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par un parlement composé de deux Chambres, nommées suivant un système censitaire compliqué; elles ne compteraient aucun membre de droit, mais la couronne nommerait à vie une partie des membres de la Chambre haute. Ce projet souleva un mécontentement assez général : les conservateurs étant opposés au principe même de la réforme, et beaucoup de libéraux le jugeant trop timide. Les plus avancés, déçus dans leurs espérances, s*en prirent même au gouvernement et commencèrent contre lui une campagne violente. Sur ces entrefaites se produisirent les incidents de 1848 qui accrurent encore la surexcitation. Le roi ayant alors, comme nous Tavons vu, changé son ministère, profita de la circonstance pour intervenir directement, et un projet élaboré sur son ordre fut déposé le 1*' mai i848. La proposition royale était sensiblement plus libérale que le projet de la commission de 1846 : les dispositions générales étaient à vrai dire les mômes, mais les conditions d'électoral et d'éligiblité différaient, et la couronne renonçait notamment au droit de nommer des membres de la Chambre haute. Ces concessions ne furent pas suffisantes aux yeux des libéraux avancés; néanmoins le projet fut pris en considération et renvoyé a la Diète suivante.
Celle-ci se réunit à la fin de ISoO. L'évolution que nous avons signalée dans les opinions d'Oscar P' était à peu près accomplie, et ce n'était un mystère pour personne que la couronne se désintéressait à peu près de son propre projet; les conservateurs d'autre part ne l'approuvaient point, et les libéraux avancés le critiquaient également, le jugeant encore insuffisant. Dans ces conditions, l'issue des délibérations n'était guère douteuse; le projet fut repoussé. Dans le discours de clôture de la Diète prononcé le 4 septembre 1851, le roi annonça son intention de n'en présenter aucun autre. Il tint parole. La Diète fut saisie de diverses propositions émanant de l'initiative privée, mais aucune d'elles ne put aboutir, et c'est ainsi que la solution de la question constitutionnelle se trouva renvoyée au règne suivant.
Les dernières années d'Oscar I*' furent uniquement marquées, à l'intérieur, par des réformes administratives ou fman-
cières. Le roi, du reste, tomba bientôt gravement malade et, à partir de l'automne de 1857, la régence fut confiée au prince royal qui, à la mort de son père, survenue le 8 juillet 1859, monta sur le trône sous le nom de Charles XV.
Politique étrangère d'Oscar r^ — Quand éclata, en 1848, le conOit entre le Danemark et les puissances allemandes, rémotion fut considérable en Norvège et en Suède. Nous avons parlé déjà du scandinavisme, ce sentiment de solidarité entre les trois peuples du Nord, qui n'avait cessé de se développer malgré la désapprobation du gouvernement de Charles-Jean. Le danger que courait le Danemark fournit à ce sentiment une occasion de se manifester : de nombreux volontaires partirent de Suède et de Norvège pour aller s'engager dans Tarmée danoise. Le gouvernement lui-même intervint. Pressé par l'opinion publique et guidé par des raisons de sentiment autant que par le souci de sa propre sécurité, il se décida aux démarches que nous avons exposées plus haut.
Peu après, la Suède et la Norvège se trouvèrent menacées d'un conflit avec la Russie. Des groupes de Lapons norvégiens ayant depuis longlemps l'habitude d'hiverner sur le territoire russe, le gouvernement impérial réclama brusquement, à titre de compensation, le droit pour des Lapons finnois de pêcher sur le territoire norvégien, voire la concession d'un district où ils pourraient s'établir. Ces prétentions, contraires au traité de limites de 1826, étaient en outre inquiétantes, semblant témoigner du désir de la Russie d'avancer vers l'ouest de manière à s'établir sur des fjords norvégiens que les glaces ne bloquent jamais. Le gouvernement suédonorvégien refusa donc, et, la guerre de Crimée ayant éclaté sur ces entrefaites, se montra disposé à chercher un appui en se rapprochant des puissances alliées. Celles-ci, de leur côté, estimaient que le concours de la Suède faciliterait une attaque en Finlande. Le rapprochement s'opéra donc sans difficulté, et aboutit au traité du 15 novembre 1855 qui garantissait l'intégrité des territoires suédois et norvégiens en échange d'une coopération contre la Russie. Mais la suspension des hostilités, puis la paix, intervinrent avant le terme fixé.
