de 12, par Tinfanterie de Cissey qui s*est logée dans la ferme de Grisières, par le 2^ chasseurs d'Afrique qui s'abrite en un bois voisin'. »
Enfin, à sept heures du soir, la brigade Grûter qui se jetait sur un régiment de ligne et l'enfonçait, était aussitôt refoulée par la division de cavalerie Yalabrègue. Même à huit heures et demie, dans un dernier effort, une brigade de hussards et de dragons, menée par le colonel de Schmidt, franchissait la grande route près de Rezonville, mais la repassait bientôt en toute hâte sous la fusillade des zouaves de la garde.
Seize mille hommes élaient de part et d'autre hors de combat, mais grâce aux charges répétées de leur cavalerie et à ses utiles sacrifices, grâce à la supériorité de leur artillerie qui tira plus de vingt mille coups de canon et domina constamment le feu des Français, grâce surtout à la médiocrité de Bazaine qui ne comprit rien à la situation, les Allemands avaient en réalité gagné cette bataille que les Français jugeaient indécise ou regardaient même comme une victoire : non seulement ils n'étaient que 65 000 contre 125 000, et d'un bout à l'autre de la journée, pour imposer à l'adversaire, n'avaient cessé d'attaquer; mais ils coupaient les deux routes qui conduisent à Verdun, par Mars-la-Tour et par Etain.
Saint-Privat. — Il leur restait à couper la roule de Verdun par Briey. Bazaine avait reculé le il août pour se ravitailler. Il aurait pu attaquer les Allemands encore fatigués et compléter son avantage de la veille : le prince Frédéric-Charles, dont les renforts étaient très éloignés, a depuis avoué qu'il redouta ce mouvement durant toute la matinée et qu'il ne fut rassuré que lorsqu'il vit la retraite des Français. Le maréchal déclara qu'il fallait, à cause de la grande consommation des munitions d'artillerie et d'infanterie, reprendre sur le plateau de Plappeville les anciens campements.
Frossard s'établit à Rozérieulles ; Le Bœuf, aux fermes de