Ce mot, d'origine turque, signifie « pays indépendant
la population urbaine, arabe de langue et hostile à la domination turque ; il est, au sens religieux et politique du mot, un protestantisme. Il n*a produit aucun effet sur les Arabes du désert, que leur indifférenee religieuse retient dans une orthodoxie nominale.
En 1848, Tétat intellectuel des populations de la Perse apparaît très inférieur à celui auquel les populations de la Turquie étaient arrivées par suite de leur variété et de leurs contacts prolongés et répétés avec TOccident. On peut s'en faire une idée d*aprës une notice dont les éléments ont été recueillis dix ans plus tard par un officier français ' pendant dix-huit mois d'enseignement au Collège royal de Téhéran, Tunique établissement en Perse où l'éducation européenne fût et est encore donnée.
« En dehors des medressehs^ on trouve quelques personnes, mais en petit nombre, capables d'enseigner :
1° La philosophie naturelle^ physique arriérée dans laquelle on expose que l'eau, la terre, l'air et le feu sont les corps simples de la nature; que l'univers est formé d'une série de sphères concentriques dont la terre occupe le centre; qu'il est limité par une enveloppe solide, dans laquelle sont fixés, comme des clous, des corps lumineux, les étoiles, etc. ;
2** La médecine. Les livres qui en traitent sont écrits en persan ou en arabe;
3"" La science qui traite de l'arrangement des nombres pour produire les carrés magiques ;
4" UIlm-i'Raml (sciences des dessins sur le sable). C'est la géomantie;
5® h'Ilm'i'djafar (divination au moyen des lettres).
6"* La comptabilité;
1. Note sur V enseignement en Perse, par M. A. Nicolas, capitaine d'artillerie, envoyé en mission pendant les années 18o8-Ci. J, A. juin 1862.
7** h* arithmétique décimale au moyen de chiffres arabes, et en langue arabe;
8° La géométrie (TEuclide. Elle n'existait en Perse qu*en langue arabe jusqu'à l'arrivée de professeurs français;
9"* La cosmographie^ d après le système de Ptolémée (livres en langue persane et en langue arabe) ;
lO"" La science des pronostics des astres, science astrologique à laquelle les Persans accordent une foi entière. »
On peut donc considérer les origines du mouvement religieux et politique quia troublé la Perse en 1848 comme totalement indépendantes des influences occidentales. Les initiateurs de ce mouvement, dans un pays de despotisme absolu, étaient des Iraniens ou se considéraient comme tels; ils ne s'inspiraient que de la littérature nationale, de la vieille science arabe, et d'une forme particulière de la religion musulmane, le ChiismeK
Au commencement du siècle, un Arabe persan de la petite ville de Lehsy (sur la côte sud-ouest du golfe Persique) forma une congrégation ; sur la fin de sa vie, il rassemblait ses math rids (disciples) à Kerbela, ville sainte par le double martyre de Hassan et de Hussein. De nombreux auditeurs venaient récouler. Cheikh Ahmed (c'était son nom) enseignait c que Dieu pénètre tout l'univers qui émane de lui et que tous les élus de Dieu, tous les Imams, tous les justes sont la personnification des altributs divins «.
Un grand nombre des mourids du Cheikh Ahmed étaient de la Perse méridionale et de l'Irak; c'est dans ces provinces tant de fois agitées par de grands mouvements religieux et sociaux que le Cheikh avait ses meilleurs naîbs (vicaires). Après sa mort, l'un de ses plus intimes mouridSy Cheikh Seid Kazem, fut élu à sa place pasteur de TEglise naissante de Kerbela; parmi les disciples qui s'attachèrent au nouveau maître, un jeune homme aux allures singulières frappait l'imagination de ce cénacle d'exaltés mystiques; c'était le f\iiuT Bab.
Le mot arabe Bab signifie « porte ». Le nom mystique donné
1. Le mot arabe Chiah, dont nous avons fait Chiite, signifie « sectateur •; on s'en sert actuellement f)our désigner les « sectateurs » d'Ali, cousin et gendre de Mahomet, quatrième Ichaiife, el en particulier ceux de Perse.
par les Chiites à leur premier Imam Ali, est c Porte de science. Porte de vérité >. 11 est certain que ni Ali Mohammed — c'était le vrai nom du Bab — n a jamais pris ce titre, ni ses premiers disciples ne le lui ont donné; dans le peuple on l'appelait d'abord Medjzoub, c Textatique, l'illuminé >. De ses doctrines, d'ailleurs, et de sa prédication on ne sait rien de précis. € Dans le Coran qui lui est attribué, nous rencontrons peu de ses propres idées. Le travail principal et définitif de la première rédaction de ce Coran appartient sans aucun doule à deux disciples de Bab*, Seïd Hassan et Scïd Hussein. > Le Bab n'a certainement jamais renié l'Islamisme. Il prêchait cette doctrine admise par beaucoup de musulmans, qu*il faut vivre non selon la lettre de la loi, mais selon l'esprit, et dans la méditation. Constamment, il parlait sur Tabslinence et la prière, sur la cbaslelé et la charité. Le Babisme s'est formé autour du Bab, au nom^du Bab, par ses disciples du premier degré, pendant les deux ou trois aimées où Ali Mohammed a pu prêcher librement, entre 1840 et 1844*. C'est dans la période des persécutions et des emprisonnements, entre 1844 et 1848, que les disciples du second degré, dont la plupart n*avaient jamais vu Ali Mohammed, ont fait, sur les récits de quelques disciples du premier degré, la légende du Bab, et la religion du Babisme. La carrière de Bab lui-même a été très courte. En 1840, il revenait de Kerbela dans son pays de Chiraz. Le thème de sa prédication était la réforme des mœurs. < Les passions égoïstes ont pris le dessus sur la parole de Dieu. » En 1841, il disparaît; on dit qu'il est parti pour la Mecque. Ses premiers disciples, pendant son absence, annoncent c le commencement d'un heureux temps, le commencement du royaume visible du Sahib ehZeman » '. En 1844, Bab reparaît, disant qu'il revient de lu Mecque; il est arrêté à Bender-Bouchir et conduit à Chiraz, où il subit un interrogatoire des ulémas. Les Cheikhiles (doctrinaires du Cheikh Ahmed) le font acquitter et partir de Chiraz.
1. Mirza Kazem Beg, Bab et les Babis. M. Ka/tin Bcg avait entre les mains un exemplaire du Coran de Bab écrit par Seïd Hussein.
2. Ali Mohammed était né en 1812, d'après son historien le plus directement informé, M. Kazem Beg. D'autres donnent 1820 comme date.