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Charles XV. Sa politique étrangère. — Peu après Tavënement de Charles XV, la Suède fut de nouveau menacée de complications extérieures. Les événements de Varsovie émurent fortement Topinion publique, et deux propositions déposées à la Diète invitaient le gouvernement à s'employer en faveur du rétablissement du royaume de Pologne. De pareilles manifestations risquaient naturellement d'amener des complications graves qui ne purent être évitées que grâce à la prudence des ministres et du roi. Celui-ci, toutefois, ne tarda pas à se montrer plus aventureux. Des relations d'amitié personnelle existaient entre Frédéric VII de Danemark et Charles XV. Celuici était de caractère chevaleresque, imbu de scandinavisme et très désireux de créer entre les royaumes du Nord des liens de plus en plus étroits. Il se montra donc disposé à soutenir le Danemark dans TafTaire des duchés, de manière à lui assurer la possession paisible de tous les territoires où la population était danoise. Des entrevues eurent lieu entre les deux souverains dans Télé de 1863. Elles aboutirent a un traité négocié et conclu directement par les deux princes et stipulant une alliance défensive, avec la garantie pour le Danemark de la frontière de TEider. Peu après, Frédéric VII mourait, et le Danemark se trouvait impliqué dans la crise que nous avons racontée plus haut. La situation de la Suède était délicate. Etant données certaines démarches du Danemark pour le règlement de la question constitutionnelle, le traité pouvait à la rigueur être considéré comme caduc. Charles XV, néanmoins, considérant sa parole comme engagée, aurait désiré intervenir militairement. En cela il était d'accord avec une bonne partie de l'opinion publique : les journaux proclamaient la nécessité de défendre le Danemark et, comme en 1848, de nombreux volontaires allaient s'engager dans l'armée danoise. Le ministère, par contre, qui n'avait été pour rien dans la conclusion du traité, estimait, non sans raison, que la Suède et la Norvège ne pouvaient sans folie intervenir seules, et qu'aucune puissance n'étant disposée à se joindre a elles, le mieux était de s^abstenir. Le roi finit par se laisser conyaincre. Il ne renonça pas néanmoins au projet qui lui tenait au cœur et, tandis que
la guerre continuait encore, proposa à Christian IX un nouveau traité créant entre les trois royaumes Scandinaves une sorte d'union militaire et diplomatique, mais dont la majeure partie des duchés serait exclue : cette dernière clause détermina le refus du gouvernement danois.
La réforme constitutioimelle . — La conduite de Charles XV dans ses rapports avec le Danemark donne une idée assez exacte de son caractère et de ses façons de gouverner. II s'occupait activement des affaires de TElat, ne craignait point les initiatives et avait, au contraire de son père, des idées arrêtées et nettes. Il ne s'y obstinait point toutefois outre mesure. Sa préoccupation dominante était de gouverner avec une correction parfaite en appliquant strictement tous les principes du régime parlementaire. De là, en partie, l'influence considérable des ministres; de là aussi le soin constamment pris de les choisir de manière à donner satisfaction aux aspirations légitimes du pays et de ses représentants. Une pareille attitude suffisait déjà pour concilier à Charles XV les sympathies de ses sujets suédois ; tout ce que l'on connaissait de son caractère et de sa personne y contribuant aussi, il jouit bientôt d'une popularité très considérable. Le choix de ses ministres avait été particulièrement heureux. Il avait conservé le plus remarquable des conseillers de son père, Gripenstedt; parmi les successeurs donnés aux autres se trouvait un homme hors de pair, le baron De Geer. Ces ministres n'étaient point seulement capables; ils jouissaient de la confiance du pays. Cette confiance s'ajoutant à celle qu'inspirait déjà le souverain, le gouvernement de Charles XV se trouvait dans une situation privilégiée à laquelle il dut de mener à bonne fin l'œuvre délicate qui avait constamment avorté jusque-là.
