LES 6LINÉES, LE DAHOMEY
tirailleurs sénégalais, gabonais, haoussas, au total 1400 hommes, fut concentré à Porto-Novo, sous les ordres du colonel Dodds. Tandis que les villes dahoméennes de TOcéan ou des Lagunes étaient bombardées, 300 de nos tirailleurs, sous le commandant Stefani, livraient un combat de dix heures à 3000 guerriers, auprès de Zobbo, et les mettaient en déroule (9 août 1892). Le n août, la colonne Dodds se mit en marche. Elle traversa le pays de Porto-Novo, occupa ou enleva Krili, Takon, Kalagon, Bekandji, nettoyant ainsi la région à Test de TOuémé. Renforcée par 800 hommes de la légion étrangère, 200 spahis, une section du génie, elle remonta la rive gauche, dispersa, à Dogba, 4000 Dahoméens et en mit 400 hors de combat. Puis elle franchit TOuémé à Gbédé, et commença la marche sur Abomey, se frayant à coups de hache un passage dans la brousse. En octobre elle forçait les lignes de Tohoué, Poguessa, Sabovi, les camps fortifiés d'Akpa et Kotopa, le passage de la rivière Koto. Les 2, 3, 4 novembre, on canonne, on prend d^assaut les villages fortifiés qui couvraient la ville sainte de Cana, où la colonne fait son entrée le 6. Des 12 000 guerriers ou guerrières que le « roi requin » avait pu mettre en ligne au début de la campagne, il lui en restait à peine 2 000. Il n'essaya pas de défendre Abomey. Le 17, Dodds y entra sans coup férir; il y proclama la déchéance de Behanzin et le protectorat français sur son royaume. Behanzin, voyant les populations jusqu'alors maintenues par la terreur prendre à son égard une attitude menaçante, finit par se rendre à discrétion. Il fut interné au fort Tarlanson, dans l'île de la Martinique. Dodds (promu général) rattacha à notre colonie la partie marilime du pays conquis. Le reste fut partagé entre deux rois vassaux : Ago-li-Agbo, au nord, dans le Dahomey proprement dit; Gi-Gla-nodon, au sud, dans l'ancien royaume d'AUada. Le pays étant complètement pacifié, la population dahoméenne, qu'on eût été porté à croire aussi féroce que son gouvernement, s'est révélée douce, laborieuse, très entendue aux choses agricoles et ouverte à tous les progrès.
Nos voisins en Guinée : le bas Niger. — Les possessions africaines de la France aboutissent sur deux points au
golfe de Guinée; mais le rivage de ce golfe est découpé en nombreuses colonies étrangères qui resserrent nos établisse-
ments et alternent avec eux : ce sont TEtat de Libéria, la Côte de rOr anglaise (pays des Âchanties), le Togo allemand, puis le bas Niger, qui est anglais, et auquel confine, à Test, le Cameroun allemand. Les Anglais, qui avaient, depuis 1856, évacué le bas Niger, y reparurent après 1870. Plusieurs compagnies britanniques s'y établirent : Tàpre concurrence qu'elles s'y faisaient les menaça d'une ruine commune ; elles se fondirent en une seule société (1879), VUnited african Compnnij. Dès l'année suivante, la Société française de l'Afrique équatoriale et la Compagnie du Sénégal lui firent une si vive concurrence, expédiant leurs agents sur le Niger et son affluent la Bénoué, opposant 32 comptoirs aux 34 des Anglais, qu'il eût suffi à la France d'offrir une indemnité de quelques millions pour que les Anglais désertassent la lutte. Le contraire se produisit : ce fut l'Anglelerre qui soutint énergiquement ses nationaux, accordant en 1885 à VUnited une charte royale, et ce furent nos compagnies qui durent vendre leurs comptoirs à leurs concurrents brilanniques (1884). La conséquence fut que, lorsque l'Acte de Berlin eut défini la théorie de Vhinterland, TAngleterre proclama son protectorat sur les « territoires possédés par la Compagnie royale du Niger » (18 octobre 1887). Ils forment tout un empire, englobant les pays de Bénin, de Kalabar, le royaume de Sokoto et la plupart des Étals haoussas.