La réforme constitutionnelle, un peu perdue de vue pendant les dernières années d'Oscar P% était de nouveau à l'ordre du jour. Un grand mouvement d'opinion fut organisé dans le pays et, au commencement de 1862, des pétitions revêtues de près de 40 000 signatures demandaient au roi de proposer un nouveau projet. Charles XV, très sagement conseillé par De Geer, n'eut garde de s'opposer à ce désir, et la Diète qui se réunit à l'au-
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tomne de la même année fut saisie d*un projet officiel également dû à De Geer. Ce projet supprimait la représentation par ordres et instituait deux Chambres, dont la première serait nommée par les assemblées locales et la seconde directement par les électeurs remplissant certaines conditions de cens. Très favorablement accueilli, ce projet fut pris en considération par la Diète de 1862-1863 et définitivement adopté par la Diète suivante; le dernier vote à l'assemblée de la noblesse eut lieu le 7 décembre 1865. L'ancien système représentatif que la Suède gardait pieusement depuis plusieurs siècles avait vécu, et, grâce à Thabilelé de ses gouvernants du moment et particulièrement de De Geer, cette transformation profonde s'accomplit sans difficultés et sans secousses.
Les dernières années du règne de Charles XV ne furent pas marquées d'événements politiques importants. Différentes tentatives pour améliorer le système militaire du pays ne purent aboutir complètement, à cause de l'opposition parlementaire. Une des conséquences de la réforme de 1865 fut en effet de faire prédominer dans la Chambre basse les petits propriétaires fonciers : or ceux-ci avaient, en même temps que les qualités des paysans, leurs défauts habituels : une certaine étroitesse de vues politiques et un désir parfois exagéré d'économies, afin de dégrever autant que possible la terre. Ce parti agrarien ne tarda donc pas à manifester une indépendance très grande à l'égard du gouvernement; d^autre part, les adversaires de la réforme de 1865 lui pardonnaient difficilement de l'avoir fait aboutir. Ces diverses oppositions obligèrent successivement divers membres du conseil à se retirer, et les dernières années du règne furent assombries par des difficultés politiques qui, pour n'être pas très graves, n'en affectèrent pas moins le roi, et d'autant plus profondément qu'il avait conscience de ne les avoir point méritées.
Charles XV mourut à Malmo, le 18 septembre 1872, laissant le trône à son frère Oscar IL
La question norvégienne sousOscarr*' et Charles XV. — L'histoire proprement norvégienne ne fut pas marquée, au temps d'Oscar 1" et de Charles XV, par des événements bien
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caractéristiques. Les rapports avec la Suède primèrent presque constamment la politique purement intérieure. Et dans Thistoire de ses rapports, les avènements des souverains ne marquèrent pas de divisions bien nettes. La situation que nous avons exposée, en parlant de Charles- Jean *, se développa logiquement et aboutit ainsi, sous Charles XV, à Tapparition d*uDe véritable < question norvégienne ».
Oscar F' continua les concessions aux aspirations nationales dont son père avait été contraint déjà de donner Texemple à la fin de son règne. Ce fut lui, notamment, qui prit des décisions relatives aux armoiries et au drapeau de la Norvège : questions peu intéressantes en elles-mêmes mais auxquelles on attachait cependant une réelle importance. Il s'appliqua ensuite à ménager toujours les susceptibilités lïorvégiennes, mais ses efforts n'empêchèrent point les esprits de se surexciter chaque jour davantage. La Diète suédoise finit par s'émouvoir et un de ses membres demanda une revision de Tactc d'union (1859).
 peu près en même temps, le Storting prenait une résolution bien autrement grave. La constitution de 1814 avait prévu pour la Norvège un gouverneur général qui pourrait être suédois. Les premiers gouverneurs nommés par Charles-Jean le furent effectivement ; plus tard, et ce fut là une première concession faite aux susceptibilités nationales, le choix des souverains se porta sur des Norvégiens. Lôwenskiôld, qui se retira eh 1856, n'eut point de successeur. Les Norvégiens, qui protestaient contre le principe même d'un gouverneur général, ne se contentèrent point de cette situation de fait. Le Storting prit en considération une proposition supprimant la charge et, à la session suivante, — celle de 1859 — cette proposition fut votée par 100 voix contre 2. La porlée d'un tel vote ne laissait pas -que d'être considérable, car il soulevait et prétendait résoudre une question fort délicate. La Norvège pouvait-elle, de sa propre initiative et sans accord avec la Suède, supprimer le gouverneur général? Les Norvégiens répondaient par l'affirmative en faisant observer qu'il n'était point question du gou-